Multilingualism MEP: 'We're having difficulty recruiting English people'

  

Thirty years on, Margaret Thatcher's' education policies have had unexpected consequences on the European Parliament's translation and interpretation services. Miguel Angel Martinez Martinez, the Spanish MEP in charge of the Assembly's multilingualism policy, explains why in an interview with EurActiv.

Miguel Angel Martinez Martinez (Socialists & Democrats, Spain), is the European Parliament Vice-President in charge of multilingualism. He is also a member of the Assembly's bureau, which organises the Parliament's work and agenda. He was speaking to EurActiv's editor Frédéric Simon.

The following interview is available in French only. For a shorter news article in English, please click here.

Mr Martinez, vous êtes député en charge du multilinguisme au Parlement européen depuis cinq ans. En quoi consiste votre travail?

Cela fait plus de cinq ans que je m'occupe au bureau de l'une des activités les plus compliquées et surtout les plus indispensables car sans interprétation, sans traduction, le Parlement ne pourrait pas exister.

C'est très complexe car ce n'est pas seulement le travail quotidien pour que la chambre puisse fonctionner, c'est aussi les contacts avec les universités pour former des interprètes et des traducteurs, c'est les contacts avec l'industrie qui fournit la technique pour que les interprètes puissent opérer.  

Dans quel état avez-vous trouvé le Parlement en arrivant à votre poste et quels ont été vos chantiers principaux?

J'ai trouvé le mécanisme en marche. Sauf que, depuis que je suis là, il y a quand même une dizaine de langues officielles qui se sont ajoutées, chose qui ne s'était jamais produite auparavant.

L'élargissement, cela a signifié de nombreux nouveaux membres mais cela a signifié surtout de nombreuses nouvelles langues. Et ce grand élargissement d'il y a quelques années, pour nous, a compliqué les choses à tous les points de vue – nous avons pratiquement doublé le nombre de langues dans lesquelles on opère.

C'est là que s'est situé le changement, le chambardement fondamental, y compris dans le nombre d'interprètes ou de traducteurs qui travaillent pour nous. Ce changement a eu lieu d'un coup, pratiquement d'un jour à l'autre.

On dit souvent que l'interprétation et la traduction dans les institutions européennes ont un coût, qui est celui de la démocratie. A combien évaluez-vous le coût supplémentaire pour le Parlement européen de l'addition de ces dix nouvelles langues ?

Le coût additionnel est de l'ordre de 30 à 40% puisqu'on est passé de 13 langues à 23 langues. Et aujourd'hui, je suis en train de voir exactement ce que ça va supposer de passer de 23 à 24 langues avec l'arrivée de la Croatie. Ça aussi, ça suppose une augmentation de 2 à 3% des coûts d'interprétation et de traduction.

Toutes les institutions de l'UE confondues consomment un peu moins de 500 millions d'euros par an en traduction et interprétation. Le Parlement n'en consomme qu'une partie parce que la Commission, le Conseil, les pouvoirs régionaux, la Cour de justice, la Banque centrale européenne, etc. ont tous aussi une dimension traduction et interprétation.

Vous dites que les critiques ne manquent pas sur le multilinguisme. Quelles sont les critiques les plus fréquentes et d'où viennent elles?

Les critiques disent qu'on pourrait très bien faire en n'utilisant qu'une langue. Donc, qu'on pourrait supprimer directement tout ce qui est interprétation et traduction.

Il y a des gens qui sont anti-européens et qui trouvent n'importe quelle raison pour s'attaquer à ce que l'on fait. Il y a des gens qui pensent sincèrement que tout ce qui touche à l'Union Européenne ne sert qu'à gaspiller de l'argent…

Si vous pensez aux Britanniques, les conservateurs – même eurosceptiques – pensent qu'il faut préserver un budget pour la traduction et l'interprétation parce qu'ils souhaitent justement continuer à pouvoir s'exprimer dans leur langue nationale !

Moi je n'ai jamais entendu les eurosceptiques, les vrais, parler positivement au niveau budgétaire de quoi que ce soit. Non, le problème n'est pas là. Pour des gens qui ne réfléchissent pas beaucoup ou qui n'ont pas une grande conscience démocratique, c'est assez facile de dire que tout pourrait se faire en anglais.

C'est une boutade, mais je dis parfois à des gens qu'on pourrait ne parler qu'une langue pourvu que chaque parlementaire soit obligé d'en parler une autre que la sienne. Parce que si je suis obligé de parler une langue qui n'est pas la mienne, il est évident que je ne vais pas la parler avec la facilité, la souplesse, le détail de ma langue maternelle.

Donc moi, je dis à ceux qui pensent que l'anglais est la solution : "D'accord, mais à condition que les Anglais se mettent à parler en allemand !" Mais alors, il faudrait que tout le monde – pour ne plus parler la sienne – puisse en parler au moins deux.

En imaginant que vous ne soyez pas limité par le budget, que feriez-vous pour améliorer encore le multilinguisme au Parlement européen?

Indépendamment du budget, il s'agit de maintenir la qualité en faisant davantage intervenir de nouvelles technologies. Par exemple, on est en train de faire davantage de vidéoconférences.

Je pense que l'avenir est là mais ce n'est pas toujours facile parce qu'il faut former les interprètes et les traducteurs à se familiariser avec les nouvelles technologies, à comprendre que l'avenir n'est pas de continuer à travailler dans des cabines où l'on voit l'orateur mais que l'on peut travailler via satellite. Donc, le progrès doit se trouver dans les nouvelles technologies et le défi c'est justement de maintenir la qualité et pour cela il faut un très gros effort dans l'étude des langues.

Vous savez, on a un problème que les gens ignorent totalement dans le contexte des institutions européennes : cela fait des années que nous avons de grandes difficultés pour recruter des Anglais. Ceci est dû au fait que, du temps de Mme Thatcher, on a éliminé l'enseignement des langues parce que les Britanniques ont pensé qu'ils n'en auraient plus besoin (même si on y revient maintenant).

Or il se trouve que du fait que les Britanniques ne parlent qu'anglais, les jeunes de 25-30 ans, ils ne parlent que leur langue. Donc du point de vue de l'interprétation et de la traduction, c'est évident qu'il faut financer, et prendre conscience dans chacun de nos pays qu'il faut étudier une langue étrangère.

Tout ça implique aussi des mécanismes pour aller à l'étranger, même les lycéens. La formation professionnelle, l'étude des langues, doit devenir une priorité. Mais c'est dangereux aussi, parce que quand on dit ça, tout le monde pense que ce que l'on veut faire c'est imposer l'anglais. Or ce n'est pas ça, il s'agit d'apprendre toutes les langues. Et notamment pour les Britanniques, le fait d'apprendre une autre langue que l'anglais.

Le Parlement européen doit-il tout traduire? Je pense notamment aux communiqués de presse qui sont souvent disponibles uniquement en anglais.

C'est une de nos luttes, que les communiqués de presse et toutes les publications de communication avec la société – appels d'offre, contrats, etc. – soient traduits.

Je reçois souvent des plaintes de professionnels ou d'entreprises de mon pays qui se plaignent que tous ces documents ne sont publiés sur l'Internet qu'en anglais ou en français. Donc il y a un gros effort à faire à ce niveau là et dans le domaine de la communication en particulier.

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