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Think-Tank: Globale Ernährungssicherung ‚durch Liberalisierung in Gefahr’

Veröffentlicht 24. November 2009 - Aktualisiert 19. April 2010
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Eine vollkommene Liberalisierung des weltweiten Handels mit Agrarprodukten ohne jegliche Regeln würde die weltweite Ernährungssicherung bedrohen, da private Investmentfonds riesige Landmengen in Entwicklungsländern kaufen würden und gewinnorientiert statt zur Ernährung der Armen produzieren würden. Davor warnte Jacques Carles, Gründer des französischen Think-Tanks Momagri.

Jacques Carles is Gründer und geschäftsführender Direktor von  Momagri , 'Mouvement pour une organisation mondiale de l'agriculture', ein französischer Think-Tank zur Landwirtschaft.

Er sprach mit Outi Alapekkala von EurActiv.

Um eine Kurzfassung dieses Interviews zu lesen, klicken Sie bitte hier.

En quoi consiste le modèle Momargi? 

La notion de 'solvabilité' nous tient beaucoup à cœur. Chaque état et chaque région a un potentiel agricole et alimentaire. Et ce potentiel n'est pas toujours utilisé comme il devrait l'être car il n'y a pas les investissements nécessaires. C'est surtout le problème des pays pauvres. 

La Banque mondiale n'a octroyé que 3% de ses crédits pour l'agriculture depuis trente ans tandis que 80% des pays pauvres vivent de l'agriculture ou devraient vivre de l'agriculture. Il y a donc une déconnection complète entre l'investissement public international et les besoins de ces pays. D'où l'immigration rurale bien visible dans les pays les plus pauvres. Il y a aussi 50 à 80% de chômeurs dans des villes comme Calcutta ou Dakar.

Ils ont appliqué un modèle qui était le modèle européen du XIXe siècle et qui disait que l'immigration rurale était bien pour l'industrialisation. Les industries se créaient autour des villes, les paysans quittaient les campagnes et devenaient ouvriers dans les entreprises industrielles qui se situaient autour de Paris ou Rome. 

Ce modèle ne fonctionne absolument plus au XXIe siècle, pour plusieurs raisons. La démographie est complètement disproportionnée par rapport à ce qu'elle était au XIXe siècle où on comptabilisait moins d'un milliard d'habitants. 

L'industrie est moins consommatrice de main d'œuvre qu'elle ne l'était au XIXe siècle. Ce sont les services qui occupent aujourd'hui l'essentiel de la population. Donc la population rurale des pays pauvres qui émigre dans les villes ne trouve pas d'industries pour les employer et les services ne se sont pas délocalisés. Il y a donc un décalage total et il est très urgent d'investir dans l'agriculture de ces pays. 

Or, comme les institutions internationales pensaient que le phénomène d'immigration rurale allait se dérouler comme en Europe au XIXe siècle, elles n'ont quasiment pas investi dans l'agriculture. Ainsi , aujourd'hui ce sont les fonds d'investissement souverains qui investissent dans les pays les plus pauvres, qui achètent des centaines de milliers d'hectares et qui favorisent l'agriculture, non pas pour alimenter les pays en question, mais pour réexporter la production faite sur la terre achetée. 

On est dans un système excessivement dangereux. Il faut bâtir au niveau international une organisation mondiale de l'agriculture qui régule tant au plan des investissements, qu'au plan des prix et de la distribution alimentaire. 

En disant cela, on se situe au confluent des problématiques agricoles et des problématiques de préservation de l'environnement et de développement. Notre triangle est d'assurer un bon équilibre entre ces trois grands enjeux. Développer l'agriculture là où elle doit être développée, préserver l'environnement et aider au développement. Il ne faut pas être dans un processus qui à mon avis est totalement dépassé et qui est de dire 'on libéralise le commerce mondiale et ça va être bon pour tout le monde'. C'est une vision des années 70. C'est la vision d'une activité purement commerciale. D'autant plus que dans l'agriculture, il n'y a que 5 à 10% de la production agricole qui est échangée. L'essentiel est consommé sur place. 

Le problème numéro un est donc d'assurer un niveau de production suffisant pour que la consommation augmente et non d'assurer un commerce totalement ouvert. Ce commerce ouvert est soumis à une spéculation extrêmement forte, notamment sur les matières premières. Il y a aussi un facteur que tout le monde a oublié, ce dont on se rend compte aujourd'hui : la volatilité des prix agricoles. Depuis toujours, les prix des produits agricoles sont très volatiles. Ils évoluent dans un rapport de un à cinq d'une année à l'autre. Comment voulez vous assurer un développement de l'agriculture mondiale avec des prix si volatiles? On dit que si on laisse le commerce totalement libre, il va y avoir un phénomène d'autorégularisation. Sauf que l'autorégulation n'existe pas. 

Momagri propose une division du monde en dix zones au sein desquelles le commerce agricole sera libéralisé. Pourrait-il y avoir une volatilité des prix au sein de ces zones également? 

Bien sûr. Et c'est pour ça que nous voulons qu'il y ait cette organisation mondiale de l'agriculture et qu'elle soit capable de déterminer pour chacune de ces zones des prix d'équilibre, des prix de référence équitables pour les céréales ou pour le lait, aussi bien pour le consommateur que le producteur. Ce sont des indicateurs nécessaires. 

Autour de ces prix d'équilibre, il faut que les marchés vivent d'une manière complètement libre. Il faut donc déterminer des zones de variation de prix où les Etats ne peuvent pas intervenir. Il ne faut garder l'intervention publique qu'en cas de crises et lorsque les prix sont très élevés ou très bas. 

Si une année le prix des céréales est à 300 dollars, c'est catastrophique pour les pays pauvres et des émeutes de la faim se produisent. Si l'année suivante le prix est à 80 dollars, là c'est catastrophique pour les agriculteurs qui ne couvrent pas leurs frais. On a chaque année soit une forte augmentation, soit une forte baisse des prix. Nous sommes donc dans un cercle totalement vicieux. Ce cercle vicieux fait que l'agriculture va progressivement être dans les mains des investisseurs qui ont les moyens et des spéculateurs. Qu'est ce qui est intéressant pour les spéculateurs ? Que les prix varient beaucoup. Ils gagnent à la baisse et ils gagent à la hausse. Si ces spéculateurs possèdent des territoires importants, ils vont peser sur les prix. Ceci rend le schéma international très dangereux. 

Une grande immigration rurale va se produire. Dans les pays riches, en Europe et aux Etats-Unis, la production va diminuer parce qu'il y aura eu une délocalisation de la production dans les pays pauvres. A un moment donné, ça va devenir dangereux pour l'équilibre mondial. Si on veut que le marché reste libre et que le commerce international se développe, il faut qu'il y ait un minimum de régulation en cas de crise. Mais surtout pas de régulation en dehors des crises, mais un marché libre. Il faut qu'il y ait des indicateurs d'équilibre à partir desquels on donne un signal aux spéculateurs en disant 'attention, si les prix dépassent un certain niveau, il va y avoir une intervention publique'. On décourage donc la spéculation. Aucun spéculateur ne va spéculer au-delà des limites qui lui auront été fixées. Dans ce cas, s'il y a autorégulation des marchés, cela coûtera beaucoup moins cher. 

Imaginez par exemple au niveau de la Communauté européenne si le prix du blé varie entre 150 et 200 sans qu'il y ait d'intervention publique. Les agriculteurs s'assurent eux même d'être dans cette fourchette là. On peut alors leur donner une prime forfaitaire pour s'assurer. Par contre, si le prix dépasse les 200 euros, il faudrait qu'ils cotisent dans une caisse l'excédent du prix. En revanche, quand le prix sera inférieur à 120, leur blé leur sera acheté à un prix garanti. 

Au lieu de négocier à l'OMC sur les droits de douane et d'autres aspects hyper techniques que comprennent peut être 60 personnes dans le monde, il faudrait assurer un niveau de production suffisant pour les consommateurs qui vont beaucoup augmenter dans les 30-40 ans à venir. Le but est quand même d'assurer un niveau de production suffisant et à des prix acceptables, aussi bien pour les producteurs que les consommateurs. Cela ne peut marcher que dans le cadre d'une coopération internationale, avec des références communes au niveau du prix d'équilibre et avec des règles du jeu moins complexes que celles de l'OMC. 

On définit des zones de variations de prix et on laisse le marché fonctionner. C'est très positif pour le commerce international. Par contre, en cas de crise on prévient, on met en place des procédures. Le temps de négociation sera très long pour mettre tout le monde d'accord sur les procédures. Mais après on s'engagera à mettre en œuvre ces procédures collectivement. Par exemple, en cas de sécheresse, on peut utiliser des stocks au sein de différentes zones pour rééquilibrer le marché. 

Tout cela nécessite que tout le monde se mette d'accord sur les procédures, mais cela ne sera pas plus compliqué que de négocier les accords de Doha. On change l'objet de la négociation et on essaie de négocier sur des choses durables. Car les gains de Doha seront très limités. 

Le cycle de Doha est une imposture totale car il s'appuie sur le résultat d'un modèle de la banque mondiale qui dit que les bénéfices de la libéralisation iront au pays pauvres. Mais quand on regarde le modèle de la banque mondiale, il n'y a pas de différence entre les riches et les pauvres. Et on ne peut pas juste dire que les bénéfices iront au plus pauvres si l'on ne sait pas à l'avance. 

Qui investira un Afrique sub-saharienne, par exemple? 

La course à la terre a déjà commencé. Les fonds d'investissement des Etats comme la Corée, la Chine ou les Emirats, ainsi que des fonds d'investissement financiers, ont fait un calcul très simple, supposant que le commerce international est libéralisé : 'si j'ai acheté suffisamment de terres, comme le commerce mondiale représente une faible proportion de la consommation internationale et qu'il est très spéculatif, je vais pouvoir faire des gains considérables car je vais guider la spéculation'. 

C'est ce qui est en train de se passer. Investir dans la terre est considéré aujourd'hui comme un investissement des plus rentables. Les fonds d'investissement américains, australiens et afro-américains cherchent des terres partout. Cela ne coûte rien. Dans des Etats africains, on peut avoir des centaines de millier d'hectares de terres pour un prix ridicule. Que font ensuite ces fonds ? Ils envoient des milices privées sur le terrain pour sécuriser les lieux. En d'autres termes, pour chasser les paysans qui étaient là et couper les forets nationales. Ils font pousser des palmiers à l'huile et d'autres cultures extensives et intensives à la fois et réexportent toute la production. Cela ne profite donc absolument pas au pays. 

C'est ce modèle là qui est en train de se mettre en place. Si nous laissons le commerce international se libéraliser sans régulation, les pays riches vont en profiter. Aujourd'hui, il y a une course à l'achat de la terre pour pouvoir bénéficier de cette situation. 

En quoi pensez-vous que votre system sera meilleur? 

Dans le système Momagri, il est toujours intéressant pour les fonds d'investissement et les états d'investir. Ce sera toujours aussi rentable car il y a des besoins alimentaires considérables mais moins spéculatif. Vous ajoutez à cela la préservation de l'environnement. On commence déjà à réduire le poids du transport, ce qui diminue le CO2. L'échange international en matière agricole n'est pas appelé à beaucoup se développer. On va essayer de produire de plus en plus de produits écologiques sur place. 

Pour assurer une production locale, il va être beaucoup plus rentable d'investir dans des pays qui n'ont aucune autosuffisance alimentaire et qui dépendent des importations et de l'aide alimentaire. Cela sera plus rentable pour les pays, pour les investisseurs et pour l'environnement. 

Mais si la Chine achète des terres en Afrique, elle pourra toujours importer la production ou l'exporter ailleurs. Elle obtiendra alors toujours un meilleur prix pour ces produits qu'en vendant la production sur place. Les pays investisseurs pourront-ils faire assez de profit dans ces pays en voie de développement pour que cela soit rentable? 

Il manque un élément dans l'équation : la sécurité alimentaire. Ce qui est en train de se passer actuellement nous conduit vers une situation où de grandes puissances dominent les sources d'alimentation, comme dans le domaine de l'énergie. Elles pourront ainsi faire pression sur les acheteurs et consommateurs. Le système qui est en train de se mettre en place aujourd'hui ne concoure pas à la sécurité alimentaire mais à mettre en place une industrie de l'agriculture qui sera complètement financiarisé et qui sera très dangereuse pour l'équilibre des relations internationales.

Les Chinois n'investissent pas tellement pour faire du profit mais pour compléter leur production alimentaire. La sécurité alimentaire est un enjeu pour tout le monde, aussi bien pour les Chinois que pour les Africains. 

Notre projet de coopération internationale est un bon équilibre entre la sécurité alimentaire et l'efficacité économique. Nous n'allons naturellement pas dire au gens qu'ils vont investir à tel endroit et faire zéro profit. C'est absurde. Mais nous sommes convaincus qu'il y a beaucoup de profit à faire pour augmenter le degré d'autosuffisance alimentaire d'un pays à forte croissance démographique. 

L'Afrique connaît une forte croissance démographique. Si vous investissez dans ces pays-là mais que vous protégez ces investissements dans le système que nous préconisons, nous protégeons l'investissement par le prix d'équilibre et la marge de fluctuation déterminée au niveau international. Les producteurs sont donc sûrs de vendre à un prix acceptable et ça devient rentable. Mais cela ne peut pas être rentable s'il n'y a pas cette protection là. 

La Chine s'intéresse a compléter sa production, mais l'objet des fonds d'investissement américains, australiens ou français est de dire 'là nous allons faire une production massive de céréales, d'huile de palmier ou de bioéthanol, et nous allons peser sur le prix international. Quand les prix sont élevés, nous allons lancer la production et au moment où les prix sont faibles, nous n'allons pas produire.' Ils ont une autre approche, une approche très rentable mais très dangereuse. C'est un peu comme jouer à la roulette ou au poker. 

Nous sommes donc convaincus que pour que les investissements dans l'agriculture soient durablement rentables, il faut qu'il y ait un système de régulation internationale qui fasse que ces investissements ne seront pas trop risqués. Et c'est ce que nous proposons. Autrement, personne n'ira investir dans les pays en voie de développement, sauf les fonds spéculatifs. 

Quelles seront les implications pour le PAC? 

L'Europe sera une région, comme les Etats-Unis et le Canada. Le PAC correspond à 42 milliards plus 10-12 milliards pour le deuxième piller. Plus de 50% sont des droits aux paiements uniques (DPU), une sorte de salaire forfaitaire pour les agriculteurs. Les aides directes de la production ont été découplées et on a donné un complément de revenu aux agriculteurs. Mais pourquoi leur donner un complément de revenu quand en réalité ils pourraient vivre tout seuls si on changeait de système? 

Changer de système, c'est dire : pour le blé, le prix d'équilibre - autrefois appelé prix indicatif - varie entre 120 et 180. Dans cette fourchette on supprime toute aide au revenu parce que l'on considère que les agriculteurs peuvent vivre. Au mieux, on leur donne un complément forfaitaire pour qu'ils prennent une prime d'assurance pour pouvoir jouer quand le prix est un peu en dessous du prix d'équilibre. En revanche, si les prix baissent complètement, on rétablie le système d'intervention avec des aides publiques. Les agriculteurs auront donc une visibilité. Ils seront assurés d'avoir un revenu minimum et cela ne coûtera pas cher parce que pendant 2-3 ans les prix pourront être suffisamment élevés pour qu'il n'y ait pas d'intervention publique. 

Comment fonctionnera le commerce entre les blocs? 

Les Etats-Unis et l'Europe, par exemple, auront probablement les mêmes prix d'équilibre parce qu'ils ont le même niveau de revenu. 

La marge de fluctuation libre sera grande pour les pays riches et, pour un prix moyen de 100, on pourra dire qu'entre 70 et 130 il n'y a pas d'intervention publique. Les échanges se feront donc totalement librement. En cas de forte hausse des prix, il pourrait y avoir la mise en place de restitution des prélèvements à l'importation et à l'exportation comme cela existe aujourd'hui, mais qui serait différenciée par zones puisque l'on n'aura pas les mêmes prix entre les différentes zones. 

Tout l'intérêt est d'avoir des marges de fluctuation le plus large possibles pour limiter les interventions publiques à des cas très limités. Ainsi, le budget agricole est réduit de moitié mais le monde agricole sait qu'en cas de crise majeure, il y aura une intervention publique. 

En revanche, pour les pays les plus pauvres qui ont besoin de développer leur agriculture et d'aider leurs investisseurs, on peut estimer que les marges de fluctuation seront réduites et qu'il y aura un système d'intervention publique dès que les prix varieront un peu. Il y aura donc des clauses de sauvegarde beaucoup plus protectrices pour les pays pauvres que pour les pays riches. 

Qui cotisera dans le système d'intervention publique? 

Si les prix sont plus élevés que le plafond, ceux qui en tirent leurs revenus cotiseront : les producteurs, les investisseurs et les propriétaires. C'est incitatif. Les entreprise américaines ou européennes et les coopératives agricoles qui ont de l'argent iront investir dans les pays pauvres en priorité s'il y a une protection plus élevée. Mais, plus ces pays deviendront autosuffisants, plus les marges de fluctuation des prix devront être grandes pour libérer le commerce. 

Il faudra évidemment des clauses pour que les investisseurs ne puissent pas se désengager du jour au lendemain. Sinon, nous retomberons dans un system spéculatif. 

Notre objectif à court terme est de décrire les modalités de fonctionnement de ce système car c'est un peu compliqué. Il faut que les Etats soient bien conscients de ce qu'on leur propose. 

Qu'est-ce que vous attendez du sommet mondial sur la sécurité alimentaire? 

Chaque semaine les chefs d'Etats se mettent d'accord pour investir. Mais après, on ne sait pas si c'est de l'argent déjà dépensé ou des fonds nouveaux. Et très souvent ils recyclent les fonds déjà utilisé. 

Mais nous, nous ne disons pas qu'il faut 20 milliard ou 10 milliard. Nous disons qu'il faut penser les choses autrement. Il faut amener les Etats à négocier autrement. Et notre rôle est de bâtir les bases de ces négociations, de faire en sorte qu'elles soient alimentées avec des informations utiles. 

Que pensez-vous du cycle de Doha? 

Pascal Lamy, directeur général de l'OMC, a lancé le 'cycle de développement' de Doha avec cynisme. C'était le moyen qu'il a trouvé pour intéresser l'opinion publique au cycle de Doha car le sujet est beaucoup trop compliqué. En disant qu'arriver à un accord à Doha allait aider les pays pauvres, tout le monde en a parlé. Sinon, il n'y a rien derrière. 

D'ailleurs, Doha est bloqué par les pays en voie de développement car ils se sont rendus compte que si ça aboutissait à un mécanisme sans système de régulation, ça risquait d'être catastrophique pour eux, puisque les grands gagnants allaient être les fonds d'investissement et les fonds spéculatifs. Ces derniers diront 'génial, nos pouvons rentrer en Europe et aux Etats-Unis notre production africaine sans droits de douanes. L'investissement ne coûte quasiment rien aujourd'hui et le fait de pouvoir exporter sans avoir de droits de douanes ou de barrières à l'entrée est merveilleux. De plus, nous allons peser sur la bourse et nous allons peser sur les marchés spéculatifs, c'est extraordinaire'. 

Il y a de nombreux dangers. S'il y a un accord à Doha sur les bases actuelles, cela va entraîner un protectionnisme beaucoup plus important de la part des pays pauvres dans les 2 ou 3 ans à venir. Regardez l'Inde et Argentine : l'année dernière, quand les prix étaient plus élevés, ces deux pays ont mis des barrières à l'exportation. La libéralisation est nécessaire mais elle n'est pas suffisante.

Qui a inventé Momagri? 

Momagri a été créé à l'initiative de deux personnes, Pierre Pagesse (président de Limagrain, une grande coopérative française) et moi. Nous y avons associé différents partenaires, d'autres coopératives agricoles et le Crédit agricole, et nous allons nous ouvrir à d'autres partenaires, notamment internationaux. Au fil des mois, de grandes organisations internationales vont faire partie, sans investir, d'un system d'échange. Nous allons également voir comment le FAO et le FMI pourraient faire partie de notre conseil scientifique, qui doit valider les procédures et les méthodologies que nous employons. Nous avons donc à la fois des partenaires scientifiques et financiers, aussi bien français qu'internationaux. 

Momagri part donc d'un noyau dur de personnes qui mettent les choses en œuvre. Ensuite nous élargissons et nous internationalisons. 

Qui vous soutient actuellement, le gouvernement français? 

Nous ne cherchons pas vraiment le soutien de l'Etat. Momagri est un mouvement indépendant. Nous avons des relations avec les Etats mais nous préférons avoir le soutien de scientifiques, d'investisseurs du monde agricole et agro-alimentaire, de banques et de n'importe quelle entreprise, comme les think tanks américains et belges qui sont financés par des entreprises et des acteurs extrêmement variés. L'important, ce sont les idées qu'ils défendent et les outils qu'ils mettent en œuvre. Nous ne cherchons pas le soutien de tel ou tel Etat. Nous voulons rester indépendants. 

Mais en fin de compte, ce sont quand même les Etats qui décident de la politique agricole? 

Oui, mais regardez Jean Monnet et Robert Schumann : ils n'étaient pas des Etats mais des personnes privées qui au fil des années ont réussi à convaincre les Etats de leurs idées. Mais pour que les Etats puissent changer leur positionnement par rapport aux grands sujets du commerce international et de l'agriculture, il faut qu'ils aient à leur disposition des outils d'évaluation et d'anticipation dignes de ce nom et crédibles. Il faut qu'ils aient des indicateurs qui ont un impact politique et pour le public. Les politiques agissent en fonction de l'opinion publique, et l'opinion publique, vous la réveillez avec des indicateurs qui font qu'elle s'intéresse au sujet. Autrement, l'opinion publique ne voit rien, malheureusement. Elle va commencer à voir le jour là où vous créez de la clarté. Si vous ne le faites pas, il n'y a pas de vision possible. 

Les agences de notation qui cotent les Etats par exemple le font uniquement parce qu'elles ont des outils d'évaluation qui n'existaient pas avant pour le faire.

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