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Die derzeitige Lissabon-Strategie sei nicht ausreichend, damit Europa mit den rasch wachsenden Volkswirtschaften Asiens konkurrieren könne. Sie müsse daher auf "Lissabon Plus" erweitert werden und auch die externe Wirtschaftspolitik der Union einschließen, sagte Laurent Cohen-Tanugi, der Verfasser eines Berichts für die französische Regierung mit dem Titel "Eine europäische Strategie für die Globalisierung", in einem Interview mit EurActiv Frankreich.
Laurent Cohen-Tanugi ist ein Berater der französischen Regierung und Vorsitzender des französischen Projekts "Europa und Globalisierung", das auf Antrag der französischen Regierung im November 2007 ins Leben gerufen wurde.
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Quel est l’objectif de la mission « L’Europe dans la mondialisation », que vous a confiée le gouvernement?
Le ministre de l’économie, Christine Lagarde, est en France coordinateur national de la stratégie de Lisbonne, même si cette stratégie transversale concerne différentes compétences. Avec le ministre du travail, Xavier Bertrand, Madame Lagarde a donc eu une démarche anticipatrice dans le cadre du dialogue social national. Il s’agissait, dans un premier temps, de préparer le nouveau cycle de la stratégie de Lisbonne, 2008-2010. C’est pourquoi nous avons d’abord rendu, le 15 janvier, un rapport d’étape sur ce sujet en vue du Conseil européen des 13 et 14 mars derniers, qui a arrêté ce nouveau cycle.
Dans la perspective de la présidence française de l’UE, qui commence le 1er juillet, et d’autres échéances communautaires, il s’agissait, dans un deuxième temps, de mener une réflexion sur l’après-Lisbonne.
C’était donc une démarche anticipatrice bienvenue de la part de membres importants du gouvernement français.
La Commission avait formulé des propositions pour la stratégie de Lisbonne 2008-2010, qui ont été entérinées par le Conseil européen de printemps. Le rapport d’étape que vous avez proposé n’aura donc vraisemblablement pas d’impact sur cette période là?
Si. Le premier impact, très important, de nos travaux est qu’ils ont permis au Conseil européen de mars, tout en entérinant les propositions de la Commission pour 2008-2010, de lancer la réflexion sur l’après 2010. Il s’agissait d’une recommandation forte de notre rapport d’étape, dont le succès n’était pas du tout acquis d’avance, puisqu’au contraire la Commission craignait de détourner l’attention de la mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne pour cette dernière période. Or, si nous étions d’accord sur l’importance de la mise en œuvre, nous étions convaincus qu’il n’était pas possible d’attendre 2010 pour réfléchir à la suite.
Nous avons été entendus, avec le soutien de la France et de la présidence slovène. Nous avons donc, pour la présidence française, en liaison avec la Commission et le Conseil, un mandat du Conseil européen pour poursuivre le travail que la mission a entamé.
Par ailleurs, le rapport d’étape a pu contribuer à convaincre les autorités françaises que leur première priorité pour la période 2008-2010 était de mettre en œuvre la stratégie de Lisbonne au niveau national, et non de la réinventer au niveau communautaire.
Vous êtes les premiers à réfléchir à l’après 2010?
Oui. Quand j’ai commencé cette mission, j’ai vite compris que la période 2008-2010 était assez balisée. J’ai donc estimé que cette période devait surtout permettre à la France, « mauvaise élève » de la classe de Lisbonne, de rattraper son retard en matière de réformes structurelles. Je me suis ensuite rendu compte que le champ du post-2010 était en revanche totalement vierge. Ni la Commission ni les Etats membres n’avaient vraiment commencé à y réfléchir. Je crois que la mission, et la France à travers elle, vont être pionnières sur ce sujet.
Nous avons donc commencé par établir un bilan de Lisbonne. C’est d’ailleurs la première fois qu’un Etat membre, et non pas la Commission ou un think-tank, prend l’initiative de faire une évaluation complète de cette stratégie depuis sa révision en 2005.
Et quelle évaluation faite vous?
Il s’agit d’un bilan en demi-teinte. Ce n’est pas l’échec souvent dénoncé en France, mais pas non plus le succès mis en avant par la Commission.
Au positif, la stratégie de Lisbonne commence à porter ses fruits, elle a en tout cas conduit à une amélioration des résultats économiques de l’Europe en 2006 2007, avec 6,5 millions d’emplois nouveaux créés, et une croissance qui a rebondi. Elle a surtout amorcé un processus de convergence dans les réformes, de benchmarking, donc « la mayonnaise est en train de prendre », y compris au niveau des partenaires sociaux, de la société civile.
L’aspect négatif est que ces résultats sont extrêmement variables d’un pays à l’autre et selon les objectifs. La « méthode ouverte de coordination », qui est le moteur de la stratégie de Lisbonne, est surtout un moteur faible. Elle a même tendance à contaminer les instruments communautaires, même lorsque la Communauté est compétente.
Notre conclusion est donc que, si ses objectifs sont plutôt pertinents et doivent être poursuivis, la stratégie de Lisbonne ne peut plus constituer à elle seule la « réponse de l’Europe à la mondialisation ». Le monde dans lequel nous sommes entrés évolue très vite et les pays émergents d’Asie opèrent une montée en puissance spectaculaire. Non seulement l’Europe n’a pas rattrapé son retard par rapport aux Etats-Unis, mais elle risque d’être dépassée dans la prochaine décennie par les pays asiatiques. Il faut donc passer à la vitesse supérieure.
Que proposez-vous pour y parvenir?
La stratégie de Lisbonne est une stratégie d’adaptation de l’économie européenne à la mondialisation. Nous proposons une stratégie européenne plus ambitieuse pour la mondialisation, assise sur deux volets. Lisbonne est le volet interne de l’adaptation à la mondialisation, qu’il faut poursuivre de manière plus efficace.
Mais une stratégie pour la mondialisation doit également comporter un volet externe, c'est-à-dire des politiques économiques extérieures. Et ces politiques ne relèvent pas de la stratégie de Lisbonne, ni de la méthode ouverte de coordination, mais de compétences, soit exclusivement communautaires, soit partagées mais avec une forte dimension communautaire. Et il ne faut pas mélanger les deux volets. On parle souvent, à tort, de la « dimension externe de Lisbonne » : il faut plutôt parler de la dimension externe d’une stratégie pour la mondialisation.
Notre rapport dessine donc une stratégie plus globale, que nous avons baptisée « EuroMonde 2015 », avec deux volets distincts. Il y a d’un côté « Lisbonne Plus », c'est-à-dire une stratégie de Lisbonne recentrée sur la compétitivité et l’innovation dans son périmètre, et dotée d’une gouvernance renforcée.
Pour le volet externe, des politiques extérieures communes existent et doivent être dynamisées : la politique commerciale commune, la dimension internationale du marché intérieur et de l’union économique et monétaire, la politique agricole commune… Il s’agit en outre de mettre en place de nouvelles politiques extérieures communes, telles qu’une diplomatie énergétique, une diplomatie climatique, une politique européenne de co-développement incluant l’immigration, une stratégie normative internationale. Il faut enfin que l’Europe se dote pour l’avenir, à l’instar de la plupart des grandes puissances économiques, d’un instrument de surveillance des prises de contrôle extracommunautaires dans les secteurs sensibles.
Cette surveillance des secteurs sensibles est un enjeu évoqué de manière récurrente par la France…
L’Allemagne y est aussi sensible. Nous partons d’un constat : les pays émergents tels que les grands pays d’Asie, ou encore la Russie ont acquis une puissance financière considérable, qui leur permet d’acheter sur le marché la plupart des grandes entreprises occidentales. Or l’Europe ne peut pas être la seule puissance économique du monde à ne pas disposer d’un instrument juridique clair lui permettant de contrôler, de soumettre à conditions, voire d’interdire des prises de contrôle à caractère stratégique. Cet instrument pourrait prendre la forme d’un nouveau règlement communautaire, du type de celui sur le contrôle des concentrations, même si ce sujet n’a rien à voir avec le droit de la concurrence. Ma référence est la législation américaine Exon-Florio qui permet à une agence interministérielle d’examiner si telle ou telle prise de contrôle pose des problèmes de sécurité nationale.
Ce n’est pas une attitude en phase avec celle de la Commission européenne aujourd’hui?
Non. C’est un sujet tabou à Bruxelles, parce que le droit communautaire pose aujourd’hui en principe, non seulement la liberté de circulation des capitaux à l’intérieur de l’Union, mais son extension entre l’Union et le reste du monde. C’est d’ailleurs assez symptomatique d’une attitude générale qui consiste à vouloir transposer les règles et les principes internes à l’Union au reste du monde.
Nous sommes toutefois en train de passer à une nouvelle phase de la construction européenne, dans laquelle la construction d’un marché unique est globalement dernière nous. Aujourd’hui le défi est la place de l’Europe dans la mondialisation. Or les règles européennes ne sont pas toutes transposables à l’extérieur. Il faut donc, il me semble, faire évoluer le logiciel européen dans certains domaines avec une idée phare : l’ère de la déconnexion totale entre l’économie et la géopolitique est terminée.
L’UE est souvent critiquée pour avoir mis en place une stratégie de Lisbonne sans moyens pour atteindre les objectifs fixés. Si bien que les Etats ne se sont pas vraiment approprié cette stratégie. Qu’en pensez-vous?
C’est exact. Il y a un déficit d’appropriation nationale. Certains pays ont fait des réformes, qui ont d’ailleurs souvent payé. Les pays d’Europe du Nord ont de bonne performances, la question est de savoir si celles-ci sont dues à la stratégie de Lisbonne en tant que telle ou aux réformes décidées antérieurement par ces pays.
Il est difficile de répondre à cette question. L’Europe a créé des emplois, mais quelle est l’influence du cycle macro-économique? Tant qu’il n’y aura pas de contraintes, il ne sera pas vraiment possible de savoir ce qui est vraiment dû à la stratégie de Lisbonne.
Dans le rapport, nous faisons une série de propositions pour améliorer l’appropriation politique nationale. Tout d’abord, il faut rendre la stratégie plus contraignante. Il s’agit ensuite d’homogénéiser le collège des coordinateurs de Lisbonne qui aujourd’hui n’a pas vraiment d’existence. Dans un pays, c’est un fonctionnaire, dans un autre c’est un premier ministre, il faudrait qu’il y ait un profil commun et que ces personnes se réunissent dans une espèce de « Conseil Lisbonne Plus », comme on a eu un Conseil de l’Acte unique. Il faudrait enfin que ce groupe puisse travailler collectivement.
Vous évoquez des contraintes, mais concrètement, comment pourraient-elles se matérialiser?
Il s’agirait par exemple d’avoir tous les ans une espèce de tableau d’honneur public. Il n’est pas normal que tout le monde ait entendu du classement de Shanghai des universités, qui a provoqué un petit choc dans le monde universitaire en Europe, et pas de la stratégie de Lisbonne, qui existe pourtant depuis 8 ans.
Les objectifs de cette stratégie doivent enfin être moins nombreux, plus ciblés, différenciés selon les pays. L’Union européenne est beaucoup trop hétérogène aujourd’hui pour qu’on puisse avoir des objectifs indifférenciés entre les Etats.
« Lisbonne Plus » c’est donc un périmètre recentré sur l’innovation, et une gouvernance renforcée.
Quelle place accordez-vous à la dimension sociale dans « Lisbonne Plus »?
Nous plaçons au cœur de « Lisbonne Plus » la valorisation du capital humain, qui passe par des politiques éducatives et de formation ambitieuses, ainsi que par une sécurisation des parcours professionnels et des politiques de mobilité, qui constituent les meilleures formes de protection pour les salariés. Dans ce domaine comme dans les autres, « Lisbonne Plus » n’a pas vocation à accaparer l’ensemble des politiques européennes.
Pourquoi la France est-elle un mauvais élève, quels sont les spécificités du pays et que faudrait-il faire pour inverser la tendance?
La France a tout d’abord un problème assez spécifique à l’égard de l’économie de marché, du libéralisme économique, de la mondialisation. La stratégie de Lisbonne a été perçue, à tort d’ailleurs, comme un produit ultra libéral. En réalité c’est faux, parce que la stratégie de Lisbonne a des racines intellectuelles qui reposent sur la régulation, elle plonge assez loin dans l’organisation sociale. Cette image est donc erronée.
La seconde explication est que la France a énormément tardé à faire des réformes. Avant l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, la conjoncture politique n’était pas favorable et l’échec du référendum de 2005 a complètement gelé l’activité réformatrice pendant deux ans. La France a du retard, il faut qu’elle le rattrape, il faut également qu’on y parle un peu plus d’Europe.
Nous devons avoir un discours pédagogique qui montre qu’il y a une stratégie européenne commune qui va dans le sens de l’innovation. C’est le seul terrain sur lequel l’Europe puisse rester compétitive à l’égard non seulement des Etats-Unis, mais des pays émergents. Il ne s’agit pas de conserver un monopole car la Chine et l’Inde seront très performantes dans le domaine de l’innovation. Il faut simplement mettre les bouchées doubles. Cette stratégie commune existe, certains pays la mettent en œuvre et ont de bons résultats. Nous devons les imiter.
Comment les travaux de la mission que vous présidez vont-il s’articuler avec ceux de la Commission Attali?
Il y a une certaine convergence entre nos travaux. Le rapport Attali constitue en grande partie l’application nationale de la stratégie de Lisbonne. Notre démarche, elle, se situe au niveau européen.
Qu’attendez-vous de la présidence française en ce qui concerne la stratégie de Lisbonne?
Il est clair que l’agenda d’une présidence est en grande partie déterminé par le calendrier européen. Ce que je constate, c’est que la France a maintenant une longueur d’avance sur cet enjeu central qu’est la stratégie de l’Europe dans la mondialisation. Il s’agit que l’Europe reste dans la course au 21ème siècle.
Un mandat du Conseil européen existe désormais pour mener à bien cette réflexion. Il y a toute une série d’échéances sous la présidence française, notamment de très nombreux sommets entre l’UE et les grands pays émergents : la Chine, l’Inde, le Brésil, etc. La France dispose donc d’une opportunité historique d’influer sur l’évolution de la construction européenne sur un sujet central et à un moment charnière.
Nous ne le ferons évidemment pas tout seuls. Les deux prochaines présidences, tchèque et suédoise devront être associées à la réflexion, ainsi que la Commission européenne. Il faut lancer le débat au sein de l’Union pour que cette réflexion fasse partie du débat pour les élections européennes de juin 2009 et que la Commission dispose d’une feuille de route pour sa prochaine mandature.
Comment votre réflexion a-t-elle été accueillie par les Etats membres?
La mission a suscité un vif intérêt en Europe. J’ai eu des entretiens à haut niveau dans six Etats-membres : la Slovénie, la République tchèque et la Suède – pays qui vont être à la tête de l’UE ou le sont actuellement –, mais également l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni. J’ai évidemment eu beaucoup de réunions de travail à la Commission et au Parlement européen. Il me semble que ce rapport est assez attendu en Europe.
Il n’y a pas eu de méfiance de la part de certains d’entre eux?
Si, car la France a une image plutôt protectionniste. Mais quand nous avons expliqué notre démarche, ces craintes ont rapidement disparu. Nos partenaires ont compris que nous étions avant tout porteurs d’une vision ambitieuse pour l’Europe dans la mondialisation. Un passage et une annexe du rapport recadrent d’ailleurs l’application du principe de réciprocité.
Les Européens ont de plus salué le réinvestissement de la France dans Lisbonne. Et la réflexion sur le post 2010 intéresse énormément. L’accueil est donc très positif, y compris en France de la part des partenaires sociaux avec lesquels nous nous sommes réunis tous les mois par l’intermédiaire du Comité du dialogue social pour les questions européennes et internationales.
Y a-t-il une date prévue pendant la Présidence française pour discuter du rapport et de la stratégie de Lisbonne post 2010?
Pas encore. Plusieurs projets sont à l’étude, et des discussions pourraient avoir lieu tant à Paris qu’à Bruxelles.