Liêm Hoang Ngoc is a French socialist MEP elected for the first time in 2009. He is a member of the Economic and Monetary Affairs Committee and Chair of the Next Left Economic Circle, an initiative of the Foundation for European Progressive Studies (FEPS) and Global Progressive Forum (GPF). He spoke to EurActiv Managing Editor Daniela Vincenti.
Le nouvel accord conclu la semaine dernière sur la Grèce est critiqué par certains qui le voient comme un deal pour gagner du temps vers une sortie de la zone euro d'ici la fin de cette année. Avons-nous poussé la Grèce vers une tragédie annoncée ?
Les aides à la Grèce ont pour principale destination le paiement des intérêts de la dette que détiennent les banques, en contrepartie d’un défaut partiel qu’elles subissent en acceptant la restructuration de la dette grecque. Quant à lui, le peuple grec ne voit pas la couleur de ces aides.
Bien au contraire, il paie les frais d’une crise dont il n’est pas responsable. Le nouveau plan de sauvetage s’accompagne de la mise en œuvre d’un plan d’ajustement structurel renforçant l’austérité budgétaire et amputant de 22% le salaire minimum dans le secteur privé.
Contrairement aux croyances des promoteurs de ces politiques, celles-ci ne relanceront pas la croissance mais enfonceront la Grèce dans une récession qui se traduit par une contraction du PIB de 7% l’an.
En l’absence de recettes fiscales, en raison d’une croissance absente et de la fraude fiscale, les déficits continueront à se creuser, menaçant la Grèce d’un nouveau défaut de paiement à court terme.
Les seules expériences où les politiques d’ajustement structurel ont pu fonctionner sont celles où les pays appliquant la consolidation budgétaire ont pu ajuster leur taux de change à la baisse.
Sans une reprise de la croissance, et en cas de défauts répétés, la Grèce sera sans doute condamnée à sortir de la zone euro. En coulisse, certains l’y poussent, considérant que les prêts massifs de la BCE aux banques suffiront à constituer un pare-feu pour faire face à un éventuel effet de contagion qui proviendrait d’une prime de risque accrue demandée par les marchés à l’Italie ou au Portugal : en disposant de telles liquidités quasi-gratuites pour racheter ces dettes, les banques contribueraient à détendre les taux qui leurs sont associés.
Que pouvons-nous apprendre de la débâcle grecque ?
La Grèce a, au demeurant, un problème de recouvrement fiscal auquel les institutions européennes ne se sont jamais attaquées frontalement. Au-delà de cela, la principale leçon est qu’il est dogmatique de conditionner les mécanismes européens de solidarité, créés à l’occasion de cette crise, à l’adoption de politiques d’austérité.
Seuls les plus orthodoxes ou les incompétents continuent de croire que la consolidation rétablira la confiance des ménages et des entreprises qui, anticipant des baisses d’impôts liées à la réduction des charges de la dette, se mettraient à consommer et investir. Or c’est justement cette politique (contenant la dépense publique et la redistribution pour baisser les impôts directs que paient avant tout les plus aisés) qui a échoué à soutenir la croissance et qui est à l’origine de la montée des déficits, que la mauvaise conjoncture a amplifiée.
Pensez-vous que la décision de la Commission européenne de réduire les fonds régionaux alloués à la Hongrie comme mesure contre le déficit montre que nous avons appris la leçon ?
Non. La Hongrie n’a d’ailleurs qu’un déficit de 3,25% du PIB. Cette sanction est une sanction politique déguisée. L’Union européenne devrait rappeler que le projet européen fut pensé par ses pères fondateurs pour éviter à jamais les totalitarismes et les guerres.
Plutôt que de nager dans l’hypocrisie, il faut signifier politiquement aux pays qui dérogent aux valeurs démocratiques fondatrices de l’Union qu’ils n’ont pas leur place. Pour le coup, une suspension du droit de vote de la Hongrie au Conseil aurait représenté une mesure de rétorsion bien plus symbolique et efficace.
Des statistiques économiques récentes montrent que l'Europe stagne et est en train de se diriger vers une deuxième récession en trois ans seulement. Il semble que les réponses politiques n'ont pas réussi à relancer l'économie de façon durable. Est-ce le cas ?
Dès mon élection en 2009 et mes premières interventions dans la commission des Affaires économiques et monétaires (ECON), lors des nombreux dialogues organisés, j’ai alerté le Président de la BCE, le Président de l’Eurogroupe et le commissaire chargé des affaires économiques et monétaires des risques d’une crise en W, rendant aventureux le retrait trop rapide des mesures de soutien à l’économie européenne.
Hélas, la BCE, la Commission et le Conseil ont promu, dès le troisième trimestre 2009, ce qu’ils ont qualifié de « politiques de sortie », présageant les politiques d’austérité qui sont désormais appliquées sous leur surveillance dans tous les Etats membres. Sans surprise, l’économie européenne a replongé vers la récession dès le retrait des mesures anticycliques, lors de l’été meurtrier de 2011. Les tenants de l’orthodoxie budgétaire persévèrent aujourd’hui dans l’erreur. Pire, il demande aux Etats d’approfondir des politiques d’austérité qui finiront par plonger l’Europe dans une récession durable, sans parvenir à réduire les déficits, tout en exacerbant l’euroscepticisme.
Que faudrait-il faire pour relancer l'économie ?
Il faut changer le cours de la politique macroéconomique prônée, qui est pro-cyclique depuis l’entrée en vigueur de l’euro : lorsque la croissance était au rendez-vous, les Etats membres ont baissé massivement les impôts, tandis qu’actuellement, en période de récession, ils pratiquent l’austérité.
C’est le contraire qu’il faut faire, en adoptant des politiques anticycliques : on aurait dû affecter les « cagnottes fiscales » au désendettement il y a dix ans, alors qu’aujourd’hui ce sont des politiques de relance qu’il faudrait mettre sur pied. Certes, les déficits sont importants.
Mais il faut distinguer les budgets de fonctionnement, qui doivent être équilibrés, et les budgets d’investissement public des Etats, qui préparent l’avenir, qui auront un impact sur la croissance et qu’il est possible de financer par de la bonne dette. La bonne « règle d’or », s’il en est une, serait d’exclure du calcul des déficits publics les dépenses d’investissement, pour concentrer les efforts de rigueur sur les dépenses de fonctionnement (par une action sur les dépenses et les recettes fiscales) tout en permettant aux Etats membres de s’endetter à discrétion pour investir dans l’innovation, l’industrie, la recherche et les infrastructures.
Ceci est d’autant plus nécessaire que les perspectives financières du budget communautaire (qui est un véritable budget d’investissement) restent moroses. Faute de quoi, on priverait la zone euro de politique budgétaire. Ceci serait dommageable, alors que l’ajustement par les taux de change à l’intérieur de l’Union est impossible en régime de monnaie unique et que la politique monétaire produit peu d’effet sur l’investissement.
Enfin, pour prévenir les nouvelles attaques spéculatives, la BCE devrait être autorisée à garantir les dettes souveraines. Pour l’heure, elle rachète des titres sur le marché secondaire et finance massivement et à bas taux les banques privées pour qu’elles rachètent des titres sur le marché primaire, non sans risque d’aléa moral.
Il faut donc modifier les traités pour que la BCE puisse intervenir, le cas échéant, directement sur les nouvelles émissions de titres afin de réduire significativement le coût des emprunts publics. La situation actuelle n’est pas inflationniste. Dans la zone euro, il n’y a pas, loin de là, d’inflation par la demande, pas plus que de tension sur les coûts salariaux.
Onze pays menés par la Grande-Bretagne sont en train de faire pression en faveur d'un programme libéral pour la croissance, une intégration économique plus audacieuse avec les Etats-Unis et l'approfondissement des relations commerciales et d'investissement avec la Russie, la Chine et d'autres partenaires stratégiques. Pensez-vous que de tels mouvements sont suffisamment concrets pour sortir l'Europe de ses difficultés ?
Le Royaume Uni a toujours considéré que l’extension de la zone de libre échange, qu’est devenue l’Union européenne, était le meilleur paravent contre l’Europe politique que ce pays n’a jamais souhaité.
Il n’est donc pas étonnant qu’il persévère dans cette stratégie. Il faut au contraire renforcer les institutions fédérales européennes et doter l’Union européenne de véritables instruments politiques, notamment sur le plan économique. Ces instruments ne sauraient surtout pas se réduire à l’inscription, dans la constitution des Etats membres, des principes néo-libéraux de politique économique dont l’application serait assujettie au contrôle de la Cour de justice européenne. Les choix économiques sont des choix politiques. Ils doivent pouvoir faire l’objet d’une délibération démocratique.
Quel message pour les dirigeants européens qui se réuniront demain?
Mon message : « Oui à la solidarité ! Non à l’austérité ! Oui au Mécanisme européen de stabilité (MES) ! Renégociez le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire (TSEG) ! »
To read a shorter version, please click here.


