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L’Europe de l’Est en proie à l’instabilité politique [FR]

Publié 17 février 2009
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L’instabilité politique croissante en Lettonie, en Ukraine et en Géorgie découle principalement de la crise économique mondiale et de problèmes internes graves, comme la corruption. Mais les problèmes avec Moscou pourraient envenimer une situation déjà difficile, selon des analystes de haut niveau interrogés par EurActiv.

L’Ukraine, la Géorgie et la Lettonie entrent dans une période d’instabilité politique alors que la récession économique ne cesse de s’aggraver dans ces trois pays.

Le 13 février, le Premier ministre du gouvernement ukrainien, Yulia Tymoshenko, a survécu à un vote de défiance au Parlement. Mais en raison de la lutte de pouvoir qui l’oppose au président Viktor Yushchenko, qui était autrefois son allié, le Premier ministre s’est retrouvée de nouveau dans une situation complexe.  

Une mission du Fonds monétaire international visant à réviser son arrangement avec l’Ukraine a laissé Kiev dans l’incertitude la semaine dernière quant à la question de savoir si des fonds plus importants seraient dégagés afin de maintenir l’économie ukrainienne à flot. Viktor Pynzenyk, ministre ukrainien des Finances, a démissionné de ses fonctions jeudi, invoquant des désaccords budgétaires et politiques avec Mme Tymoshenko, a rapporté l’Associated Press.

De plus, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Vladimir Ohryzko, aurait demandé aux ambassades ukrainiennes à l’étranger de rapporter au plus haut niveau les actions malhonnêtes et inappropriées de son Premier ministre. 

En Géorgie, de nombreux acteurs de l’opposition blâment le président, Mikheil Saakashvili, pour les troubles dans le pays et demandent sa démission (EurActiv 02/02/09). De nombreux investisseurs ont fui, laissant la Géorgie avec le plus haut taux de chômage dans la région du Caucase. 

En Lettonie, les récentes émeutes ont montré à quel point le pays balte a été touché par la crise économique (EurActiv 14/01/09). A l’heure actuelle, les experts déclarent que l’économie lettone se porte très mal, et ce même en comparaison des autres économies touchées par la crise financière mondiale. L’économie lettone est au bord de l’abîme, a déclaré Neil Shearing, de Capital Economics, société de conseil basée à Londres, cité par le Deutsche Welle. 

Alors que l’instabilité politique ne cesse de croître en Ukraine, en Géorgie et en Lettonie, EurActiv a demandé à des analystes de commenter les raisons de cette situation, ainsi que l’éventuel rôle du Kremlin quant à l’actuelle instabilité de la région.  Les analystes s’accordent largement à dire que la principale cause d’instabilité réside dans les contextes économiques et politiques difficiles de ces pays, y compris le haut niveau de corruption et la mauvaise gouvernance. L’ingérence hostile russe n’est selon eux qu’un facteur secondaire. 

De plus, les analystes ont révélé que l’aggravation de la situation économique en Russie et l’instabilité de la société russe entravent la situation du pays. Récemment, Thierry de Montbrial, président de l’IFRI (Institut français des relations internationales) a mis en garde contre un scénario catastrophe dans lequel la chute des prix du pétrole paralyserait l’économie russe (EurActiv 06/02/09). 

Réactions : 

Selon Fraser Cameron, directeur du centre UE-Russie à Bruxelles, la crise économique mondiale et la corruption massive en Ukraine et en Géorgie sont les principales raisons de l’aggravation de la situation dans ces pays. 

Il ne fait aucun doute que la Russie souhaite garder ces pays sous son influence, selon M. Cameron. Mais ses moyens pour y parvenir sont essentiellement limités à sa mainmise sur l’énergie, a-t-il ajouté, soulignant que ce n’est pas un moyen que Moscou peut utiliser en toute impunité, parce qu’il y a des règles internationales. 

Le directeur du centre UE-Russie a reconnu que la Russie fait jouer son réseau datant de l’ère soviétique pour exercer une influence sur ses voisins ; mais il a souligné qu’il ne s’agissait pas du principal facteur sous-jacent. 

Il ne fait aucun doute que Moscou a utilisé la corruption pour influencer les politiques dans un certain nombre de pays, selon M. Cameron. Mais il est difficile d’évaluer à quel point ce moyen a été efficace. Il a ajouté que les pays satellites de la Russie sont faibles, mais que la Russie l’est également. 

La Russie a été touchée de plein fouet par la crise économique, a fait remarquer M. Cameron, indiquant que la société russe n’est pas très stable non plus. Selon lui, les opportunités sont plutôt limitées. Gazprom court après les capitaux à Londres, Paris, New-York et Francfort, a indiqué M. Cameron. 

Tomas Valasek, directeur de la politique étrangère et de la défense au Centre for European Reform à Londres, a également confié à EurActiv qu’avant d’analyser la situation dans les pays voisins de la Russie, il fallait en premier lieu examiner la situation de la Russie. 

« Je ne vois pas beaucoup de manœuvres d’espionnage russes en Lettonie. La scène politique produit dans l’ensemble le même gouvernement depuis six ou sept ans. Il y a eu des élections tous les deux ans. Les citoyens sont frustrés. Et si vous ajoutez la forte baisse du niveau de vie découlant de la crise économique, vous comprenez pourquoi le pays est en proie à l’instabilité. Nul besoin de rejeter la faute sur la Russie, a-t-il indiqué.  

Quant à l’Ukraine, il a souligné que la mauvaise gouvernance et la corruption sont les principales raisons à l’origine de la situation. 

« Je répète qu’il ne faut pas accuser la Russie de tous les maux. Moscou est certes un facteur : M.Yuschenko a accusé Mme Timoschenko d’être un agent russe, et M. Yanukovich a accusé à la fois Mme Timoschenko et M. Yuschenko d’être irresponsables quant à la politique russe. La Russie a été davantage utilisée comme un objet que les membres de la classe politique se sont renvoyé, plutôt que le facteur jouant le rôle principal ».

La Géorgie constitue un cas complètement différent, admet M. Valasek. Selon lui, Moscou a choisi de montrer avec ce pays du Caucase ce qui arrive aux pays qui provoquent ouvertement la Russie. 

« La guerre a fait peur aux investisseurs, a détruit beaucoup de valeur, et a contraint la Géorgie à lever des fonds au moyen d’une conférence de donateurs. Comment pouvons nous écarter la Russie des troubles économiques auxquels est confrontée la Géorgie ? » se demande M. Valasek.

L’analyste a également mis en avant les problèmes de la Russie dans le contexte de « l’actuelle récession, pour ne pas dire dépression, économique globale ». Il a ajouté que certains pays ont été plus touchés que d’autres, si l’on mesure l’impact en termes de perte de valeurs sur les places boursières et de dévaluation de la monnaie nationale, ce qui, selon lui, est exactement arrivé en Russie. 

Amanda Akcakoca, analyste politique à l’European Policy Center, a déclaré à EurActiv qu’il était selon elle injuste d’accuser la Russie pour ce qui n’allait pas en Ukraine et en Géorgie. 

« Dans le cas de l’Ukraine, beaucoup d’éléments sont à mettre en lien avec la situation politique interne » a expliqué Mme Akcakoca. Les luttes politiques intestines entre M. Yushchenko, Mme Tymoshenko et M. Yanukovich jouent selon elle en faveur des intérêts de la Russie. 

« A cet égard, l’Ukraine a offert à la Russie sur un plateau d’argent un rôle sur sa scène politique» a-t-elle déclaré. 

Dans le cas de la Géorgie, elle a observé que malgré les nouvelles peu claires fournies par les médias, M. Saakashvili reste plus populaire que l’opposition, car cette dernière est divisée.

« J’aimerais pouvoir dire que la Russie aggrave la situation dans ces pays, mais ce sont bien les situations nationales qui sont à l’origine de ces troubles », a déclaré Mme Akcakoca. 

Contexte : 

Les récentes émeutes en Lettonie ont montré à quel point le pays balte a été touché par la crise économique mondiale (EurActiv 14/01/09). 

Mais les tensions politiques avec Moscou semblent en outre accentuer les craintes récessionistes dans un certain nombre de pays voisins de la Russie.  Le ressentiment de Moscou à l’égard du président géorgien Mikheil Saakashvili est connu de tous. Lors d’une conversation avec le président français Nicolas Sarkozy datant d’il y a deux mois, le Premier ministre russe Vladimir Poutine serait allé jusqu’à déclarer qu’il voulait voir le président géorgien pendu. Le contenu de la conversation a été révélé par un assistant du président français.

Au cours de la crise gazière, la Russie a témoigné d’une attitude similaire à l’égard du président ukrainien, Viktor Yushchenko (EurActiv 14/01/09). 

Quant à la Lettonie, au cours de sa dernière rencontre avec la président de la Commission européenne José Manuel Barroso, M. Poutine a indirectement descendu en flammes le pays parce qu’il n’avait pas su garantir aux « non-citoyens » (résidents lettons d’origine ethnique russe) le droit de vote au niveau régional (EurActiv 09/02/09). 

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