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Mettre une annonceMise entre parenthèses par l’invasion de Gaza au début de 2009 et le gel consécutif des relations israélo-palestiniennes, la France a relancé l’Union pour la Méditerranée lors d’une rencontre à Paris hier (25 juin). Un reportage d’EurActiv France.
Les chefs d’Etat de 43 pays ont lancé l’Union pour la Méditerranée le 14 juillet 2008, donnant vie à un projet cher au Président français Nicolas Sarkozy qui avait au départ essuyé de lourdes critiques de la part de ses partenaires européens (EurActiv 14/07/08).
Ce partenariat, espère la France, apportera un nouvel élan à la coopération régionale en fixant des projets de développement prioritaires créant de facto une solidarité entre les nations participantes.
Les attentes sont importantes quant au fait que le structure de l’Union pour la Méditerranée, basée sur une présidence partagée entre le Nord et le Sud, augmentera la « propriété partagée » de ce processus et lui donnera plus d’autorité politique à travers des sommets réguliers, qui doivent se tenir tous les deux ans.
Les membres de l’Union sont les 27 Etats membres de l’UE, les 12 pays méditerranéens qui sont membres du Processus de Barcelone et les quatre pays balkaniques qui bordent la Méditerranée.
Les relations de l’UE avec ses voisins méditerranéens ont jusqu’ici été réglées dans le cadre du processus de Barcelone, qui inclut l’Algérie, l’Egypte, Israël, la Jordanie, le Liban, la Maroc, l’Autorité palestinienne, la Syrie, la Tunisie et la Turquie. La Libye dispose d’un statut d’observateur.
Après six mois au ralenti, les délégations de 43 Etats membres ont été invités par le ministre français de l’environnement à évaluer les conditions d’un certain nombre de projets de développement durable.
L’Union pour la Méditerranée a connu un ralentissement majeur après janvier, mais nous avons convaincu nos partenaires de reprendre des discussions formelles, a indiqué le conseiller technique chargé de l’économie et des finances au sein de l’unité Union Med de l’Elysée, Gilles Mantré, lors d’une conférence organisée par la Fondation pour l’innovation politique le 19 juin.
Et si le processus repart du bon pied, c’est seulement parce que l’on a changé les paramètres de coopération, a-t-il ajouté. Contrairement aux rencontres techniques du processus de Barcelone, qui réunissent les ambassadeurs et les experts, les sommets de l’Union pour la Méditerranée mettent en contact les chefs d’Etat et de gouvernement les uns avec les autres.
Selon les diplomates, c’est ce qui a permis aux pays de dépasser la crise de Gaza sans laisser tomber l’Union méditerranéenne. Ce point de vue est partagé par le président de l’Institut du monde arabe, Dominique Baudis. C’était une erreur de lancer le processus de Barcelone seulement au niveau ministériel, a-t-il déclaré. Lorsqu’une initiative est prise au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, l’impact politique est plus fort, selon lui.
Lancée en grande pompe en juillet 2008, l’Union pour la Méditerranée fut dotée d’une coprésidence franco-égyptienne. Institutionnellement, il a déjà été décidé que le secrétariat général serait à Barcelone, mais son personnel doit encore être déterminé.
Tous les pays de la côte sud de la Méditerranée se sont mis d’accord pour y renoncer à condition que leur voisin n’y accède pas, a expliqué Dominique Baudis. Néanmoins, la nomination du secrétaire général devrait avoir lieu avant la fin de l’année, les conditions politiques ayant été récemment convenues, a noté M. Mantré.
Les représentants d’Israël et de la Palestine doivent être inclus en tant que secrétaire général adjoint. Mais toutes les tentatives de rapprocher les deux camps à travers l’Union pour la Méditerranée semblent s’arrêter là. L’objectif du projet est bel et bien de tisser des liens entre les pays méditerranéens à travers des projets concrets. D’autre part, du point de vue de la France, les difficultés entre les membres de l’Union ne devraient pas être de vrais obstacles à l’avancement du projet. Nous devons d’abord construire une solidarité concrète afin d’intégrer la zone et de créer les conditions de la paix, a répété M. Mantré.
Vers un partenariat énergétique ?
La coopération énergétique a été mise en avant par les experts et les diplomates. Ce ne serait pas la première fois que l’économie, à travers l’énergie, mettrait autre chose en branle, a commenté le directeur de la communication et des affaires publiques à RTE, Michel Derdevet, faisant allusion à la construction de la Communauté européenne du charbon et de l’acier aux origines de l’actuelle Union européenne.
9 % de la demande mondiale en énergie viennent de pays bordant la Méditerranée. La croissance de la consommation énergétique dans les pays du sud est de 6 à 7 % contre 1 % pour ceux du nord. Encourager les pays proches à travailler ensemble est justifié, a-t-il ajouté. Notre interdépendance pourrait venir du développement du concept de partenariat énergétique.
Mais cette logique basée sur les projets n’est pas partagée par toutes les parties impliquées. Il est difficile de traiter quoi que ce soit qui n’ait pas de relation avec le conflit israélo-palestinien. La question de l’identité doit être réglée avant que l’on ne fasse l’Union pour la Méditerranée, a déclaré le directeur de la représentation diplomatique de la Ligue arabe, Nassif Hitti. Nous ne pouvons pas permettre la prise en otage de ce processus. Mais nous ne pouvons pas l’extraire de son contexte. Sans Madrid, il n’y aurait pas Barcelone. Si nous ne pouvons pas retrouver l’esprit de Madrid, il n’y aura pas de Barcelone un, deux ou trois, a-t-il ajouté. En 1991, la conférence de Madrid avait favorisée des pourparlers de paix, qui conduisirent aux accords d’Oslo de 1993 et au traité de paix israélo-jordanien de 1994.
L’Union traverse des difficultés du fait que les Etats membres qui la composent se sont effondrés, a ajouté Asteris Huliaras, professeur associé de géographie à l’Université Harokopion d’Athènes.
Le véritable examen de l’Union pour la Méditerranée devra être réalisé deux ans après son lancement, a ajouté M. Mantré. Des projets concrets – comme les projets de centrales solaires ou les autoroutes de la mer – ont encore un an pour porter leurs fruits.