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Géorgie : l’Europe divisée lors de la réunion de crise de l’OTAN [FR]

Publié 19 août 2008
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Au cours du rassemblement des ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’OTAN aujourd’hui 19 août à Bruxelles, des différences importantes entre les pays de l’UE sont apparues sur la façon d’agir avec la Russie à propos de la crise en Géorgie. Alors que la majorité des pays de l’Europe de l’Est membres de l’UE souhaitent une position plus ferme face à Moscou, il semble que la France et l’Allemagne se soient montrées plus prudentes pour ne pas froisser les liens avec la Russie.

Alors que les 26 ministres des Affaires étrangères de l’alliance doivent se rencontrer à Bruxelles, la Géorgie et la Russie ont publié des communiqués contradictoires concernant le retrait des troupes russes du centre du territoire géorgien. Le ministre russe de la Défense a fait savoir que le repli avait été amorcé lundi 18 août, comme convenu avec le président russe. Mais des sources officielles de Tbilissi ont indiqué qu’il n’y avait aucune preuve de ce repli. Les correspondants étrangers ont eux aussi fait état de peu de signes d’un retrait militaire de grande envergure. Les experts prévoyaient  qu’au lieu de se retirer, la Russie allait faire preuve de mauvaise volonté, exerçant ainsi une pression économique et sociale sur M. Saakashvili, le président géorgien, que Moscou souhaite renverser.

Mais il semble que la question concernant l’attitude à adopter et le choix de la sanction à infliger à la Russie en cas de non-respect des engagements - points débattus aujourd’hui à la réunion ministérielle de l’OTAN - ne semble pas être une décision facile à prendre. Aux Etats-Unis et dans certains pays d’Europe de l’Est, particulièrement en Pologne et dans les Etats baltes, des voix bellicistes estiment que si la Géorgie et l’Ukraine avaient été sur la voie d’une adhésion à l’OTAN, la Russie aurait été dissuadée d’attaquer la Géorgie (EurActiv 02/04/08).

Mais la France et l’Allemagne ne voient pas les choses de la même manière, considérant que si Tbilissi s'était mis sur la voie d’une adhésion à l’OTAN lors du sommet de Bucarest en avril dernier, l’alliance aurait dû intervenir militairement pour aider la Géorgie contre la Russie.

Contrairement aux guerres en Ex-Yougoslavie, les Etats-Unis ont été peu présents durant le conflit et ont laissé à la France et à l’Allemagne le soin de négocier avec Moscou et Tbilissi. La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice avait poussé M. Saakashvili à signer le cessez-le-feu négocié par la France, en lui indiquant que les Etats-Unis ne pouvait pas exercer plus de pression sur Moscou.

Il est donc difficile de prévoir si les Etats-Unis vont soutenir les déclarations de la Pologne et des pays baltes, qui considèrent que Moscou doit faire face aux conséquences de ses actions militaires en Géorgie. Les observateurs estiment que les ministres vont probablement examiner une série de projets communs avec la Russie, dont certains projets militaires, et en annuler d'autres.

Réactions : 

Le président russe Dmitri Medvedev, en visite surprise à Vladikavkaz, près de la frontière avec l’Ossétie du Sud, a indiqué le 18 août que les Occidentaux devaient respecter la puissance russe. Il a en outre nié le fait que son pays occupe l’Ossétie du Sud. « Nous ne souhaitons pas une détérioration des relations internationales, nous voulons être respectés », a-t-il indiqué. « Nous voulons que notre peuple, nos valeurs, soient respectés ». « Nous avons toujours été un Etat pacifique. Pas une seule fois dans l'histoire de la Russie ou de l'Etat soviétique nous n'avons lancé les premiers des actions militaires », a-t-il ajouté. 

La ministre géorgienne des Affaires étrangères a accusé la Russie de prendre du retard et a estimé que la poursuite de ses opérations militaires allait à l'encontre de l’accord de cessez-le-feu. Un porte-parole, cité par l’AFP, a indiqué que la Russie enfreignait les conditions de l’accord de paix signé par les présidents géorgien, français et russe. La ministre a mentionné de nouvelles opérations russes lundi, dont la réoccupation d’une base militaire à Senaki, dans l’ouest du pays, où des explosions ont été entendues.

Alors qu’elle se rendait à la réunion d’urgence des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN, la secrétaire d’Etat américaine Condoleeza Rice, a estimé que la Russie jouait « un jeu très dangereux que les Russes devraient sans doute abandonner ». Elle a ajouté que les Etats-Unis et ses alliés ne laisseraient pas la Russie tracer une nouvelle ligne en Europe et intimider les ex-républiques soviétiques et les anciens Etats satellites.

L’ambassadeur américain auprès de l’OTAN, Kurt Volker, a déclaré avant la réunion ministérielle de l’alliance que son pays n’allait pas demander l'interruption du dialogue avec la Russie dans le cadre de l’OTAN. M. Volker a déclaré : « Nous ne voulons pas détruire le Conseil OTAN-Russie, mais les actions de la Russie ont remis en question les relations entre les deux parties ». 

L’ambassadeur russe auprès de l’OTAN, Dmitri Rogozin, a dit à l’AFP le 18 août qu’il espérait que les décisions de l’OTAN seraient équilibrées et que les forces responsables en Occident mettraient fin au cynisme dont elles ont fait preuve si manifestement, poussant la Russie à retourner à l’époque de la guerre froide.

Contexte : 

Le 7 août, les troupes géorgiennes ont envahi la région séparatiste d’Ossétie du Sud. L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie font officiellement partie du territoire géorgien, mais sont en réalité autonomes et en grande partie sous l’influence de la Russie. On parle également de ces régions comme des zones de « conflits gelés ». Les tensions dans les deux régions se sont accrues depuis la déclaration d’indépendance du Kosovo en février dernier.

La Russie a répondu par une action militaire de grande envergure, envahissant une partie de la Géorgie. Suite à cette invasion, les pays occidentaux craignent que la Russie ne profite de l’occasion pour renverser Mikhaïl Saakashvili, le président géorgien pro-occidental, et ne fasse de la Géorgie un Etat vassal, comme lors de l’époque soviétique. Jusqu’à présent, les pertes géorgiennes dans les récents combats se chiffraient à 197 soldats, alors que la Russie a fait état de 74 morts. Selon des sources officielles russes, environ 2 000 civils sont morts en Ossétie du Sud. Les deux camps s’accusent mutuellement de génocide.

Lors d’une visite à Moscou et à Tbilissi le 12 août, le président français Nicolas Sarkozy a participé à la négociation d’un accord de cessez-le-feu que les deux parties ont accepté de signer. Le président russe Dmitri Medvedev a promis à son homologue français que la Russie entamera le 18 août le retrait de ses troupes du centre de la Géorgie, mais n’a pas précisé la date de leur retour en Russie. Des sources officielles américaines ont entre-temps indiqué que la Russie avait déployé des missiles tactiques SS-21 en Ossétie du Sud, capables d’atteindre Tbilissi, ce qui a aggravé les tensions (EurActiv 18/08/08).

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