Selon les explications d’un porte-parole, Gordon Brown croit que la libération anticipée du poseur de bombe de Lockerbie est un sujet trop sensible pour être commenté, a rapporté hier (24 août) la presse anglaise.
Défendant le silence de M. Brown, le porte-parole a déclaré que le premier ministre reconnaissait sans équivoque qu’il s’agissait là d’une décision très difficile, et extrêmement sensible, et que les sentiments des familles des personnes victimes de cette attaque terroriste seront très forts.
Le responsable a poursuivi en parlant d’une décision unique, sensible et difficile. Le gouvernement de Londres s’est abstenu de tout commentaire avant la décision et n’en fera pas après, a-t-il ajouté.
Officiellement, Westminster garde ses distances avec la décision des autorités écossaises de permettre à M. Megrahi d’être renvoyé chez lui pour y mourir. Le Royaume-Uni insiste pour dire que le gouvernement écossais est libre de se prononcer sur des matières judiciaires, et que la seule critique faite portait sur le fait que M. Megrahi avait été accueilli dans son pays comme un héros, bien que les autorités libyennes aient accepté le fait que l’évènement ne devait pas faire de vagues.
Un présent pour le dirigeant
Mais certains diplomates dont les propos ont été repris auraient dit ne pas croire que le moment choisi pour la libération de M. Megrahi, juste avant le 40e anniversaire de la « libération libyenne » ne soit qu’une coïncidence.
L’ancien premier ministre anglais Tony Blair a admis samedi, lors d’un entretien avec CNN, que les autorités libyennes avaient évoqué le cas de M. Megrahi dans tous les contacts bilatéraux avec des représentants anglais.
Que cela soit bien clair : les Libyens, bien sûr, ont évoqué l’affaire Megrahi en permanence, non seulement avec moi mais avec tout le monde. Il s’agissait d’un sujet d’inquiétude majeur pour eux, selon M. Blair. Mais comme je le leur disais, je n’ai pas le pouvoir de libérer M. Megrahi, a ajouté M. Blair.
De même, Gordon Brown aurait discuté de l’affaire Megrahi avec M. Kadhafi au sommet du G8 à L'Aquila (Italie), en juillet dernier.
Mauvaise diplomatie mais bonnes affaires?
Le secrétaire anglais aux Affaires étrangères, David Miliband, a rejeté les accusations selon lesquelles Londres aurait donné sa bénédiction au gouvernement écossais pour la libération du prisonnier, espérant ainsi exploiter de nouvelles opportunités d’affaires dans ce pays regorgeant de pétrole.
Ce démenti, toutefois, a été remis en question quand le fils de M. Kadhafi, Seif Al-Islam Kadhafi, a insisté sur le fait que la décision de libérer M. Megrahi était liée à des accords commerciaux.
Dans toutes les discussions avec les Anglais concernant la Libye, j’ai toujours mis l’affaire Megrahi sur la table, aurait dit Seif. Seif est largement considéré comme le prochain dirigeant libyen en devenir.
Pire, M. Kadhafi lui-même a jeté de l’huile sur le feu en remerciant la Reine, le Prince Andrew et Gordon Brown pour la libération de M. Megrahi, qu’il a reçu en grande pompe lors d’une apparition télévisée, jeudi.
Le gouvernement écossais se bat pour sa survie
En parallèle, les partis d’opposition en Ecosse seraient en train de préparer un vote de méfiance sur la décision de libérer M. Megrahi prise par Kenny MacAskill, le secrétaire écossais à la justice.
L’Ecosse est gouvernée par un gouvernement minoritaire du Parti national écossais (SNP), qui fait campagne pour l’indépendance de l’Ecosse. Pourtant, ce n’est pas tant le sort du gouvernement écossais que les autorités craignent le plus, mais plutôt des révélations gênantes, selon des observateurs.
Des théories du complot au centre de l’attention
Bien qu’ayant été longtemps traitées de théories du complot, les allégations selon lesquelles M. Megrahi puisse être innocent de ses charges commencent à sortir de l’ombre. Selon de nombreux commentateurs britanniques, M. Megrahi a été libéré parce que les autorités britanniques craignaient qu’un appel possible sur l’affaire Megrahi l’aurait déclaré innocent, mettant le monde judiciaire dans l’embarras.
L’officier de la CIA à la retraite Robert Baer affirme qu’un témoin clé – un national maltais – a été manipulé et que l’appel aurait montré au-delà de tout soupçon possible que l’attentat avait été orchestré par l’Iran (EurActiv 19/08/09).
Le professeur Robert Black de l’université d’Edimbourg, qui a suivi l’affaire Lockerbie depuis son commencement, a affirmé que Malte devrait exiger une enquête séparée sur l’attentat, afin de rétablir la réputation du pays et de la sécurité de ses aéroports. Une telle enquête, a-t-il suggéré, pourrait être mené par l’Union européenne à la demande de Malte.
Je pense que le gouvernement maltais devrait faire lourdement pression au sein de l’UE pour une enquête sur Lockerbie, a commenté le professeur Black. Le premier ministre adjoint de Malte, Tonio Borg, a rapidement réagit dimanche, en affirmant que son pays n’entretenait aucune relation avec le désastre de Lockerbie.



