Mercredi 26 novembre, le gouvernement chinois a fait savoir à la présidence française de l’UE que le Premier ministre Wen Jinbao ne se rendrait pas à Lyon pour le sommet, qui devait se concentrer sur les disputes à propos de l’énorme excédent commercial de la Chine avec l’UE ainsi que sur la coordination de la réponse internationale à la crise financière.
Les Chinois « ont motivé leur décision par le fait que le dalaï-lama effectuerait au même moment une nouvelle visite dans plusieurs pays de l’Union et rencontrerait à cette occasion des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’Union européenne ainsi que des présidents d’institutions européennes », indique la déclaration de l’UE publiée aujourd’hui.
La décision chinoise a été qualifiée de malheureuse à Bruxelles. Elle montre que les dirigeants communistes de la Chine privilégient l’isolation du Tibet et du dalaï-lama par rapport à la poursuite du « partenariat stratégique » sino-européen. Mais selon Stanley Crossick, fondateur du think tank European Policy Centre, nos dirigeants ne devraient pas se laisser distraire.
Dans une contribution sur Blogactiv, M. Crossick a signalé que le « golfe des malentendus entre la Chine et l’Occident par rapport au dalaï-lama et au Tibet est immense, et les idées fausses abondent […]. Dans le contexte de la dépression économique naissante, de la vulnérabilité du système financier mondial, du changement climatique, de la sécurité énergétique et du terrorisme, nos dirigeants ne devraient pas se laisser distraire par la question du Tibet et du dalaï-lama ».
Le président français Nicolas Sarkozy rencontrera le dalaï-lama à Gdansk (Pologne) lors d’une réunion entre les lauréats du prix Nobel de la paix, a affirmé Luc Chatel, porte-parole du gouvernement français. M. Sarkozy « a toujours indiqué qu'il rencontrerait le dalaï-lama, qu'il ne le rencontrerait pas en tant que chef d'Etat mais en tant que chef spirituel », a-t-il déclaré aux journalistes hier au sortir de la réunion hebdomadaire du cabinet à Paris.
Le dalaï-lama devrait également rendre visite au Parlement européen le 4 décembre. Selon Marco Cappato, eurodéputé libéral, seul le temps dira si Pékin a l’intention de boycotter toutes les institutions démocratiques de l’Union européenne.
La décision d’annuler le sommet est intervenue quatre jours après que le gouvernement tibétain en exil, dirigé par le dalaï-lama, a suspendu les négociations au point mort avec la Chine à propos de l’avenir du Tibet. Les négociations n’ont accompli aucun progrès en vue d’une résolution de la demande tibétaine de relâcher son emprise de 57 ans sur la région d’Asie centrale. La Chine estime que les velléités d’indépendance du Tibet sont un prélude à l’indépendance complète et à l’éclatement de l’Etat chinois.
Le European Council for Foreign Relations a qualifié l’annulation du sommet de geste spectaculaire et de démarche sans précédent dans la relation bilatérale, accompagnée par le spectacle désolant de la désunion européenne quant à la crise financière et économique, qui a confirmé aux dirigeants chinois que l’Europe n’est pas un acteur unitaire et qu’elle peut être provoquée publiquement sans incidences particulières.
Il est désormais probable que la prochaine rencontre entre les dirigeants chinois et européens soit reportée au moins jusqu’à la présidence suédoise de l’UE, prévue pour la seconde moitié de 2009.



