Les conflits estivaux ne sont pas quelque chose de régulier en été pour l’Europe mais il y a plusieurs zones « chaudes » où une crise peut éclater cet été, selon un expert de premier plan qui s’est confié à EurActiv.
Andrew Wilson, haut expert politique au Conseil européen pour les relations extérieures (ECFR), un think tank londonien, a déclaré que la possibilité d’une réédition de la guerre d’août de l’an dernier en Géorgie ne devait pas être écartée.
Des tensions avec la Russie pourraient aussi se faire jour en Ukraine, où Kiev s’est étrangement enfermée dans un système de paiement gazier mensuel sans avoir les fonds nécessaires pour cela, a-t-il dit.
Mais M. Wilson a surtout mis en avant le cas de la Moldavie, où des élections doivent se tenir demain, comme étant la plus grande menace.
Le parti communiste au pouvoir et ses rivaux de l’opposition de centre droit sont au coude à coude dans les derniers sondages, faisant monter les enjeux dans l’ancienne république soviétique.
Marian Lupu, dirigeant du Parti Démocratique (PDM) d’opposition, pourrait obtenir un score assez élevé pour devenir le « faiseur de roi » en Moldavie ou même le roi tout court, ce qui signifie qu’il pourrait obtenir la présidence, selon M. Wilson.
Je ne m’attendrais pas à des confrontations immédiates dans la rue, même si cela reste toujours possible – puisque les autorités sont mieux préparées et qu’il y a eu beaucoup d’arrestations de militants – mais mon conseil à Bruxelles serait le suivant : « restez loin des plages », a expliqué M. Wilson.
M. Lupu a été le président du Parlement lors de la dernière législature, mais a depuis quitté le parti communiste après un conflit avec M. Voronin. Selon des analystes, M. Lupu pourrait forger une alliance avec les deux camps, et même avec les communistes pour peu que M. Voronin se retire de la vie politique.
Le pot-de-vin russe
M. Wilson a mis en avant le fait que l’UE allait avoir besoin d’intervenir rapidement dans le cas d’une crise ou d’une impasse constitutionnelle, alors que Moscou a déjà dévoilé ses cartes en promettant d’accorder à la Moldavie 500 millions de dollars si les élections allaient dans son sens.
Théoriquement, l’argent est destiné au pays, mais en réalité il est pour l’élite au pouvoir, a affirmé M. Wilson, ajoutant que Bruxelles avait ses propres cartes à jouer, étant donné que le pays commerce essentiellement avec l’UE et que la plupart des ses migrants vont dans des pays européens.
La prospérité future de la Moldavie repose sur l’UE, a expliqué M. Wilson, qui a déclaré que cela était la plus importante carte que pouvait jouer Bruxelles.
M. Wilson a conseillé aux autorités roumaines de ne pas s’interposer et de laisser à l’UE le rôle d’intermédiaire.
S’ils se montrent trop téméraires, comme ils l’ont été en avril, cela donne aux communistes le genre de scénario d’interférence étrangère dont ils ont besoin, décrivant la Roumanie comme une figure ennemie, a-t-il dit.
Un autre analyste du ECFR a également souligné le rôle potentiel que pourrait jouer l’UE en cas d’autre élection contestée.
Nicu Popescu, expert politique à l’ECFR, a déclaré qu’il s’attendait à ce que la crise politique en Moldavie continue alors que son économie pique du nez, engendrant plus de violence et d’instabilité sur le flanc oriental de l’UE.
La crise d’avril n’était pas prévue, mais cette fois l’UE peut se considérer comme prévenue. Dans le cas d’une autre élection aux résultats contestés, l’UE doit être prête à jouer les intermédiaires entre le gouvernement et l’opposition aux plus hauts niveaux politiques, a déclaré M. Popescu, qui est un ressortissant moldave.



