EurActiv Logo
 
30 novembre 2009
Breaking News:

Les affaires publiques évaluent la Stratégie de Lisbonne [FR][en][de

Publié: mercredi 8 juillet 2009    | Mis à jour: mardi 14 juillet 2009   

Le ralentissement économique mondial représente une opportunité formidable pour l’UE de raviver sa stratégie phare dite de Lisbonne pour la croissance et de l’emploi, ont déclaré des consultants en affaires publiques à EurActiv. Mais les opinions divergent sur ses priorités futures au regard des évaluations mitigées de la réussite de la stratégie.

Contexte:

En 2000, l’UE a lancé son ambitieuse Stratégie de Lisbonne pour devenir l’économie basée sur la connaissance la plus dynamique au monde avant 2010.

Après cinq ans et des résultats limités, les dirigeants européens ont relancé la stratégie en mars 2005, mettant davantage l’accent sur la croissance et les emplois, et sur le transfert de davantage de propriété aux Etats membres par le biais de plans d’action nationaux. 

En réponse aux inquiétudes du public sur le changement climatique, le vieillissement de la population et l’exclusion sociale, les chefs d’Etat et de gouvernement européens ont convenu de détourner l’Agenda de Lisbonne du pur objectif « croissance et emploi » des trois dernières années, en préférant mettre l’environnement et les citoyens à l’avant-plan (EurActiv 18/03/08).

Etant donné la tourmente économique actuelle, on assiste apparemment à un retour de balancier, faisant de la création d’emplois et l’augmentation de la compétitivité les priorités clé des Vingt-sept.

A lire aussi:

Autres articles:

La Stratégie européenne de Lisbonne, lancée en 2000, a échoué jusqu’ici à remplir son principal objectif de dynamiser et galvaniser les forces européennes autour d’un projet européen, selon José Lalloum, associé gérant de Logos Public Affairs, un cabinet de consultance bruxellois.

Cette appréciation tombe aujourd’hui, bien que ses cibles et ses objectifs sont d’autant plus valables dans ce contexte de récession économique mondiale, qui représente en réalité une opportunité formidable pour la Commission européenne et les gouvernements européens de raviver cette stratégie, a déclaré M. Lalloum.

L’Agenda de Lisbonne ne devrait pas être remplacé, mais approfondi et activé, a-t-il expliqué, appelant à ce que ses attributions soient élargies pour combattre le changement climatique en modernisant les économies européennes – essentiellement en investissant dans la recherche et le développement.

Cette opinion est partagée par Jacques Lafitte, le fondateur d’Avisa Partners, une autre firme de consultance bruxelloise, qui déclare que la crise signifie une chose : les objectifs de base de la stratégie – les emplois, une économie basée sur la connaissance et la croissance – resteront au sommet de l’agenda de l’UE bien après 2010.

A la recherche d’une nouvelle trame

Une nouvelle trame qui complète plutôt que remplace l’Agenda de Lisbonne, devrait se baser sur la durabilité et les technologies de pointe pour la création d’emplois et d’une économie pauvre en carbone, a déclaré M. Lafitte.

Gerard de Graaf, chef d’unité chargé de la Stratégie de Lisbonne à la Commission européenne, a déclaré à EurActiv dans un entretien récent que l’UE devait accélérer la mise en œuvre de son agenda de réformes économiques, mais il a suggéré qu’aucun changement radical dans la substance ne devait être attendu quand la stratégie sera révisée plus tard cette année (EurActiv 24/06/09).

De manière similaire, la présidence actuelle de l’Union détenue par la Suède croit que la Stratégie de Lisbonne a progressé sur plusieurs points, selon la ministre des Affaires européennes de ce pays, Cecilia Malmström, qui s’est exprimé dans un entretien  avec EurActiv (EurActiv 29/06/09).

Néanmoins, on s’attend à ce qu’une stratégie nouvelle, plus focalisée et plus efficace soit adoptée lors de la présidence espagnole de l’UE au printemps 2010, et préparer et mettre en place le cadre pour cette stratégie sera l’une des tâches importantes pour la Suède, a dit Mme Malmström.

Le facteur Barroso

De nombreux observateurs bruxellois croient que les priorités de l’Union pour les prochaines années ne changeront pas de façon spectaculaire si José Manuel Barroso est reconduit en tant que président de la Commission pour un second mandat.

M. Barroso a reçu le soutien unanime des chefs d’Etat et de gouvernement lors du sommet des 18 et 19 juin (EurActiv 19/06/09), mais il devra encore attendre pour être formellement reconduit après que les eurodéputés aient décidé d » repousser le vote sur sa nomination jusqu’à l’automne (EurActiv 07/07/09).

Si M. Barroso reste en charge de l’exécutif européen, des questions telles que la réforme de la surveillance financière ou la lutte contre le changement climatique continueront à figurer en haut de l’agenda, a déclaré Laurent Chokoualé Datou de la firme de relation publique bruxelloise Edelman à EurActiv, peut-être au détriment des politiques de soutien social conçues pour aider à atténuer les effets de la crise financière mondiale.

Pressions régulatrices

Pour la directrice gérante de Fleishman-Hillard Europe, Caroline Wunnerlich, les mots en vogue d’après l’élection de 2004 tels que « mieux réguler », « mise en œuvre » ou « compétitivité » ont depuis été détourné par la crise économique, qui a détourné l’attention de tout le monde sur le besoin de réguler le secteur financier.

Le niveau auquel cet élan régulateur dans les services financiers migrera vers d’autres domaines politiques est bien sur un élément clef, mais il est difficile de voir comment cela ne serait pas le cas, a déclaré Mme Wunnerlich à EurActiv.

Au début de l’automne 2009, la Commission doit lancer une large consultation Internet des parties prenantes européennes et nationales sur la stratégie de Lisbonne post-2010 ; des propositions formelles devraient être présentées à la fin de l’année ou au début de la prochaine.

Les dirigeants européens adopteront alors certainement les principales orientations politiques de l’exécutif européen lors de leur sommet de mars 2010.

Positions:

Je ne prévois aucun changement significatif dans les priorités de l’UE. La crise financière, le climat et le traité de Lisbonne resteront des priorités. Pour ce qui est de ce qui viendra après l’Agenda de Lisbonne, je choisirai les mots clefs « relance durable », « croissance » et « sécurité », selon Georg Danell, associé gérant du Bureau de Bruxelles de Kreab Gavin Anderson, qui se confie à EurActiv dans un entretien. 

Un nouveau fil rouge en remplacement de l’Agenda de Lisbonne pourrait très bien être le traité de Lisbonne, étant donné l’incertitude qui demeure sur sa ratification, selon Julia Harrison, associée gérante de la consultance d’affaires publiques Blueprint Partners, basée à Bruxelles.

S’il n’est pas adopté, l’UE devra trouver d’autres moyens de se réorganiser en interne, et cela promet de prendre un certain temps, a ajouté Mme Harrison.

Il faut à l’Union un Agenda de Lisbonne renforcé en tant que pilote d’un projet européen pour fédérer les citoyens européens, avec une vision en termes de croissance durable en tant que facilitateur de prospérité en Europe, d’après José Lalloum, associé gérant de Logos Public Affairs, qui s’entretenait avec EurActiv. 

Nous n’avons plus de projet fédéral européen depuis Jacques Delors, il n’est donc pas étonnant que la participation aux élections de l’UE soit si décevante, a ajouté M. Lalloum.

Pour Michiel van Hulten de la firme de relations publiques Burson-Marsteller, les priorités de la Stratégie de Lisbonne révisée devraient être la réglementation (des marchés financiers) et la déréglementation (des autres marchés), des partenariats au lieu des adhésions, le combat contre le changement climatique sans saper la croissance européenne, et une coopération transatlantique renforcée.

Au moment où il a exprimé son soutien à José Manuel Barroso pour un nouveau mandat de président de la Commission, le PPE a demandé à son candidat de s’engager sur un pacte législatif de cinq ans basé sur les principales priorités du Programme de Varsovie : une économie sociale de marché, la sécurité, la subsidiarité, des frontières et une identité européenne claire, a déclaré à EurActiv la PDG de la branche bruxelloise de Hill and KnowltonElaine Cruikshanks (EurActiv 26/06/09). 

Cela ne reflète pas grand chose de l’Agenda de Lisbonne. Si M. Barroso veut gagner le soutien nécessaire des libéraux européens, il devrait penser à ajouter des questions telles que la compétitivité et une politique commune contre les immigrants légaux et les demandeurs d’asile, a affirmé Mme Cruikshanks. 

Prochaines étapes:

  • Début de l’automne 2009 : Lancement par la Commission d’une grande consultation Internet des parties intéressées européennes et nationales sur la Stratégie de Lisbonne post-2010 (sur la base d’un document d’analyse).

  • Fin 2009 / Début 2010 : Présentation par la nouvelle Commission des ses propositions formelles pour Lisbonne d'après-2010.

  • Mars 2010 : adoption des principales orientations politiques lors du sommet européen.

  • Mars 2010 / Juin 2010 : Le sommet européen doit fournir des décisions plus détaillées, y compris des lignes directrices intégrées, des recommandations spécifiques par pays, un nouveau type de programme communautaire de Lisbonne et des propositions plus développées dans des domaines politiques spécifiques (telles que la stratégie d’innovation de l’UE).

NB : EurActiv publiera la série complète des entretiens avec les patrons des firmes d’affaires publiques européennes lors de sa semaine spéciale  sur le nouveau Parlement européen la semaine prochaine.

Advertising
Advertising