Soulignant l’importance de communiquer sur les politiques européennes dans les capitales de l’UE, le président du Parlement européen Jerzy Buzek a déclaré que la démocratie européenne était sur le point de nouer des relations étroites avec les hommes politiques nationaux sur une base quotidienne. Il a ajouté que rendre les débats dans l’assemblée de l’UE plus conflictuels serait un moyen d’intéresser davantage les citoyens.
Dans le même ordre d’idées, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a insisté sur le fait que les institutions européennes ont besoin de soulever de réelles questions qui ont un impact sur la vie quotidienne des gens. Nous devons ramener les débats européens à un niveau national, a-t-il dit, citant comme exemple les priorités stratégiques pour 2020 qui vont nécessairement conduire l’UE hors de la crise en se reposant sur la croissance écologique et la cohésion sociale.
Décentraliser les débats européens dans les capitales européennes
Margot Wallström, vice-présidente de la Commission européenne responsable de la politique de communication de l’UE, a déclaré que l’UE devrait mieux écouter, mieux expliquer, et se positionner au niveau local.
Nous devons devenir réels, a-t-elle annoncé. Les médias que les gens utilisent sont les radios locales, la télé et les sites Internet, et c’est là que nous devons mettre nos ressources.
Communiquer directement au niveau local prend d’autant plus d’importance qu’une telle décentralisation suscite peu d’intérêt parmi les journalistes de Bruxelles, car ce sont des journalistes d’actualités, a-t-elle ajouté.
Déclarant que le défi de communication de l’UE ne consiste pas à parler en anglais avec le jargon de Bruxelles mais à décentraliser radicalement et donner du pouvoir aux multiplicateurs d’information, l’éditeur de la Fondation EurActiv Christophe Leclerc a dit : nous avons vu les institutions de l’UE devenir plus professionnelles dans leurs activités, mais le récent échec des référendums sur les traités de l’UE a montré que c’était loin d’être suffisant.
Pendant l’événement, les rédacteurs et éditeurs d’EurActiv ont fait part de leurs recommandations pour mieux s’engager auprès des citoyens européens. Faisant écho à l’opinion de M. Buzek, Daniela Vincenti-Mitchener, rédactrice en chef d’Euractiv.com, a appelé à un rôle plus positif pour les Parlements nationaux, recommandant la création de réseaux informels d’eurodéputés et de députés nationaux pour permettre de mieux tester les idées politiques à travers les nations.
Adoptant une perspective allemande, la vice-présidente du Parlement européen Silvana Koch-Mehrin a dit que la plupart des villes d’Allemagne étaient proches de Bruxelles géographiquement, mais que du point de vue de leur perception, elles se sentaient plus proches de Berlin.
Cela doit changer, a dit l’eurodéputée libérale allemande. Affirmant que, selon elle, la division entre l’UE, les affaires étrangères et les nouvelles nationales étaient en train de disparaître, Mme Koch-Mehrin a dit : nous devons clairement faire comprendre que ce qui est fait à Bruxelles a de l’importance au niveau domestique.
Changer la perception des citoyens : un problème majeur
Admettant que changer la perception des citoyens était un « gros problème », la vice-présidente du Parlement Isabelle Durant, ancienne vice-présidente belge (Vert) a dit que la solution était d’insister sur le fait que les problèmes européens n’étaient pas européens en soi, mais des problèmes qui devraient être discutés aux niveaux régional et local.
Mme Durant a mis en avant la crise laitière comme exemple du lien existant entre les problèmes auxquels sont confrontés les producteurs locaux et les décisions prises au niveau européen. Avec une vraie problématique, on peut alimenter une excellente discussion locale sur une question européenne, a-t-elle dit.
Le leader du Groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe Guy Verhofstadt a cependant tiré la sonnette d’alarme. Je suis tout à fait d’accord avec l’idée de débattre des questions européennes au niveau national, mais dans un sens positif, a-til dit, se plaignant que tous les jours les hommes politiques utilisent l’Europe à un niveau national, mais le font à mauvais escient.
Le jour où les Européens paieront de leur poche le budget de l’UE sera le jour où ils s’intéresseront automatiquement aux affaires européennes, a dit M. Verhofstadt, ancien premier ministre belge, insistant sur le fait que donner des ressources budgétaires propres à l’UE était le meilleur moyen de mettre l’Europe dans les cœurs et les esprits nationaux.
L’émotion oubliée à Bruxelles
Mme Koch-Mehrin, pendant ce temps, a souligné l’importance de l’aspect émotionnel d’un message, qui, dit-elle, est souvent oublié à Bruxelles.
En cette année d’élections européennes, son Parti démocrate libre a augmenté son score de 80 %, un résultat qu’elle a expliqué par la volonté de faire des choses qui pourraient être perçues comme stupides, alors qu’il s’agit en réalité de se connecter avec cet aspect émotionnel, comme par exemple écrire une colonne dans un magazine féminin sur le fait de travailler dans un milieu dominé par les hommes ou passer sur une chaîne de télé pour enfants.
Cela a créé un intérêt initial, et nous avons alors pu introduire l’élément européen, a-t-elle dit.
Les participants à l’événement ont également vu la présentation des Prix de la Fondation EurActiv du débat national sur l’Europe (EurActiv 13/11/09).



