Les débats nationaux, essentiels pour la communication de l’UE [FR] [en] [de]

Publié: 13 November 2009 | Updated: 29 January 2010
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Impliquer les acteurs nationaux dans la communication des politiques européennes est essentiel pour sensibiliser les citoyens ordinaires et stimuler le débat sur les questions européennes, d’après ce qu’on pu entendre les parties intéressées ayant pris part à la cérémonie de remise des Prix EurActiv au Parlement européen le 12 novembre.

Background

Les Prix EurActiv du débat national sur l’Europe ont été remis aux lauréats lors d’une cérémonie au Parlement européen jeudi 12 novembre.

La chaîne de télévision franco-allemande Arte, le ticket de train paneuropéen InterRail et un documentaire sur l’adhésion de la Turquie à l’UE ont été distingués parmi d’autres pour leur contribution aux débats nationaux sur l’Europe (EurActiv 13/11/09).

Ces dernières années, la Commission européenne a lancé plusieurs initiatives visant à s’attaquer au manque grandissant de confiance et d’intérêt des citoyens dans le projet européen.

A la suite du « Plan D » de 2005, réponse à la crise institutionnelle déclenchée par les votes « non » au projet de Constitution européenne en France et aux Pays-Bas, un Livre blanc sur la politique de communication européenne a été lancé en 2006.

« Debate Europe », la plus récente initiative, a été lancée au printemps 2008 dans le cadre des nouvelles stratégies Internet et audiovisuelles de l’exécutif européen, qui furent dévoilées en amont des élections du Parlement européen de 2009. Il s’agit d’un forum de discussion en ligne pour lequel toutes les contributions sont traduites dans toutes les langues officielles de l’UE.

La Commission a également ouvert sa propre chaîne sur You Tube et a refondu son portail central en ligne Europa afin de le rendre plus facile d’utilisation (EurActiv 14/07/09EurActiv 21/09/09).

La vice-présidente de la Commission européenne Margot Wallström, en charge de la communication, a souligné le fait que l’exécutif de l’UE devait utiliser tous les moyens à sa disposition pour communiquer avec les citoyens européens. Au même moment, cependant, elle a reconnu que c’est seulement lorsque le débat européen est ancré au niveau national, régional et local que les citoyens s’y engageront et chercheront à être informé des politiques européennes et des décisions qui les affectent.  

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Soulignant l’importance de communiquer sur les politiques européennes dans les capitales de l’UE, le président du Parlement européen Jerzy Buzek  a déclaré que la démocratie européenne était sur le point de nouer des relations étroites avec les hommes politiques nationaux sur une base quotidienne. Il a ajouté que rendre les débats dans l’assemblée de l’UE plus conflictuels serait un moyen d’intéresser davantage les citoyens.

Dans le même ordre d’idées, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso  a insisté sur le fait que les institutions européennes ont besoin de soulever de réelles questions qui ont un impact sur la vie quotidienne des gens. Nous devons ramener les débats européens à un niveau national, a-t-il dit, citant comme exemple les priorités stratégiques pour 2020 qui vont nécessairement conduire l’UE hors de la crise en se reposant sur la croissance écologique et la cohésion sociale.

Décentraliser les débats européens dans les capitales européennes 

Margot Wallström, vice-présidente de la Commission européenne responsable de la politique de communication de l’UE, a déclaré que l’UE devrait mieux écouter, mieux expliquer, et se positionner au niveau local.

Nous devons devenir réels, a-t-elle annoncé. Les médias que les gens utilisent sont les radios locales, la télé et les sites Internet, et c’est là que nous devons mettre nos ressources.

Communiquer directement au niveau local prend d’autant plus d’importance qu’une telle décentralisation suscite peu d’intérêt parmi les journalistes de Bruxelles, car ce sont des journalistes d’actualités, a-t-elle ajouté.

Déclarant que le défi de communication de l’UE ne consiste pas à parler en anglais avec le jargon de Bruxelles mais à décentraliser radicalement et donner du pouvoir aux multiplicateurs d’information, l’éditeur de la Fondation EurActiv Christophe Leclerc a dit : nous avons vu les institutions de l’UE devenir plus professionnelles dans leurs activités, mais le récent échec des référendums sur les traités de l’UE a montré que c’était loin d’être suffisant.

Pendant l’événement, les rédacteurs et éditeurs d’EurActiv ont fait part de leurs recommandations pour mieux s’engager auprès des citoyens européens. Faisant écho à l’opinion de M. Buzek,  Daniela Vincenti-Mitchener, rédactrice en chef d’Euractiv.com, a appelé à un rôle plus positif pour les Parlements nationaux, recommandant la création de réseaux informels d’eurodéputés et de députés nationaux pour permettre de mieux tester les idées politiques à travers les nations.

Adoptant une perspective allemande, la vice-présidente du Parlement européen Silvana Koch-Mehrin  a dit que la plupart des villes d’Allemagne étaient proches de Bruxelles géographiquement, mais que du point de vue de leur perception, elles se sentaient plus proches de Berlin.

Cela doit changer, a dit l’eurodéputée libérale allemande. Affirmant que, selon elle, la division entre l’UE, les affaires étrangères et les nouvelles nationales étaient en train de disparaître, Mme Koch-Mehrin a dit : nous devons clairement faire comprendre que ce qui est fait à Bruxelles a de l’importance au niveau domestique.

Changer la perception des citoyens : un problème majeur

Admettant que changer la perception des citoyens était un « gros problème », la vice-présidente du Parlement Isabelle Durant, ancienne vice-présidente belge (Vert) a dit que la solution était d’insister sur le fait que les problèmes européens n’étaient pas européens en soi, mais des problèmes qui devraient être discutés aux niveaux régional et local.

Mme Durant a mis en avant la crise laitière comme exemple du lien existant entre les problèmes auxquels sont confrontés les producteurs locaux et les décisions prises au niveau européen. Avec une vraie problématique, on peut alimenter une excellente discussion locale sur une question européenne, a-t-elle dit.

Le leader du Groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe Guy Verhofstadt  a cependant tiré la sonnette d’alarme. Je suis tout à fait d’accord avec l’idée de débattre des questions européennes au niveau national, mais dans un sens positif, a-til dit, se plaignant que tous les jours les hommes politiques utilisent l’Europe à un niveau national, mais le font à mauvais escient.

Le jour où les Européens paieront de leur poche le budget de l’UE sera le jour où ils s’intéresseront automatiquement aux affaires européennes, a dit M. Verhofstadt, ancien premier ministre belge, insistant sur le fait que donner des ressources budgétaires propres à l’UE était le meilleur moyen de mettre l’Europe dans les cœurs et les esprits nationaux.

L’émotion oubliée à Bruxelles

Mme Koch-Mehrin, pendant ce temps, a souligné l’importance de l’aspect émotionnel d’un message, qui, dit-elle, est souvent oublié à Bruxelles.

En cette année d’élections européennes, son Parti démocrate libre a augmenté son score de 80 %, un résultat qu’elle a expliqué par la volonté de faire des choses qui pourraient être perçues comme stupides, alors qu’il s’agit en réalité de se connecter avec cet aspect émotionnel, comme par exemple écrire une colonne dans un magazine féminin sur le fait de travailler dans un milieu dominé par les hommes ou passer sur une chaîne de télé pour enfants.

Cela a créé un intérêt initial, et nous avons alors pu introduire l’élément européen, a-t-elle dit.

Les participants à l’événement ont également vu la présentation des Prix de la Fondation EurActiv du débat national sur l’Europe (EurActiv 13/11/09).

Positions

Insistant pour dire que l’Europe est devenue plus démocratique depuis la chute du Mur de Berlin, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a déclaré à l’occasion de l’évènement du 12 novembre que grâce aux moyens modernes de communication, nous avons désormais ouvert des débats politiques sur des questions comme le changement climatique ou la manière de gérer la crise économique.

La Fondation EurActiv soutient ce débat entre les gouvernements, les institutions, les entreprises et les organisations de la société civile en couvrant de manière approfondie les politiques européennes, a ajouté M. Barroso.

Jean-Christophe Boulanger, éditeur d’EurActiv France, a expliqué que pour transposer les débats européens au niveau national, les institutions européennes devaient promouvoir les centaines de médias de niches qui parlent local mais comprennent l’Europe.

C’est à travers les mots des gens que les institutions de l’UE entreront dans leurs esprits, a-t-il dit. Une communication réussie des politiques de l’UE au niveau national requiert que l’on mette l’Europe dans les débats nationaux plutôt que de faire remonter les débats nationaux vers Bruxelles, selon Radovan Geist, rédacteur en chef d’EurActiv Slovaquie. Il faut choisir les sujets au niveau local et décentraliser la communication, a-t-il recommandé.

Jan Vitásek, rédacteur en chef d’EurActiv République tchèque, a appelé les institutions européennes à éviter toute propagande centralisée et à se tourner vers le national en coopérant avec des partenaires locaux. Les institutions ne devraient pas faire le travail des journalistes, a-t-il averti.

Former les fonctionnaires, les hommes politiques et les journalistes sur les politiques européennes et compléter cela avec un rôle pour des modérateurs indépendants, des intervenants et des éclaireurs d’opinion, voilà ce qu’a recommandé Szilvia Kalmár, rédactrice en chef d’EurActiv Hongrie.

Rester concret et expliquer aux gens comment l’information va les affecter eux et leurs porte-monnaie localement, a conseillé Adrian Lungu, rédacteur en chef d’EurActiv Roumanie, recommandant aux institutions européennes de promouvoir des personnes reconnaissables et de mettre à disposition des représentations nationales des spécialistes issus des différentes DG de la Commission pour des commentaires aux journalistes. 

Kristina Savova, rédactrice en chef d’EurActiv Bulgarie, a appelé les institutions européennes à trouver de bons partenaires au niveau national, y compris des médias influents et responsables avec un engagement réel en matière d’explication des questions importantes dans un langage simple.

Les institutions européennes et le gouvernement turc doivent expliquer le processus d’adhésion et ses implications pour la Turquie, a déclaré l’éditeur d’EurActiv Turquie Zeynep Gögüs, appelant Bruxelles à se montrer clair quant à savoir si la Turquie est désirée en tant que membre de l’UE ou pas, et à le dire bien fort.

Joachim Weidemann, éditeur d’EurActiv Allemagne, a déclaré que les débats devraient être localisés en engageant les parties intéressées aux débats sur les politiques de l’UE et a affirmé qu’utiliser les médias en ligne permettrait d’alimenter des cercles plus larges.