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Ecoles européennes : le système pourrait s’effondrer s’il n’est pas réformé [FR][en][de

Publié: lundi 23 mars 2009   

Le système des écoles européennes pourrait bientôt s’effondrer s’il n’est pas réformé. C’est ce qu’a déclaré Siim Kallas, vice-président de la Commission, lors d’une audience publique à Bruxelles, la semaine dernière (19 mars). Il a également mentionné des signes alarmants tels que la pénurie de professeurs, la lourdeur des procédures de décision et le manque de volonté des gouvernements d’investir dans les infrastructures.

Contexte:

Les parties intéressées se sont réunies la semaine dernière (19 mars) à Bruxelles dans le cadre d’une audience publique sur le système des écoles européennes en tant que modèle de mobilité et de multilinguisme. Cet événement a été organisé par le groupe de centre-droit du PPE-DE et a eu lieu au Parlement européen à Bruxelles.  

Le projet d’écoles européennes, qui forment aujourd’hui plus de 21 000 élèves dans quelques 14 écoles aux quatre coins de l’Europe, a été lancé par l’homme d’Etat européen Jean Monnet en 1953 pour assurer l’éducation des enfants des fonctionnaires des institutions de l’UE. 

Les écoles allaient garantir que les enfants « [deviennent], par l’esprit, des Européens, bien préparés à achever et à consolider l’œuvre entreprise par leurs pères pour l’avènement d’une Europe unie et prospère », avait déclaré M. Monnet en son temps.

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Reconnaissant que la réforme des écoles européennes est un sujet délicat, M. Kallas, vice-président responsable de l’administration, a déclaré, lors de l’audience organisée par le groupe de centre-droit PPE-DE au Parlement européen, que si, aujourd’hui, l’élan politique est suffisant, il sera possible d’apporter la touche finale au système des écoles européennes, qui garantira que, demain, une éducation de haute qualité, multiculturelle et véritablement européenne soit disponible au quatre coins de l’Europe. 

Un processus de réforme en cours

La réforme des écoles européennes est en cours depuis le milieu des années 2000, a déclaré M. Kallas aux parties intéressées, parmi lesquelles figuraient notamment des parents, des professeurs et des représentants des institutions européennes. M. Kallas a souligné les trois principaux aspects du processus : 

  • Rationaliser le processus de prise de décision et réduire la paperasserie afin de garantir que les décisions soient prises au niveau le plus compétent;
  • garantir que les coûts soient partagés équitablement entre tous les Etats membres ;
  • ouvrir le système afin que le programme européen soit disponible non seulement là où il y a des agences et des organes européens, mais aussi dans tous les Etats membres intéressés.   

Ensemble, nous pouvons garantir que les écoles européennes ne soient plus considérées comme un système d’éducation élitiste et fermé, a indiqué le commissaire lors de l’audience.  

Ouvrir le système

Aujourd’hui, la priorité est donnée aux enfants des personnels travaillant directement pour les institutions européennes. Erna Hennicot-Schoepges, eurodéputée luxembourgeoise (PPE-DE), a déclaré que les réformes en cours ouvriraient les écoles européennes à des élèves d’horizons différents, tout en incluant des enfants du personnel  des agences européennes (les écoles « de type II », dont quatre existent déjà).  

Les écoles européennes devraient également pouvoir offrir la possibilité à leurs étudiants de passer un baccalauréat européen (école de  « type III »). Cette idée a été saluée par le vice ministre tchèque à l’Education, Jakub Dürr, qui l’a qualifiée d’hautement inspiratrice. 

Mais Alain Scriban, membre du service administratif de la Commission, a adopté un point de vue plus réservé. Selon lui, l’ouverture des écoles ne doit pas conduire à la gratuité pour tous ou à des différences selon les écoles. Il a souligné le besoin de maintenir le niveau de qualité du système. 

Les écoles européennes, surchargées et en crise

Toutes les parties intéressées n’ont toutefois pas partagé l’évaluation positive de M. Kallas. Des parents d’élèves, en particulier, pensent que l’intégralité du système est en crise. Selon eux, une importante expansion et des investissements sont nécessaires pour que les écoles continuent de fournir un programme de qualité à l’avenir. C’est ce qu’a souligné lors de l’audience le représentant des parents d’élèves, Christopher Wilkinson, président d’Inter-parents. 

M. Wilkinson a insisté sur le problème des écoles surchargées, en mentionnant en particulier les trois sites bruxellois de Woluwé, Uccle et Ixelles, où la situation a atteint son paroxysme après des années de mauvaise gestion.

Selon Renée Christmann, secrétaire générale des écoles européennes, le fait que les écoles sont surchargées est regrettable car cela accentue le sentiment que les écoles européennes sont coupées du reste de la société. 

M. Wilkinson a même laissé entendre qu’en raison de ces problèmes de capacité, on essayait d’exclure des enfants dont les parents ne travaillent pas pour l’UE. Il a en outre précisé qu’actuellement, les écoles, les classes et les groupes linguistiques sont restreints : il s’agit d’un système en vase clos 

Bruxelles devrait ouvrir une quatrième école européenne à Laeken, mais pas avant 2012. Quant au débat sur l’avenir des écoles européennes, il devrait se poursuivre. Certains intervenants de l’audience ont en effet déjà appelé à la création d’une cinquième institution dans la capitale belge. 

Positions:

Selon Siim Kallasvice-président de la Commission chargé de l’Administration, le modèle des écoles européennes peut particulièrement convenir au caractère mondialisé et dynamique de nos sociétés, tout en continuant de préserver l’enracinement des identités nationales.

Pour y parvenir, nous devons garantir que le fonctionnement interne du système actuel est ajusté de manière adéquate, que les coûts inhérents au système sont partagé équitablement et que le processus de décision soit plus simple et plus efficace, a expliqué M. Kallas. 

Appelant à un nouveau modèle d’écoles européennes, plus flexibles et mieux adaptées aux besoins locaux, l’eurodéputée luxembourgeoise Erna Hennicot-Schoepges (PPE-DE), qui a présidé l’audience, a demandé la mise en place de structures de meilleure gouvernance. Elle espère en outre que le processus de réforme en cours changera fondamentalement le système.

Mme Hennicot-Schoepges a exprimé sa confiance en le fait qu’il sera possible d’aller de l’avant au cours de la prochaine législature. Elle a également indiqué qu’elle comprenait la frustration des parents. Néamoins, a-t-elle souligné, nous ne pouvons par répondre aux problèmes d’infrastructure et de surpopulation au niveau européen, expliquant qu’il revient aux Etats membres de trouver une solution. 

Le vice-ministre tchèque à l’Education, Jakub Dürr, a déclaré que la nature multilingue du modèle européen pourra difficilement être introduite au niveau national. Il a néanmoins concédé que les systèmes nationaux d’éducation pourraient s’en inspirer, par exemple en dispensant l’enseignement de certaines matières en langue étrangère.

De nos jours, on considère qu’il va de soi que les écoles européennes soient plus ouvertes, mais ce n’était pas le cas il y a quatre ans, a précisé Alain Scriban, du service administratif de la Commission

Par rapport aux inquiétudes liées à la pénurie de professeurs, M. Scriban a déclaré que son service étudiait la possibilité de recourir à des professeurs n’enseignant pas dans leur langue maternelle pour certaines matières, mais toujours avec des garanties de qualité appropriées. 

Appelant les gouvernements à pourvoir l’ensemble de leurs postes d’enseignants, Renée Christmann, secrétaire générale des écoles européennes, a fait écho aux propos de M. Scriban. Elle a indiqué qu’en raison de difficultés liées aux langues d’enseignement, des professeurs pourraient désormais enseigner dans une langue qui n’est pas leur langue maternelle.  

Former les étudiants dans leur langue maternelle est un principe fondamental du système, mais le besoin de partage des charges entre les Etats membres doit être pris en compte, a expliqué Mme Christmann.

La secrétaire générale a qualifié l’externalisation du baccalauréat européen pour le rendre plus accessible à tous de très bonne idée s’inscrivant dans la droite ligne des espoirs des fondateurs des écoles européennes. 

Christopher Wilkinson, président d’Inter-parents, qui représente les parents d’élèves scolarisés dans les écoles européennes, a déclaré que le processus de réforme a jusqu’ici pris beaucoup de temps, qu’il a été coûteux, laborieux, et semé d’embûches. 

M. Wilkinson considère que le système devrait être ajusté à un contexte plus international. Il estime que les écoles européennes constituent un atout qui devrait être déployé dans toute l’Europe. Selon lui, l’Europe a besoin de tels programmes pour atteindre les objectifs de l’agenda de Lisbonne et pour sortir de la récession sans que la compétitivité européenne ne soit affaiblie. 

Un parent, membre de la Commission européenne, a indiqué que l’école de Bruxelles est saturée depuis les salles de classe jusqu’aux bus. Il a indiqué que le problème des écoles surchargées était débattu depuis dix ans maintenant, mais qu’il est toujours présent. 

Tous les enfants des employés de l’UE, y compris ceux des assistants parlementaires, ont droit à une place dans le système d’écoles européennes, étant donné que la plupart n’ont aucune alternative dans le système scolaire belge, a déclaré TAO-AFI, une association indépendante d’employés des institutions européennes. 

Elle a ajouté qu’aucune discrimination ne pouvait être faite entre les enfants inscrits et ceux inclus dans le système, alors que les écoles d’Uccle, Woluwé et Ixelles ont atteint leurs limites en termes de capacité. 

Le système d’écoles européennes crée un « régime d’apartheid » socialement homogène, qui encourage le sentiment de supériorité parmi les élèves, a déclaré le Professeur Philippe van Parijs, de l’Université catholique de Louvain (UCL) à EurActiv, lors d’un entretien du mois dernier (EurActiv 17/02/09). 

« Ce n’est pas bon pour la progéniture des fonctionnaires européens de grandir dans un environnement aussi socialement homogène », a-t-il expliqué. « Ce n’est pas bon non plus pour une ville comme Bruxelles d’avoir une partie de sa population scolaire renfermée sur elle-même », a-t-il ajouté. Cela équivaut pour le professeur à un « régime d’apartheid ». « Si vous êtes accepté dans une école d’élite en raison du statut de vos parents, il est difficile de ne pas développer un sentiment de supériorité à l’égard de ceux qui ne peuvent pas y entrer », a-t-il indiqué, accusant les écoles européennes de renforcer la « ségrégation sociale ». 

Prochaines étapes:

  • 2012 : date objectif pour l’ouverture d’une quatrième école européenne à Bruxelles, à Laeken.

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