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La Commission a proposé une Initiative européenne sur la transparence afin de renforcer les régles d'éthiques des décideurs européens et environ 15 000 lobbyistes, ONG et autres groupes de pression qui tentent de les influencer à Bruxelles. La publication du Livre vert sur la transparence, le 3 mai 2006, a marqué le lancement officiel du débat public.
Selon le commissaire chargé des affaires administratives, de l'audit et de la lutte anti-fraude, Siim Kallas, on compte actuellement environ 15 000 lobbyistes à Bruxelles (consultants, avocats, associations professionnelles, entreprises, ONG) qui tentent d'influencer les fonctionnaires de la Commission et les députés européens. Près de 2 600 groupes d'intérêts spéciaux ont un bureau permanent à Bruxelles et génèrent entre 60 et 90 millions d'euros de recettes par an.
Dans un discours prononcé devant la Business School de l'université de Nottingham le 3 mars 2005
, le commissaire Kallas a proposé une initiative sur la transparence portant sur trois domaines essentiels :
Dans une communication
publiée le 9 novembre 2005, M. Kallas a suggéré de prendre des mesures dans les domaines suivants :
Dans son Livre vert
, la Commission exclut l'idée d'un enregistrement obligatoire des lobbyistes, indiquant qu'un "système renforcé d’autorégulation semblerait plus adéquat". Parmi les mesures 'souples' proposées par la Commission figurent :
Le Livre précise aussi le champ d'application de l'initiative sur la transparence :
Selon le commissaire Kallas, l'initiative sur la transparence a pour objectif d'accroître l'ouverture et l'accessibilité des institutions européennes, d'informer les citoyens sur le budget européen et de rendre les institutions de l'Union davantage responsables devant le grand public. Dans un entretien accordé à EurActiv en novembre 2005, M. Kallas a demandé à tous les lobbyistes à Bruxelles (qu'il s'agisse d'ONG ou de consultants professionnels) d'adopter des règles de transparence et d'éthique communes ou la Commission établirait une réglementation en la matière (EurActiv,4 Mai 2006). Il a également pressé les Etats membres d'établir une liste complète des bénéficiaires de la PAC (EurActiv, 3 Mai 2006).
Cependant, le Commissaire a aussi insisté sur les limites de l'ouverture, à savoir sur la nécessité de garder un "espace de réflexion" qui permette aux responsables de discuter des différentes options en interne durant la phase de préparation des projets. Alors que " un système fermé ferait toujours une mauvaise politique parce qu'il est sourd et déconnecté", un système totalement ouvert "transformerait les institutions impliquées dans le processus décisionnel en de grandes 'boutiques à parler'", a déclaré M.Kallas.
Le 18 mai, une coalition de 80 groupes de la société civile menée par le groupe Corporate Europe Observatory (CEO), a lancé l'Alliance pour des règles de transparence et d'éthique renforcées en matière de lobbying (ALTER-UE) en soutien de l'initiative sur la transparence du commissaire Kallas. Cette coalition propose d'instaurer des règles de transparence obligatoires pour permettre "un contrôle démocratique efficace du rôle des lobbyistes dans l'élaboration des politiques européennes" et pour "mettre un terme aux privilèges d'entreprise et au mystère qui entoure le lobbying dans l'Union européenne". ALTER-UE demande à la Commission de créer un registre public, entièrement accessible sur Internet, de tous les lobbyistes disposant d'un important budget, pour "permettre un contrôle démocratique des contributions à l'élaboration des politiques". Dans un entretien accordé à EurActiv, Paul de Clerck des Amis de la Terre (une des principales sociétés membres d'ALTER-UE) a déclaré que les ONG étaient prêtes à accepter un système d'enregistrement obligatoire (EurActiv, 26 juillet 2005). ALTER-UE souhaite un code de conduite amélioré pour les commissaires européens, qui comprendrait "une période d'attente avant que les commissaires et les hauts fonctionnaires puissent commencer à travailler pour des groupes de lobbying ou des cabinets de conseil en lobbying.
La société des professionnels des Affaires européennes (SEAP), qui représente les lobbyistes professionnels à Bruxelles, considère qu'un registre public détaillé des clients et des sources de revenu des lobbyistes est une démarche inutile. Selon elle, son code d'éthique réglementaire, qu'elle a récemment révisé, suffit à garantir des normes ethiques satisfaisantes (EurActiv, 18 fév. 2005).
Le vétéran du lobby à Bruxelles, Daniel Guéguen, déclare qu'il soutient l'initiative sur la transparence du lobbying bruxellois lancée par le commissaire en charge de la lutte anti-fraude, Siim Kallas, en mars 2005 (EurActiv, 7 mars 2005). Cependant, M. Guéguen, directeur général du cabinet de conseil 'CLAN Public Affairs' et président de l'Institut européen de formation, pense que les réformes doivent aller beaucoup plus loin et insiste sur le fait qu'un organe professionnel pour les lobbyistes devient d'autant plus indispensable que les professionnels des affaires publiques à Bruxelles devraient adopter à l'avenir des stratégies beaucoup plus incisives et parfois limites.
Pour l'Association européenne des cabinets de conseil en affaires publiques (EPACA), qui prétend représenter 34 entreprises dans le domaine des affaires publiques, il est "fondamental" d'instaurer un code de conduite général qui s'appliquerait "à tous les individus et organisations impliquées dans le lobbying à Bruxelles", estime son président, John Houston. Mais jusqu'à la création d'un tel code, M. Houston considère que chaque groupe doit, dans un premier temps, adopter "différentes régles adaptées". L'établissement, par EPACA, d'un conseil indépendant chargé de sanctionner les infractions à son code de conduite volontaire, peut être considérée comme un "bon point de départ".