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Les Européens perdent confiance en l'UE

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Publié 27 août 2010, mis à jour 15 avril 2013

D'après un nouveau sondage d'opinion, 42 % seulement des Européens affirment croire en l'Union européenne, soit six points de pourcentage de moins en seulement six mois.

L’enquête a également révélé que moins de la moitié des citoyens européens perçoivent l’adhésion de leur pays à l’Union européenne comme un facteur favorable, cependant la Commission européenne s’accroche aux éléments positifs du rapport, particulièrement en ce qui concerne la gouvernance économique.

Les fonctionnaires présentent le nouvel Eurobaromètre en tant que soutien à la surveillance budgétaire accrue de Bruxelles, faisant référence aux 75% d’Européens qui ont dit qu’une plus forte coordination entre les Etats membres aiderait à tempérer l’ouragan économique.

La recherche a été menée en mai, au sommet des négociations sur les 720 milliards du fonds de secours de la zone euro (EurActiv 10/05/10). Ironiquement, celle-ci révèle que les Slovaques (89% d’entre eux) sont les mieux disposés envers la solution européenne à la crise – en dépit du fait que le parlement slovaque se soit récemment retiré du fonds de renflouage UE-FMI pour la Grèce.

Les citoyens réclament « plus d’Europe » ?

Un porte-parole de la Commission a dit que les résultats montrent que les citoyens sont en demande de « plus d’Europe », ajoutant que cette nouvelle vient comme un stimulus, en amont du sommet informel de l’UE du mois prochain, qui se focalisera sur la gouvernance économique.

En dépit de la vision positive de Bruxelles, une analyse plus profonde du rapport révèle une crise de la confiance dans l’Union.

Seuls 49% des citoyens perçoivent l’adhésion à l’Union européenne comme une chose positive, tandis que 47% disent ne pas avoir confiance en l’UE. Même les futurs membres se sont refroidis par rapport au projet européen, avec une minorité de 27% de Turcs qui disent accorder leur confiance à Bruxelles.

Pour la première fois, l’Eurobaromètre a inclus l’Islande, qui est actuellement en train de tenir les discussions en vue de son adhésion à l’UE. 35%, un nombre surprenant, disent accorder leur confiance à l’UE, tandis que seuls 29% pensent que l’Islande bénéficierait de l’adhésion européenne.

Le think-tank eurosceptique OpenEurope pense qu’interpréter ce rapport de manière positive, c’est aller un peu loin. En particulier, la Commission a été critiquée parce qu’elle a suggéré que les citoyens soutenaient la gouvernance économique européenne.

La question ne mentionne même pas les institutions de l’UE ni même la gouvernance, elle ne fait qu’une vague référence à une coordination renforcée entre les Etats membres, ce qui est différent, a dit Mats Persson, directeur d’OpenEurope.

Les européens craignent pour leur avenir

Selon les Européens, le futur s’annonce plutôt sombre. La plupart d’entre eux (55%) pensent que les pires effets de la crise économique sont à venir, même s'ils reconnaissent que les mesures de réduction du déficit ne peuvent se faire attendre.

L’augmentation des prix est un souci majeur pour une large proportion des entreprises européennes, a révélé l’enquête. 36% admettent avoir des difficultés à régler leurs comptes, un problème qui pourrait être exacerbé par l’inflation et les hausses des taux d’intérêts.

71% des personnes interrogées sont d'accord pour dire que les réformes qui bénéficieront aux générations futures doivent être poursuivies même si cela entraîne des sacrifices pour la génération actuelle. Toutefois, seulement 46% déclarent être personnellement prêtes à réduire leur standards de vie afin de garantir l’avenir des générations futures.

Réactions : 

La grande majorité en faveur de la gouvernance économique européenne montre que les gens perçoivent l'UE comme une partie décisive de la solution à la crise, a dit Viviane Reding, Vice-présidente de la Commission européenne responsable de la communication.

Nous avons désormais une chance de mettre en place la gouvernance économique européenne, à laquelle les citoyens de l'UE sont favorables, pour que l'Europe puisse trouver une solution à leurs problèmes, a-t-elle ajouté.

Mats Persson, directeur d'OpenEurope, a dit que la formulation de la question sur la gouvernance économique ne faisait pas référence aux démarches entreprises par l'UE dans ce domaine.

Même en faisant preuve d'imagination, on ne peut pas interpréter cela en affirmant que 75 % de tous les Européens sont en faveur de pouvoirs européens plus importants pour surveiller les économies nationales, comme a semblé le suggérer la Commission dans son communiqué de presse, a-t-il affirmé.

M. Persson a sous entendu que l'effort de regarder l'Eurobaromètre dans une perspective positive ne ferait qu'éroder davantage la confiance dans l'Europe.

La Commission devrait surtout se soucier de savoir pourquoi 49 % seulement des citoyens de l'UE pensent que l'adhésion à l'UE est une bonne chose et pourquoi le pourcentage de personnes autour de l'Europe qui pensent que l'adhésion est une mauvaise chose n'a jamais été aussi élevé en dix ans. Au lieu de sortir des résultats d'enquêtes, la Commission devrait véritablement essayer d'être à l'écoute des citoyens et prendre en compte ce qu'ils veulent que l'UE fasse et soit - et agir en fonction. Cela pourrait en réalité contribuer à renverser ces tendances négatives, a-t-il affirmé.

Monique Goyens, directrice générale de BEUC, le Bureau européen des unions de consommateursa déclaré que la première victime de la crise économique a été la confiance des consommateurs.

Afin d’accroître leur confiance dans l’UE et en particulier la restaurer en ce qui concerne le secteur financier, les intérêts des consommateurs devraient être pris en compte au sein de l’ensemble des initiatives prises en vue de résoudre la crise économique et d’en éviter une seconde. Il est temps que les décideurs politiques soient à l’écoute des inquiétudes économiques des consommateurs et qu’ils les protègent mieux dans les domaines du quotidien. Prendre des mesures en vue de mieux superviser les banques qui sont à l’origine de la crise est un signal positif envoyé aux européens. Plus de régulations dans ce domaine sont clairement nécessaires. Il a été prouvé que l’autorégulation ne marche pas, a-t-elle dit.

Prochaines étapes : 
  • 7 sept. : Les ministres des finances de l'UE se rencontrent à Bruxelles (Ecofin).
  • 16 sept. : Sommet spécial des dirigeants de l'UE pour discuter du rapport de M. Van Rompuy et étoffer les décisions sur la gouvernance économique.
Contexte : 

Les discussions pour réformer la façon dont l'UE peut réduire ses problèmes de dette et superviser les institutions financières ont été accélérées afin de rattraper le processus de réforme américain, a-t-on appris au début du mois (EurActiv 17/08/10).

En juillet, la France et l'Allemagne ont dressé les contours d'une gouvernance économique de l'UE, appelant à des sanctions plus strictes pour les pays qui contreviennent aux limites européennes de dette et de déficit, et soutenant la mise en place de règles séparées pour les 16 pays de la zone euro, y compris la "neutralisation" de leurs droits de vote.

Suite à l'apparition de la crise de la dette grecque, les ministres des finances de l'UE ont convenu en mai de mettre en place un mécanisme de sauvetage d'une valeur de 750 milliards d'euros pour empêcher l'euro de s'effondrer sous le poids de la dette accumulée par les pays de l'UE (EurActiv 10/05/10).

Le 12 mai, la Commission européenne a présenté ses premières propositions pour renforcer le Pacte de stabilité et de croissance, qui garantit la stabilité financière de la zone euro et de l'UE dans son ensemble (EurActiv 12/05/10).

Lors d'un sommet au mois de juin, les dirigeants de l'UE ont approuvé en grande majorité les suggestions de la Commission, ouvrant la voie à des propositions plus détaillées qui ont été présentées le 30 juin.

Un groupe de travail de haut niveau dédié à dresser les contours de la réforme économique,  qu'on appelle le "groupe de travail sur la gouvernance économique" et présidé par le président du Conseil de l'UE Herman Van Rompuy, devrait présenter son rapport final sur les dirigeants de l'UE lors d'un sommet spécial le 16 septembre.

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