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Mettre une annonceSelon une enquête menée par l’Association des journalistes européens (AJE), les journalistes de toute l’Europe, de l’Est comme de l’Ouest, sont confrontés à une censure et à une pression de plus en plus importantes, notamment la violence physique et l’intimidation. L’AJE ajoute que l’UE ne parvient pas à faire face à cette situation.
En 1992, en réponse aux inquiétudes grandissantes sur la concentration dans le secteur des médias, la Commission a lancé une vaste consultation (Livre vert
) sur le pluralisme et la concentration des médias dans l’UE. Deux ans plus tard, les résultats de la consultation ont montré
que le maintien du pluralisme et de la diversité des médias était principalement du ressort des Etats membres. Une directive a été proposée à un stade ultérieur par le commissaire au Marché intérieur Mario Monti, mais son initiative a été rejetée à deux reprises, la dernière fois en 1997, par l’ensemble des commissaires.
Une nouvelle approche au pluralisme des médias, basé sur un système de veille permanente, a été lancée par la commissaire actuellement en charge de la Société de l’information, Viviane Reding. Les premiers résultats sont attendus en 2009 avec la publication d’une étude indépendante qui cherchera à déterminer les indicateurs permettant d’évaluer le pluralisme des médias dans les Etats membres européens.
L’Association des journalistes européens (AJE) a présenté sa première enquête sur la liberté des médias en Europe en novembre 2007. L’enquête, intitulée « Goodbye to Freedom? », a été mise à jour et présentée lors d’une conférence à Bruxelles le 28 février 2008. Elle porte sur 20 pays d’Europe occidentale et orientale.
L’enquête, présentée à Bruxelles le 28 février, montre que la liberté des médias est en baisse dans la majeure partie de l’Europe et dénonce un certain nombre d’abus de la part des gouvernements, notamment l’interférence dans les politiques éditoriales, voire les menaces et l’intimidation.
L’enquête de l’AEJ, qui concerne 20 pays, a dressé la liste d’un certain nombre d’abus, notamment :
William Horsley, le rédacteur de l’enquête, a déclaré que les gouvernements européens ont une tendance forte à utiliser des méthodes plus dures, notamment le « spin » (interprétations officielles tendancieuses) et le renforcement des contrôles sur l’accès des journalistes à l’information afin d’empêcher l’exercice de l’esprit critique.
De plus, selon lui, la tendance n’est pas propre aux jeunes démocraties d’Europe centrale et orientale. L’affrontement ouvert entre le gouvernement et les médias en Slovénie existe sous diverses autres formes au Royaume-Uni, en Irlande, en Slovaquie et en République tchèque, entre autres.
Lors d’un récent débat à Dublin, l’AJE a entendu le témoignage de deux journalistes du The Irish Times qui sont menacés de peines de prison pour avoir refusé de révéler leurs sources. En Slovaquie, le journaliste Martin Klein a été condamné pour avoir critiqué un archevêque dans un article.
Cette décision avait ensuite été confirmée par la Cour suprême de Slovaquie, en dépit d’une décision de la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg qui s’était prononcé en faveur de la liberté d’expression du journaliste.
Les réactions de l’UE et des médias eux-mêmes se font attendre
En outre, M. Horsley affirme que les médias eux-mêmes partagent une part de responsabilité. « Les médias européens ont été lents à comprendre et à rapporter la censure, la pression et parfois la violence physique auxquelles sont confrontés les journalistes aux quatre coins de l’Europe », a-t-il déclaré à EurActiv.
En ce qui concerne les institutions européennes – le Conseil, la Commission et le Parlement – M. Horsley estime qu’elles n’ont pas défendu la liberté des médias jusqu’à présent.
« Les dirigeants européens ont trop souvent échoué dans leurs promesses de sauvegarder les valeurs européennes comme la liberté des médias », a-t-il déclaré à EurActiv. « Les principales institutions européennes ne se sont pas opposées à la Russie quand le pays a censuré son média indépendant ».
« Si l’UE néglige ses propres antécédents – même douteux - en matière de protection de la liberté de la presse, il est évident que les gouvernements d’autres pays ne prendront pas au sérieux ses appels à la liberté et à l’indépendance des médias ».
Forum de l’OSCE sur la liberté des médias
Parallèlement, lors d’un forum organisé à Vienne le 29 février, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a appelé ses Etats membres à respecter leurs engagements envers les médias.
Le forum marquait le dixième anniversaire de la fonction du représentant de l’OSCE pour la liberté des médias (RFOM), désormais occupée par Miklos Haraszti. Ce bureau émet des alertes rapides sur les violations de la liberté d’expression et aide les Etats participants à remplir leurs engagements.
Selon M. Haraszti, « les 56 nations de l’OSCE se sont engagées à respecter les droits de l’homme les plus fondamentaux, dont la liberté d’expression. Aujourd’hui, il faut parfois défendre non seulement les normes relatives à la liberté de la presse, mais aussi la notion même de coopération internationale en matière de droits de l’homme ».
Le 28 février, lors de la manifestation à Bruxelles, William Horsley, rédacteur de l’enquête de l’AJE et ancien correspondant étranger pour la BBC, a déclaré « la liberté des médias n’est pas une option. Sans elle, les gouvernements ne peuvent pas être transparents et il ne peut exister aucune règle de droit ».
Les journalistes européens présents dans la salle ont identifié d’autres menaces telles que la baisse de qualité due à la pression commerciale et à la réduction des coûts. Ceci inclut notamment l’essor du « journalisme à la chaîne », une pratique selon laquelle la production d’informations est considérée comme un processus de travail à la chaîne dont l’objectif est de remplir l’espace.
Lorenzo Consoli, président de l’Association de la presse internationale (API), a déclaré qu’il était important d’améliorer les conditions pour la transparence et a dénoncé la tendance actuelle dans les institutions européennes qui tentent de contrôler les questions posées par la presse.
Des participants ont également recommandé de penser aux nouveaux modèles de revenus qu’ont apportées les technologies Internet. Parmi les récentes tentatives visant à moderniser le journalisme, des sites Internet comme : http://www.mediapart.fr
, http://www.rue89.com
et http://www.opendemocracy.net
sont des réussites.
Suite à l’événement, Christophe Leclercq, fondateur et éditeur d’EurActiv.com, a déclaré : « l’Internet doit aussi faire face à des problèmes de qualité et l’indépendance, mais avec la nouvelle technologie, les gouvernements rencontrent davantage de difficultés pour supprimer entièrement des informations ».
M. Leclercq a fait référence au réseau EurActiv qui est, selon lui, une petite étape vers un plus grand pluralisme des médias. « A l’origine établi comme une contribution à la transparence, à la diversité des médias et au multilinguisme, le réseau EurActiv a débuté avec un projet pilote géré par le Centre européen de journalisme, qui a ensuite été étendu à l’Europe centrale, notamment en coopération avec la Fédération internationale des journalistes. Le réseau CrossLingual d’EurActiv relie aujourd’hui une trentaine de journalistes travaillant dans neuf langues, dans neuf pays ».