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Un Parlement plus « pro-business » à l’horizon ? [FR]

Publié 13 juillet 2009 - Mis à jour 14 juillet 2009
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Le nouveau Parlement européen devrait être plus favorables aux entreprises et à l’industrie, adoptant une position moins environnementaliste sur les principaux problèmes que la législature précédente, ont déclaré des patrons de cabinets d’affaires publiques à EurActiv en amont de sa session inaugurale à Strasbourg demain (14 juillet).

Je m’attends à ce que le Parlement tourne de manière générale plus en faveur des entreprises et de l’industrie, a déclaré à EurActiv Jacques Lafitte, fondateur d’Avisa Partners, une autre firme de consultance bruxelloise.

Coalition pro-entreprise

Prévoyant l’émergence d’une coalition majoritaire dans les commissions parlementaires entre le Parti populaire européen (PPE), les Libéraux (ADLE) et le nouveau groupe conservateur mené par les Tories du dirigeant de l’opposition britannique David Cameron, dans des domaines tels que le marché intérieur et les questions économiques et financières, M. Lafitte a déclaré que des consensus similaires pourraient aussi être trouvés sur l’énergie, la recherche et la politique industrielle.

Je m’attends également à ce que le nouveau Parlement soit un peu moins « verdâtre », et vote pour des législations environnementales plus modérées, a-t-il ajouté.

Pareillement, Georg Danell, associé gérant dans le bureau bruxellois de Kreab Gavin Anderson, anticipe une coalition de centre droit sur la plupart des législations en rapport avec les entreprises entre le PPE, l’ADLE et les conservateurs, alors que Julia Harrison de Blueprint Partners croit qu’une alliance entre ces trois-là pourrait faire du Parlement européen un terrain de jeu plus facile pour les entreprises et l’industrie.

Cependant, d’autres font entendre des points de vue plus mesurés.   

Un réveil bleu a commencé et il s’accélère, explique José Lalloum, associé gérant à Logos Public Affairs, en référence à une prise de conscience généralisée sur les questions climatiques.

Pour M. Lalloum, les inquiétudes parmi les citoyens à propos du changement climatique et des dégradations environnementales grandissent, avec des résultats électoraux révélant sans aucun doute la conscience environnementale des électeurs.

Il serait dangereux de croire que la conjonction de la récession économique actuelle et de la faiblesse du vote socialiste feront rester le Parlement européen du côté des entreprises, a-t-il averti.

L’impact minimal des eurosceptiques

De nombreux observateurs ont écarté la suggestion selon laquelle les le nouveau groupe eurosceptique, Europe de la Liberté et de la Démocratie, aura un impact significatif sur la législation.

Le groupe ne comprend que 30 membres et il ne devrait pas avoir beaucoup d’impact au niveau législatif, selon Caroline Wunnerlich, directrice gérante de Fleishman-Hillard Europe, qui a fait remarquer que l’augmentation du nombre d’eurosceptiques, de nationalistes et de membres à la marge n’était en rien comparable avec ce qui avait été anticipé.

Les eurosceptiques continueront à se faire entendre plus que leur poids réel en terme médiatique, mais leur véritable impact sur la législation et les intérêts de nos clients restera minimal, a déclaré Mme Wunnerlich à EurActiv.

De même, M. Lafitte de Avisa croit que les partis marginaux ne décideront pas de l’agenda politique.

Alors que les eurosceptiques feront du bruit en se concentrant sur un sujet unique tel que l’intégration ou l’immigration dans l’UE, ils restent très peu influents sur des politiques concrètes qui pourraient affecter les clients, a-t-il ajouté.

Nous devrons découvrir plus en détail le positionnement de ces groupes politiques et à quel point ils doivent être pris au sérieux, a ajouté M. Harrison de Blueprint. Dans le passé, certains eurodéputés eurosceptiques ont été élus sans se faire entendre ou même siéger au Parlement.

L’influence des Tories britanniques sur le déclin

Dans le même temps, l’influence des eurodéputés conservateurs britanniques dans le nouveau Parlement européen déclinera considérablement, conséquence de la décision du dirigeant du parti David Cameron de se retirer du PPE, selon Elaine Cruikshanks, PDG du bureau bruxellois de la firme de consultance Hill and Knowlton (EurActiv 29/06/09).

M. Cameron a échangé une position influente au sein du PPE pour une position dominante dans un groupe où les membres ne semblent pas avoir grand chose en commun à part leur euroscepticisme, a ajouté Mme Cruikshanks.

Faisant écho à cette opinion, M. Lafitte croit que c’est un pari sur de dire que le retrait des Tories du PPE va affecter négativement leur influence générale au Parlement.

Les eurodéputés de M. Cameron siègeront dans une nouvelle formation eurosceptique appelée les Conservateurs et Réformateurs européens (ECR), que le patron d’Avisa décrit comme anti-fédéraliste, atlantiste, socialement conservatrice et économiquement libérale.

Ils seront un peu isolés, mais je m’attends quand même à ce que le PPE doivent s’appuyer sur l’ECR pour des majorités pro-entreprises, a-t-il dit.

Un futur précaire pour le nouveau groupe conservateur

Certains mettent en avant que les opinions politiques des nouveaux membres de l’ECR doivent encore être mises à l’épreuve. Le groupe fait ses premiers pas de manière précaire et, à moins qu’il parvienne à la fois à élargir et approfondir ses soutiens, son futur restera incertain, a déclaré à EurActiv Mme Wunnerlich de Fleishman-Hillard.

Rappelant que M. Cameron a abandonné l’influence considérable des Britanniques dans des commissions clefs, le chef du cabinet d’affaires publiques croit que l’opposition claire de certains eurodéputés Tories à la décision de M. Cameron de former un nouveau groupe aurait eu un impact négatif sur sa cohésion interne.

Ils savent que la formation de ce nouveau groupe affaiblit leurs pouvoirs individuels au Parlement ainsi que ceux de leur parti et de leur pays, a dit Mme Wunnerlich, ajoutant que cela donne à réfléchir que seulement 13 des 72 eurodéputés britanniques appartiennent maintenant à l’un des deux plus gros partis du Parlement.

José Lalloum, d’autre part, croit que l’activisme traditionnel des eurodéputés britanniques aidera les membres de l’ECR à exercer une influence considérable lors de la nouvelle législature malgré sa taille relativement modeste.

Etant donné que la part eurosceptique de l’ECR n’empêchera pas le groupe de construire des consensus avec d’autres dans l’assemblée européenne, il pourrait devenir une composante influente de l’équilibre politique du Parlement, a déclaré le dirigeant de Logos.

Des eurodéputés de haut niveau

D’autres ont souligné l’impact probable de l’arrivée de nouveaux hommes politiques nationaux reconnus dans la nouvelle assemblée.  

Un certain nombre de responsables politiques nationaux de haut niveau, comme Guy Verhofstadt ou Rachida Dati, et peut-être certains anciens commissaires, siègeront au nouveau Parlement. Si ces poids lourds deviennent actifs et tiennent des postes importants, cela pourrait avoir un impact sur les relations entre le Parlement et les autres institutions, selon M. Lafitte d’Avisa.

La session inaugurale du nouveau Parlement européen se tiendra à Strasbourg cette semaine. 

Réactions : 

Il n’y a jamais eu autant de nouveaux eurodéputés qu’après les élections de cette année, a déclaré dans un entretien à EurActiv la PDG du bureau bruxellois d’Hill and KnowltonElaine Cruikshanks.

Naturellement, cela signifie beaucoup de travail pour les consultants (environ 40 % des eurodéputés sont des novices). Cela fait partie de notre travail quotidien d’observer ces eurodéputés et d’évaluer leurs intérêts et leurs attitudes, afin de pouvoir faire des recommandations valables à nos clients quant à l’identité des eurodéputés pertinents pour leur domaine d’activité, a déclaré Mme Cruikshanks.

Faisant écho à cette position, la directrice gérante de Fleishman-Hillard Europe Caroline Wunnerlich a expliqué qu’il était évidemment important d’apprendre à connaître les nouveaux eurodéputés et de développer une grille de lecture de ceux qui seront essentiels pour nos clients.

Un vote non négligeable pour l’extrême gauche et l’extrême droite, et le retour promis de quelques 100 eurodéputés antieuropéens de Libertas auraient ébranlé le Parlement de manière dramatique, mais les partis centristes ont résolument remporté ces élections, selon Mme Wunnerlich.

A en juger par les accords dont on parle sous cape à propos de la présidence du Parlement, des commissions et des postes de vice-présidence, il semble probable que la routine restera la règle, a-t-elle ajouté.

Le PPE et le PSE ont des antécédents de longue date pour ce qui est de ficeler des compromis techniques par-delà l’apparente division gauche-droite. De nombreux observateurs ont tendance à penser que cela va continuer, et le sort de la présidence tournante du PE sera un indicateur important de la continuité supposée de ces arrangements, selon  Laurent Chokoualé Datour, président général du bureau bruxellois de la firme de relations publiques Edelman.

Les possibilités de coalitions idéologiques vont augmenter, en partie en raison de la taille modeste du groupe PPE, de la position plus forte des Verts et de l’infrastructure relativement renforcée des eurosceptiques, a ajouté M. Datou.

Cela est tout particulièrement vrai dans des dossiers tels que la taxe carbone, la réforme de la gouvernance des marchés financiers et de manière générale toutes les futures discussions sur l’Europe sociale, a-t-il dit.

Pour ce qui est du nombre en augmentation des eurodéputés eurosceptiques, José Lalloum, associé gérant de Logos Public Affairs, a déclaré à EurActiv que les membres marginaux et nationalistes du Parlement européen sont habituellement pratiquement inactifs sur les centres d’intérêts de nos clients.

Il n’y a que quelques exceptions où des membres appartenant à ces catégories peuvent véritablement faire une différence dans le processus de prise de décision sur des questions politiques ou législatives, a ajouté M. Lalloum.

La formation récente du groupe Europe de la liberté et de la démocratie (ELD) augmentera l’influence des eurosceptiques d’extrême droite, mais nous devrions garder en mémoire qu’au regard de sa fragilité, le groupe pourrait s’effondrer, juste comme le groupe Identité, tradition et souveraineté (ITS) le fit en 2007, observe Julia Harrison, associée gérante du cabinet d’affaires publiques bruxellois Blueprint Partners.

Réfléchissant sur le retrait des conservateurs britanniques du groupe PPE-DE, le fondateur d’Avisa Partners Jacques Lafitte a déclaré que grâce au nombre important de postes clefs, généreusement alloués au Tories afin de conserver leur bonne humeur dans le groupe, tels que ceux de coordinateurs ou de présidents dans des commissions essentielles, ils pourraient être considérés comme l’une des délégations nationales les plus puissantes au Parlement.

Georg Danell, associé gérant au bureau bruxellois de Kreab Gavin Anderson, a déclaré à EurActiv qu’il était intéressant de noter qu’il sera pratiquement impossible de créer une majorité au Parlement européen sans le PPE.

Néanmoins, l’ECR devrait être le quatrième groupe le plus important et un acteur important en tant que tel, a-t-il ajouté.

Je m'attends à ce que le PPE et les Libéraux utilisent la nouvelle force du centre droit pour appeller à moins de paperasseries résultant des législations européennes, et à ce qu’ils facilitent pour les entreprises et d'autres organisations le fait de travailler à l'intérieur et à travers l'UE, a déclaré l'ancien eurodéputé Michiel van Hutten de la firme de relations publiques Burson-Marsteller.

Prochaines étapes : 
  • 14 juillet : session d’ouverture du nouveau Parlement européen à Strasbourg

VEUILLEZ PRENDRE NOTE : EurActiv publiera l’intégralité des entretiens avec les dirigeants de cabinets d’affaires publiques européens tout au long de cette Semaine spéciale sur le nouveau Parlement européen.

Contexte : 

Le Parlement européen fraîchement élu se réunit pour sa première session le 14 juillet et élira son président le même jour. 

Les élections européennes, qui se sont tenues simultanément dans 27 pays pour la première fois de leur histoire, se sont clôturées par une nette victoire du groupe de centre-droit PPE-DE et par une défaite du Parti socialiste européen (PSE) (voir le LinksDossier d’EurActiv « 2009-2014 : un Parlement européen de centre-droit »).

Du 4 au 7 juin, 375 millions de citoyens européens ont été appelés à voter pour les 736 élus qui les représenteront au Parlement européen jusqu’en 2014.

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