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Les think tanks (laboratoires d'idées) sont des organisations se consacrant à l'élaboration et à la diffusion de solutions de politique publique, dans le but d'influencer les acteurs du processus de décision politique. Selon les dernières études publiées sur le sujet, 36 organisations de ce type seraient aujourd'hui spécialisées dans l'analyse des politiques européennes des différents Etats membres de l'Union.
Les think tanks sont des associations indépendantes à but non lucratif, considérées comme des sources transparentes et fiables d'analyses et d'informations pour aider les décideurs politiques dans leurs recherches et leurs évaluations. Les think tanks ont pour objectif de proposer des solutions de politique publique novatrices et d'être un forum consultatif pour de nouvelles idées.
A Bruxelles, les think tanks organisent régulièrement des conférences et des séminaires pour développer des réseaux et débattre d'opinions politiques avec d'autres acteurs européens, permettant ainsi aux participants du secteur privé, des médias, du monde académique et de la société civile de rencontrer des représentants institutionnels dans un environnement neutre. Selon le think tank de Jacques Delors, Notre Europe
, les think tanks visent principalement les décideurs, suivis de près par les médias. Viennent ensuite les ONG, les groupes de la société civile et les fédérations professionnelles.
Selon une étude portant sur 149 think tanks et menée par Notre Europe, les think tanks consacrés aux politiques européennes expliquent qu'ils ont été créés à l'origine :
L'essentiel des think tanks de l'étude ont ainsi eu besoin d'une raison nationale pour justifier leur création, et ce afin d'être considérés comme pertinents par leur propre audience et par les décideurs politiques. Ils abordent ainsi généralement les questions européennes sous un angle national.
Parmi les think tanks les plus établis à Bruxelles figurent le Centre for European Policy Studies (CEPS)
, le European Policy Centre (EPC)
et Friends of Europe
. De nombreux think tanks ont été créés récemment, dont un certain nombre en dehors de Bruxelles.
L'étude de Notre Europe indique que les think tanks européens n'ont pas encore "trouvé complètement leur place dans la politique européenne". Leur valeur ajoutée n'est pas toujours clairement perçue par les décideurs, qui les considèrent souvent comme d'une utilité modérée, et même parfois comme élitistes. En général, leur impact sur les politiques et l'opinion publique est relativement limité. L'un des problèmes essentiels soulignés par l'étude est leur manque de visibilité et l'absence de communication efficace sur leurs positions.
Le principal défi récurrent pour les think tanks est de s'assurer un niveau de financement suffisant, qu'il s'agisse de fonds publics, privés, nationaux ou internationaux. Selon l'Institut autrichien des affaires internationales, 'la plupart des think tanks sont en permanence en crise budgétaire.'
En raison du niveau de concurrence élevé à Bruxelles, les think tanks européens s'efforcent souvent de trouver un créneau particulier, ce qui explique pourquoi les think tanks tentent aussi souvent de proposer diverses approches aux questions européennes. L'EPC, par exemple, se targue d'être "une plateforme pour des débats équilibrés", tandis que CEPS propose 'de la recherche stratégique pertinente' ('sound policy research') et 'd'atteindre un niveau élevé d'excellence académique'. Ils mènent des activités différentes, comme le forum ‘Ideas Factory’ de l'EPC ou les groupes de travail ('task forces') du CEPS.
Par conséquent, Bruxelles présente un mélange de trois types de think tanks : universitaires, 'advocacy' et recherche sous contrat. L'influence qu'un think tank peut exercer dépend d'un certain nombre de facteurs, comme sa relation avec le gouvernement et le poids politique de ses membres.
L'UE présente de nombreux dilemmes stratégiques qui mettent en cause l'efficacité et la crédibilité futures des think tanks existants. Notre Europe les divise en deux catégories principales : la nécessité de conserver son indépendance et sa crédibilité intellectuelle face à l'éventuelle prédominance de 'l'advocacy' et le souhait de communiquer aussi bien avec les autorités publiques qu'avec le grand public alors que le déficit démocratique européen est dénoncé.
Notre Europe a défini neuf critères d'identification des think tanks qu'une organisation doit réunir pour prétendre à l'appellation think tank : ils doivent être des organismes permanents qui se spécialisent dans la production de solutions de politique publique, grâce à un personnel propre dédié à la recherche. Ils fournissent une production originale de réflexion, d'analyse et de conseil, qui a vocation à être communiquée aux gouvernants et à l'opinion publique. Ces think tanks ne sont pas chargés d'accomplir des missions gouvernementales. Ils s'efforcent plus généralement de maintenir leur liberté de recherche et de ne pas être liés à des intérêts spécifiques. Ils n'ont pas non plus pour tâche principale de former ni d'accorder des diplômes. Enfin, leur travail a l'ambition, explicite ou implicite, d'oeuvrer au bien public, par opposition aux organes à but uniquement commercial et lucratif.
Notre Europe observe par ailleurs que les think tanks "préfèrent généralement intervenir en amont du processus décisionnel ou au stade d'initiation des politiques". Ils ont un parti pris clair pour les politiques prospectives et tentent généralement d'influencer les organes décisionnels avant l'élaboration de la législation ou l'intervention des parlements et des gouvernements nationaux.
Selon Stephen Boucher, auteur du rapport de Notre Europe sur les think tanks , le potentiel des think tans européens sera inaccompli tant qu'ils ne parviendront pas à trouver un équilibre entre leur crédibilité du point de vue académique et la nécessité de communiquer efficacement et d'établir des relations avec les décideurs politiques.
Dans ce rapport de Notre Europe, Jacques Delors partage le même point de vue sur le rôle des think tanks dans l'élaboration des politiques européennes : "Avec dix nouveaux Etats membres et la perspective de nouvelles adhésions, l'Union européenne vit sans doute la plus grande mutation de son histoire et devra plus que jamais puiser dans son "réservoir de pensées"."
Le think tank bruxellois Bruegel, récemment lancé par l'ancien commissaire Mario Monti, reconnaît qu'il devra parvenir à trouver sa place sur le marché florissant des think tanks européens. Bénéficiant d'un soutien financier conséquent des Etats membres et des entreprises, Bruegel devra prouver son indépendance et proposer de nouvelles réflexions 'out-of-the-box'.
Le Corporate Europe Observatory (CEO) se montre très critique à l'égard de certains think tanks européens : "Cette [nouvelle génération de think tanks] est soutenue financièrement par des entreprises et sert en fait de façade aux entreprises." Un rapport du CEO révèle que les think tanks très libéraux bénéficient de plus en plus de fonds privés provenant de grands groupes influents, dont certaines multinationales américaines.
Une autre étude menée récemment par le CEO constate que les think tanks européens sont en général réticents à révéler leurs sources de financement. Un chercheur de cet organisme, Olivier Hoedman, déclare : "Bien que la plupart des think tanks européens ne fassent pas de lobbying direct auprès des décideurs, l'objectif de leurs activités est d'influencer les politiques européennes [...] Les parlementaires, les médias et le grand public doivent donc avoir accès aux informations nécessaires concernant les intérêts derrière ces think tanks, et a fortiori qui les financent."