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Les acteurs européens divisés sur la meilleure façon de réaliser les objectifs de Lisbonne [FR][en][de

Publié: mardi 22 mars 2005   

Si personne ne remet en cause les objectifs de Lisbonne en eux-mêmes (croissance, emploi et développement durable), les partenaires sociaux européens divergent nettement quant au choix des méthodes permettant de les atteindre. Les vifs débats suscités par la directive Bolkestein et le futur référendum français sur la Constitution laissent peu de marge de manoeuvre aux acteurs concernés. 

Contexte:

Le Conseil européen de printemps, réunissant les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, est traditionnellement consacré aux dossiers économiques et sociaux. L'édition de cette année revêt une importance particulière, liée aux éléments de contexte suivants :

  • le bilan à mi-parcours de la stratégie de Lisbonne montre clairement  qu'il sera très difficile, voire impossible à l'Union européenne de réaliser les objectifs que s'étaient fixés ses dirigeants il y a cinq ans, lors du Conseil européen organisé dans la capitale portugaise ; 
  • la Commission Barroso a fait de la relance de la stratégie de Lisbonne la principale priorité de ses cinq années de mandat, avec un accent particulier mis sur la croissance économique et la création d'emplois ;  
  • la scène politique européenne a récemment connu un phénomène de polarisation marquée, les formations de gauche au Parlement européen ayant pris nettement position contre une Commission Barroso accusée d'afficher trop ouvertement ses orientations néo-libérales ;
  • les référendums sur la Constitution européenne s'annoncent extrêmement serrés dans plusieurs Etats-clés, le risque étant de voir certains électorats céder à la tentation de sanctionner leurs gouvernements au lieu de se prononcer sur le fond du texte.   

A lire aussi:

Autres articles:

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE doivent discuter de la révision de la stratégie de Lisbonne lors du Conseil européen de printemps, organisé les 22 et 23 mars 2005. 

S'appuyant sur les recommandations formulées par le groupe d'experts placé sous la direction de l'ancien premier ministre néerlandais Wim Kok, la Commission a proposé un recentrage de la stratégie de Lisbonne sur les objectifs de croissance et d'emploi (voir EurActiv, 31 jan. 2005). Cette initiative de l'exécutif européen a relancé le débat portant sur l'équilibre à trouver entre les trois dimensions (économique, sociale et environnementale) de la stratégie de Lisbonne.

Lors du sommet, les dirigeants européens devraient notamment réfléchir aux moyens :

  • de  permettre une "meilleure appropriation" de la stratégie de Lisbonne par les Etats membres par la mise en oeuvre de plans d'action nationaux ;
  • de simplifier la stratégie en la recentrant sur un nombre réduit d'objectifs.

Même si tout le monde s'accorde sur les objectifs généraux de la stratégie (créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité, stimuler la croissance et renforcer la compétitivité de l'économie européenne, etc.), le choix des moyens permettant de les atteindre donne lieu à des débats extrêmement vifs, épousant les frontières partisanes mais aussi - parfois - nationales.  

La proposition de directive Bolkestein, visant à libéraliser le marché intérieur des services, constitue l'un des sujets les plus sensibles du moment : elle cristallise le débat en cours sur le thème du compromis à trouver entre renforcement de la compétitivité de l'économie européenne et préservation d'un niveau élevé de protection sociale.

Après s'être montré hésitant, le gouvernement français a dû prendre ouvertement position contre le projet de directive, de peur que l'amalgame entre le contenu de celui-ci (jugé trop nettement libéral) et le texte de la Constitution ne vienne alimenter le "non" lors du référendum du 29 mai. 

Positions:

Les partenaires sociaux européens se sont efforcés d'harmoniser leurs positions dans la perspective du sommet de Bruxelles. Le 15 mars, l'UNICE (patronat), la CES (syndicats), l'UEAPME (PME) et la CEEP (les entreprises dotées de participations publiques) ont signé une déclaration commune portant sur la révision à mi-parcours de la stratégie de Lisbonne. Dans le document, ces organisations mettent en avant leur "compréhension commune" de plusieurs sujets liés au problème de la compétitivité de l'économie européenne, et formulent plusieurs recommandations :

  • Innovation : accroître les investissements de R&D, promouvoir l'entreprenariat ; 
  • Politique de l'emploi : trouver un équilibre satisfaisant entre flexibilité et sécurité de l'emploi ;
  • Protection sociale : faciliter la mobilité des travailleurs, et aider ceux-ci à gérer les changements induits ;
  • Environnement : trouver le juste équilibre entre bénéfices à long terme et coûts à court terme (notamment par l'application de mesures d'éco-efficacité et le recours à des technologies d'économie d'énergie) ;
  • Politiques publiques : préserver un niveau élevé de concurrence, améliorer la qualité de la réglementation ; 
  • Politiques macro-économiques (fiscales, monétaires, salariales).

Malgré cette unité de façade, chacun des différents partenaires a tenu à faire entendre sa propre voix, et à mettre l'accent sur plusieurs revendications spécifiques : 

Dans une déclaration publiée le 14 mars, la fédération des employeurs européens, l'UNICE - associée à 17 fédérations professionnelles représentant diférents secteurs d'activité (du textile à la métallurgie, en passant par la construction automobile et les produits chimiques) - a renouvelé son appel en faveur de réformes économiques "centrées sur les réels facteurs de croissance" de l'économie européenne. Sans faire spécifiquement allusion à la directive Bolkestein, ces différentes organisations demandent aux dirigeants européens d'adopter "sans délai tout texte législatif susceptible de renforcer le marché intérieur". Le message principal adressé par ces organisations est simple : les politiques de l'environnement et de l'emploi ne pourront donner de bons résultats qu'une fois créées les conditions favorables à une consolidation de la croissance.   

En réponse à un appel lancé par les syndicats européens  et plusieurs organisations anti-mondialisation, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de Bruxelles pour réclamer la mise en oeuvre d'une politique sociale plus ambitieuse au niveau européen. Selon la Confédération européenne des syndicats (CES), ils étaient ainsi plus de 75 000 à manifester pour "défendre l'emploi et les acquis sociaux" et "s'opposer à la directive Bolkestein", laquelle "risque d'ouvrir la voie au dumping social".

La CES estime que l'approfondissement du marché intérieur ne doit pas servir à "saper la législation du travail et la législation sociale". L'organisation entend notamment défendre avec fermeté les services publics européens, "qui ne doivent pas être soumis aux seules règles de la concurrence".  

Plusieurs organisations redoutent également que le recentrage de la stratégie de Lisbonne voulu par la Commission Barroso n'aboutisse à reléguer au second plan les politiques européennes de protection de l'environnement et de développement durable : "Les bilans de la stratégie de Lisbonne et de la stratégie européenne de développement durable semblent indiquer que l'UE ne s'intéressera que plus tard aux questions d'environnement", s'est inquiété le directeur du bureau européen du WWF,  Tony Long, lors d'une récente rencontre avec le président de la Commission José Manuel Barroso. "La révision de la stratégie européenne de développement durable devrait se voir accorder une importance équivalente à celle de la stratégie de Lisbonne. Ces deux stratégies sont complémentaires et doivent être menées de pair, et non pas mises en concurrence ", a souligné M. Long.

Prochaines étapes:

  • Un sommet tripartite réunissant les partenaires sociaux européens doit avoir lieu ce mardi 22 mars.

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