Lors d’un vote secret tenu lors de la plénière d’aujourd’hui à Strasbourg, 382 eurodéputés ont voté en faveur de M. Barroso, 13 de plus que nécessaire pour atteindre la majorité requise dans le cadre du traité de Lisbonne. 219 votes contre lui et 117 abstentions ont été enregistrés. Un total de 718 eurodéputés sur 736 ont participé au vote.
S’exprimant en portugais, sa langue maternelle, quelques minutes avant le vote, M. Barroso a remercié le premier ministre socialiste José Socrates pour le soutien qui a rendu sa candidature possible, et le Parlement européen pour l’énorme confiance mise en lui. Il a exprimé son désir de travailler pour tous les partis politique parce que son parti, c’est l’Europe, a-t-il dit.
Cependant, il a également pris le temps de remercier sa propre famille politique, le Parti populaire européen (PPE), pour l’avoir fermement soutenu depuis le congrès du PPE à Varsovie, qui a confirmé sa candidature en avril dernier (EurActiv 30/04/09).
Félicitant M. Barroso, le président du Parlement européen Jerzy Buzek, également affilié au PPE, a déclaré qu’au regard de la procédure actuelle, il demanderait au Conseil et à la Commission de proposer conjointement des membres pour la prochaine Commission.
Le groupe Socialiste et Démocrate (S&D) est resté silencieux immédiatement après le vote, avec seulement une poignée d’eurodéputés portugais applaudissant. La plupart des socialistes se sont abstenus, sur le conseil du SPD allemand.
S’adressant à la presse, le dirigeant du groupe socialiste Martin Schulz a souligné que M. Barroso n’était pas le bon candidat, déclarant que c’était la raison pour laquelle son groupe avait massivement voté contre lui. Cependant, il a admis que M. Barroso avait réussi à obtenir le soutien de tous les groupes politiques, y compris le sien.
A la suite du soutien à M. Barroso de sept premiers ministres socialistes, je ne suis pas surpris que les membres de mon groupe aient voté pour lui, a déclaré M. Schulz.
Mais le chef socialiste a réfuté la vision selon laquelle M. Barroso avait obtenu une majorité conforme au traité de Lisbonne grâce aux eurodéputés socialistes. En réalité, selon lui, M. Barroso a remporté une étroite majorité de Lisbonne grâce au soutien du groupe Conservateur et Réformiste (ECR) anti-Lisbonne, composé des conservateurs britanniques, des eurodéputés polonais du parti Droit et Justice fondé par les jumeaux Kaczynski, et du parti Démocratie Civique du président eurosceptique tchèque Václav Klaus.
C’est le seul groupe qui a voté unanimement pour lui. Et je pense qu’un président de la Commission dépendant des anti-européens est un président faible, a déclaré M. Schulz.
Un serpent transformé en éléphant
M. Schulz a dénoncé ce qu’il a appelé l’éloge de M. Barroso au PPE, en ajoutant que ses pires craintes étaient devenues réalité.
Avant le vote, M. Barroso glissait comme un serpent. Maintenant, il marche comme un éléphant, a dit M. Schulz, ajoutant que de son point de vue, plus qu’un représentant du centre droit, M. Barroso était un opportuniste politique.
J’aurais attendu d’un candidat à la présidence de la Commission qu’il dise aujourd’hui aux obligés de MM. Klaus, Kaczynski et Cameron (dirigeant des Tories britanniques), qui cherchent tous les trois à descendre le traité de Lisbonne : ne votez pas pour moi, je ne veux pas de vos votes. Je le jure, il aurait obtenu une majorité bien plus large. Mais M. Barroso n’est pas ce genre d’homme. Il attrape tout ce qu’il peut, il n’a aucune conviction, et c’est ce qu’il a démontré aujourd’hui, a affirmé le dirigeant du groupe socialiste.
Le dirigeant du groupe PPE, Joseph Daul, s’est opposé à une telle vision. Si nous avons une majorité de Lisbonne, ce n’est pas simplement grâce aux votes des conservateurs : il y aussi eu des votes socialistes, a déclaré M. Daul. Il a ajouté que les socialistes qui s’étaient opposés à M. Barroso avaient été assez intelligents pour ne pas voter contre lui, mais plutôt en s’abstenant.
Convié par EurActiv à commenter la déclaration de M. Schulz, selon qui M. Barroso n’aurait pas obtenu un meilleur score s’il avait gardé ses distances par rapport au groupe conservateur, M. Daul a rejeté cet argument comme non nul et non avenu. Il a déclaré qu’il avait de bonnes relations personnelles avec la plupart des Conservateurs britanniques.
Questionné sur son sentiment à l’égard de la volonté des conservateurs d’empêcher la ratification du traité de Lisbonne, avec MM. Klaus et Kaczynski repoussant les signatures finales (EurActiv 16/09/09), M. Daul a admis qu’il s’inquiétait de la tactique du président tchèque.
J’espère qu’après le 2 octobre [date du second référendum irlandais], les deux présidents signeront. Je suis plus inquiet par rapport à M. Klaus, et moins par le président polonais, a-t-il dit.



