M. Barroso, qui a facilement obtenu le soutien des 27 chefs d’Etat et de gouvernement en juin (voir EurActiv 19/06/09), a dû ces dernières semaines nager à contre-courant au Parlement européen, où un débat animé en plénière a auguré ce que sera sa probable réélection : une victoire avec une marge faible, alors que le vote d’aujourd’hui (16 septembre) se fait à bulletin secret.
Le candidat Barroso a dû répondre à des questions telles que : « Dormez-vous sur vos deux oreilles avec des problèmes tels que le chômage en Europe ? » Il a également dû défendre son bilan à la tête de l’exécutif européen, que certains de ses détracteurs, la plupart dans les rangs de la gauche et des Verts, considèrent comme lamentable.
Tout au long du débat avec les eurodéputés ces derniers jours, M. Barroso a été mis sur la sellette sur des questions aussi diverses que son passé maoïste dans les années ayant suivi la révolution portugaise de 1974, ou sur son caractère de « caméléon » essayant de satisfaire les groupes politiques en incluant certaines de leurs priorités dans son programme politique en grande partie pour remporter leurs voix, ou encore pour être la marionnette des dirigeants des plus importants pays européens.
La colère comme langage corporel
Au cours de la session plénière, le langage corporel de M. Barroso a semblé indiquer le message suivant : certains eurodéputés sont allés trop loin dans leurs attaques. Il a affirmé à ses adversaires qu’ils dressaient une caricature de lui, mais qu’il ne pouvait cependant pas les empêcher d’attaquer cette fausse image qu’ils avaient construite pour eux-mêmes.
Je crois que cela nuit à l’Europe, a-t-il dit. D’un côté, vous certifiez vouloir une Europe plus forte, une Commission plus forte, un président qui s’oppose à certains Etats membres qui dérivent vers le « national ». D’un autre côté, vous dîtes que vous n’allez pas voter pour moi, que vous allez réduire mon influence, que vous allez m’affaiblir face aux Etats membres. Il y a une contradiction dans ces propos, a-t-il poursuivi. Si vous désirez une Commission forte, qui a les droits et l’initiative de défendre les intérêts européens, laissez-moi au moins le bénéfice du doute. Au moins cela!, a affirmé un Barroso conquérant face à ses opposants.
M. Barroso a expliqué qu’il s’étonnait d’être le seul candidat lice pour le poste, expliquant qu’il comprenait parfois ses détracteurs, en supposant qu’ils le comparaient à leur candidat idéal. Mais il n’y a pas de candidat idéal, parce qu’un candidat pareil ne pourrait pas s’assurer le soutien de suffisamment de dirigeants de l’UE, a affirmé M. Barroso.
Le champion du Conseil
Le chef du groupe des Socialistes et Démocrates, Martin Schulz, s’est demandé pourquoi un candidat aussi controversé que M. Barroso au sein du Parlement européen s’était assuré un soutien si unanime du Conseil.
La réponse est claire, je pense, a expliqué M. Schulz. Si j’avais été chef de gouvernement, j’aurais choisi José Manuel Barroso. Il défend excellemment bien les intérêts du Conseil. Il aurait été impossible d’en obtenir un meilleur ces cinq dernières années. Votre volonté de coopérer avec le Parlement européen est bienvenue, M. Barroso, mais elle vient trop tard, a expliqué M. Schulz.
Le groupe S&D est divisé sur le vote Barroso. Lors d’une conférence de presse tardive, après la session plénière, M. Schulz a déclaré qu’une proposition de la délégation allemande du SPD, selon laquelle les eurodéputés du S&D devraient s’abstenir de voter aujourd’hui, avait reçu le soutien de 95 eurodéputés de son groupe et l’opposition de 43, et cinq abstentions.
Interrogé par EurActiv sur la question de savoir pourquoi son groupe allait, en réalité, affaiblir M. Barroso et mettre sur le devant de la scène le groupe des Conservateurs et Réformateurs, anti-fédéraliste et opposé à Lisbonne, M. Schulz a répondu que M. Barroso aurait toujours la chance de bâtir une majorité pro-européenne au moment de mettre en place sa Commission et son programme. Cette fois, M. Barroso n’obtiendra pas de majorité qualifiée sous les termes du traité de Lisbonne, a prédit M. Schulz. S’il y arrive, ce sera grâce au groupe Conservateur et Réformateur, a-t-il ajouté.



