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La Commission veut moins de porte-parole anglo-saxons [FR]

Publié 22 janvier 2010
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Malgré les efforts de l’UE pour mettre en place une équipe davantage multilingue et diversifiée pour son service de porte-parole, les observateurs condamnent la tendance dangereuse au sein des institutions européennes d’une hégémonie linguistique et culturelle de la langue anglaise.

Un document interne consulté par EurActiv montre qu’onze des 26 porte-parole qui ont déjà été désignés pour la prochaine Commission sont anglo-saxons. Parmi eux, on trouve 7 anglais et 4 irlandais (EurActiv 21/01/10).

Des rumeurs largement répandues ont confirmé que même le 27ème porte-parole, qui doit être nommé par le commissaire roumain Dacian Cioloş, serait anglais.

Des fonctionnaires de la Commission ont admis que la liste actuelle était le résultat d’une révision majeure. En effet, l’équipe de porte-parole initialement proposée par les commissaires désignés comprenait environ 20 porte-parole anglo-saxons.

Des nominations sont toujours en cours et des révisions sont possibles, explique un fonctionnaire de l’UE. Le nouveau service de porte-parole n’a pas encore été mis en place, a déclaré la chef du service des porte-parole de la Commission Pia Ahrenkilde Hansen. La procédure de nomination est encore en cours et doit être finalisée, a-t-elle rappelé hier (21 janvier) en réponse aux questions des journalistes durant la réunion de presse quotidienne de la Commission à Bruxelles.

Un fonctionnaire de la présidence espagnole de l’UE a souligné qu’il était important de maintenir une proportion de chaque nationalité dans les services publics, y compris le service des porte-parole.

Le pluralisme culturel menacé

Après l’élargissement de 2004, nous avons assisté à l’émergence d’une nette tendance consistant à privilégier des fonctionnaires dont la langue maternelle est l’anglais dans la salle de presse, ce qui présente le risque de privilégier le critère de la langue dans la sélection des porte-parole plutôt que la qualification ou les compétences de communication, a expliqué Lorenzo Consoli, président de l’Association internationale de la presse (AIP).

La prédominance linguistique de l’anglais peut avoir des impacts culturels et politiques, a-t-il ajouté, expliquant que le pluralisme culturel serait en danger si la tendance ne venait pas à s’inverser. 

Par ailleurs, la politique de communication de la Commission européenne serait elle-même en danger si elle est exécutée presque exclusivement par des fonctionnaires dont la langue maternelle est l’anglais, a-t-il déclaré. Il a affirmé qu’ils avaient tendance à utiliser des expressions provenant de la littérature ou de la culture anglaise, susceptibles de ne pas être comprises par la majorité des journalises qui ne sont pas anglais.

Paradoxalement, les porte-parole anglophones risquent de communiquer moins bien en anglais que leurs collègues d’autres nationalités, a dit M. Consoli.

Pour garantir ce pluralisme, l’AIP est favorable à une distribution proportionnelle des postes de porte-parole et défend le régime bilingue adopté dans la salle de presse, où les journalistes peuvent poser des questions en français et en anglais.

Cependant, malgré ces efforts, des développements récents ont montré que les institutions européennes n’allaient pas dans ce sens. Mis à part le nombre disproportionné de porte-parole anglo-saxons, il y a en réalité une tendance grandissante vers une réduction des communiqués de presse multilingues.

Les communiqués de presse de la nouvelle Haute représentante aux affaires extérieures, Catherine Ashton, sont presque exclusivement en anglais, et sont rarement suivis -ou avec un retard conséquent- par des traductions en français, a déploré M. Consoli.

Sarkozy soutient le français

La semaine dernière, l’ancien premier ministre français Jean-Pierre Raffarin, envoyé spécial du président Nicolas Sarkozy sur la francophonie, est venu à Bruxelles pour faire pression en faveur d’un meilleur équilibre linguistique dans les institutions de l’UE.

Paris sera « gentille mais ferme » dans la promotion de la francophonie, a dit M. Raffarin. Il a expliqué que le multilinguisme avaient d’importants impacts géopolitiques pour l’Europe, ayant l’alternative d’être un G2 entre la Chine et les Etats-Unis. Selon M. Raffarin, la francophonie unie l’Europe et l’Afrique et a un rôle stratégique à jouer dans ce sens (EurActiv 18/01/09).

Contexte : 

L’UE a 23 langues officielles, dans lesquelles sont traduits tous les documents officiels. Toutefois, dans le but de rationaliser les procédures internes et de réduire les coûts, seulement trois d’entres elles sont utilisées comme langues de travail : l’anglais, l’allemand et le français.

Dans la salle de presse, considérée comme étant stratégique puisqu’elle propage l’image de la Commission européenne dans le monde entier, le français et l’anglais sont les seules langues de travail, sauf lors des briefings les plus importants ou des conférences de presse des commissaires.

Dans de tels cas, les journalistes bénéficient d’une interprétation simultanée dans un large choix de langues. Les porte-parole doivent répondre en anglais ou en français selon la langue utilisée par le journaliste, mais il est de plus en commun que les porte-parole anglophones répondent dans leur langue maternelle. 

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