EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

De nouvelles propositions de l’Allemagne et de la France pour la zone euro

Version imprimable
Send by email
Publié 23 janvier 2013, mis à jour 24 janvier 2013

À l’occasion du 50e anniversaire du traité de l’Élysée qui a scellé la réconciliation de l’après-guerre, les dirigeants allemand et français se sont engagés hier (22 janvier) à surmonter les divergences quant à la création d’une union monétaire européenne. Ils ont également dévoilé des propositions communes afin de renforcer l’intégration dans les mois à venir.

Angela Merkel, conservatrice, et François Hollande, socialiste, ont entretenu des relations difficiles depuis l'entrée en fonction du président français il y a huit mois. M. Hollande s'est engagé à renverser les politiques d'austérité soutenues par l'Allemagne destinées à soutenir la zone euro en crise.

Les deux dirigeants, nés à un mois d'intervalle en été 1954, ont mis en avant leurs valeurs communes et ont salué l'importance du partenariat franco-allemand, après des siècles de conflits qui ont abouti à deux guerres mondiales et ont poussé les historiens à parler d'« inimitié héréditaire ».

« [...] Jeunes allemands, jeunes français, vous avez cette chance exceptionnelle de n'avoir jamais connu d'autres situations que la paix et la démocratie », a déclaré François Hollande lors d'une session commune au sein du Parlement allemand à Berlin, le Reichstag.

Il a toutefois ajouté que la jeunesse d’aujourd’hui affrontait « une crise économique et sociale d’une durée inédite » qui nécessitait des efforts communs pour stimuler la production économique et la création d'emplois.

Lors d'une conférence de presse conjointe avec M. Hollande plus tôt dans la journée, Mme Merkel a déclaré que les dirigeants s'attaqueraient à l'un des problèmes qui divise le plus les deux pays : une intégration économique et budgétaire renforcée. Elle a ajouté qu’ils présenteraient des propositions communes en amont du sommet des dirigeants de l'UE prévu en juin.

Elle a également indiqué qu'elle apporterait son soutien à un candidat français au poste de directeur du nouvel organe européen de supervision bancaire qui deviendra opérationnel l'année prochaine, sous l'égide de la Banque centrale européenne.

La crise de la dette, qui a débuté il y a trois ans en Grèce et qui, à son paroxysme, a même menacé la France, a révélé les faiblesses structurelles de la grande expérience monétaire européenne. Cette crise a donc contraint les États membres à envisager une coopération renforcée.

Berlin et Paris développent toutefois des points de vue très différents sur la forme que devrait prendre l'union monétaire renforcée. Mme Merkel plaide en faveur de contrôles centralisés plus stricts des budgets alors que M. Hollande souhaite davantage de solidarité, sous la forme d'un grand budget de la zone euro pour faire face aux chocs économiques.

« Il s'agit d'une coopération renforcée en matière de politique économique dans le but d'une sécurité sociale, de l'emploi, de la croissance et de la stabilité financière », a indiqué la chancelière allemande à propos des mesures communes qui seront présentées en mai.

Plus de poignées de main

Après six mois de poignées de mains fermes, les deux dirigeants se donnent désormais une bise sur la joue lors de leur rencontre. Au cours d'un dîner à la chancellerie lundi, ils ont commencé à se tutoyer, d'après des assistants.

M. Hollande a mis en exergue les résultats de sa relation solide avec Mme Merkel : le pacte sur la discipline budgétaire, un accord en décembre 2012 sur la supervision bancaire et l'accord sur le maintien de la Grèce dans la zone euro.

« Il ne vous a pas échappé que nous n'appartenons pas aux mêmes formations politiques. Il n'empêche que, depuis huit mois, je peux me féliciter de ce qu'a été la contribution de la France et de l'Allemagne à la sortie de la crise de la zone euro », a déclaré le dirigeant français. «  Jugez les résultats et vous verrez que le courant passe. »

Mme Merkel, qui a refusé de rencontrer M. Hollande au cours de la campagne électorale française de l'année dernière et a soutenu son rival conservateur Nicolas Sarkozy, a indiqué : « L'alchimie fonctionne, c'est peut-être notre secret le mieux gardé. »

Dans le cadre des festivités du cinquantenaire, les deux dirigeants ont répondu pendant plus d'une heure aux questions de quelque 200 étudiants français et allemands lundi soir. Au cours de la soirée de mardi, ils ont assisté à un concert à la Philharmonie de Berlin.

Dans une déclaration conjointe, ils ont affirmé qu'ils encourageraient les représentants des employeurs, les syndicats et les représentants des salariés à créer des groupes de travail afin de proposer des initiatives dans le domaine de la compétitivité.

Les dirigeants ont également abordé l'intervention militaire française au Mali. M. Hollande a d'ailleurs remercié Mme Merkel du soutien politique et matériel, dont l'utilisation de deux avions de transport pour transférer des troupes de l'Afrique occidentale vers la capitale Bamako.

« Nous savons que la France entreprend une mission militaire difficile pour le moment pour nous tous », a déclaré Angela Merkel. We know this is a difficult military mission that France is undertaking at the moment for all of us," Merkel said. 

Réactions : 

EurActiv France a interrogé des analystes qui ont expliqué que le traité de l'Élysée avait mis en place un mécanisme élaboré de consultation et de coordination bilatérales.

« Les grandes décisions au sommet ne sont que la partie émergée de l’iceberg. L’imbrication très forte des deux administrations a permis aux deux pays d’aplanir leurs différences », a déclaré Marion Gaillard, maître de conférences à Sciences Po Paris.

À la suite des négociations désastreuses du traité de Nice en 2000, qui voient éclater au grand jour la rivalité entre la France et l’Allemagne sur le plan européen, le processus de Blaesheim, prévoit des rencontres informelles régulières entre les deux dirigeants et créé le conseil des ministres franco-allemands.

Faute d’avoir permis de forger une ligne d’action commune, ces instances permettent aux deux pays de « retomber sur leurs pattes en douceur, car des tensions assez dures peuvent survenir », a déclaré Claire Demesmay, spécialiste des relations franco-allemandes pour le groupe de réflexion DGAP.

EurActiv.com avec Reuters - traduit de l'anglais par Aubry Touriel
Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
Contexte : 

L'Allemand Konrad Adenauer et le Français Charles de Gaulle ont signé le traité d'amitié au palais de l'Élysée à Paris en 1963. Ils ont ainsi enterré la hache de guerre près de vingt ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La poignée de main entre Helmut Kohl et François Mitterrand, les mentors d’Angela Merkel et de François Hollande, en 1948 sur le site de la bataille de Verdun constitue peut-être l'image la plus forte de la réconciliation. C'est à cet endroit que 700 000 de leurs compatriotes ont perdu la vie au cours de la Première Guerre mondiale.

Ils ont ensuite posé les fondements d'une union économique et monétaire européenne, un projet grâce auquel la France espérait maîtriser la puissance allemande après la réunification en 1990.

Le retour d'un gouvernement français socialiste sous l'égide de François Hollande a ravivé les tensions entre Paris et Berlin.

Après un court rapprochement avec l'Italie et l'Espagne à la mi-2012, qui a donné naissance à un bloc du sud antiallemand au sein de l'Union, M. Hollande est revenu vers l’Allemagne, car il ne voulait pas être mis dans le même panier que les pays en difficulté de la zone euro alors que l'économie française chancelait et avait besoin de réformes.

A lire aussi

More in this section

Publicité