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Election de dirigeants européens discrets et consensuels [FR]

Publié 20 novembre 2009
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Lisbon Treaty
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Huit années de débats internes et de manœuvres complexes pour réorganiser l’UE, afin d’en faire un acteur plus fort sur la scène internationale, ont abouti hier (19 novembre) avec la nomination de deux personnalités politiques discrètes, qui se sont engagées à défendre la prise de décision par consensus et une diplomatie douce.

Lors d’un sommet extraordinaire qui s’est tenu autour d’un dîner, les chefs d’Etats et de gouvernements de l’UE ont soutenu unanimement le premier ministre belge Herman Von Rompuy pour le poste de premier président permanent du Conseil européen et l’actuelle commissaire au Commerce, la Baronne Catherine Ashton, pour le poste de Haut représentant aux Affaires extérieures.

Ces nominations soulignent la réticence de l’UE à choisir un président qui soit une personnalité en vue, capable de parler d’égal à égal avec les autres dirigeants de la planète.

Le mois dernier, le secrétaire aux Affaires étrangères britannique David Miliband avait appuyé la candidature de l’ancien premier ministre de son pays Tony Blair pour le poste de président du Conseil de l’UE, expliquant que le candidat devait être capable de « stopper le trafic à Pékin et Moscou ».

Mais le choix de M. Van Rompuy met en lumière la préférence européenne pour un président discret et spécialisé dans la construction de consensus plutôt que pour un dirigeant politique à forte visibilité.

Le premier ministre britannique Gordon Brown a admis que Tony Blair était son premier choix pour le poste, mais il a salué le fait que Catherine Ashton ait été choisie comme Haute représentante.

Making of des nominations

La première nouvelle concernant la décision des dirigeants européens est tombée bien plus tôt que prévu, vers 18.00, alors que le dîner venait à peine de commencer.

Les diplomates britanniques ont été les premiers à annoncer que la candidature de l’ancien premier ministre Tony Blair pour le poste de président du Conseil avait été remplacée par un soutien consensuel en faveur de la commissaire au Commerce Catherine Ashton pour la fonction de Haute représentante aux Affaires extérieures.

Dans l’après midi, M. Brown a exercé toute son influence pour mettre en avant Mme Ashton, au moment où les premiers ministres socialistes de l’UE se sont rencontrés entre eux pour coordonner leurs positions avant le sommet.

Un accord non écrit entre les dirigeants européens stipulait que si le président du Conseil devait être issu d’un parti de centre droit, comme M. Van Rompuy, alors le Haut représentant devait venir des rangs du centre gauche.

La voie pour la nomination d’Ashton s’est éclaircie lorsque les socialistes ont rejeté la candidature de l’ancien premier ministre italien Massimo D’Alema, arguant qu’il ne venait pas d’un gouvernement socialiste.

Au contraire, la nomination de M. Van Rompuy n’a pas été une surprise, puisque les diplomates avaient affirmé il y a déjà plus de deux semaines qu’il était le seul candidat à être consensuel parmi les 27 dirigeants européens (EurActiv 02/11/09).

Le nom de Catherine Ashton a été mentionné seulement dans les derniers jours, alors que le secrétaire aux Affaires étrangères britannique David Miliband a refusé le poste et s’est engagé à continuer de servir son pays.

A la recherche d’une femme

Le choix de Mme Ashton, qui a une expérience internationale limitée et n’a jamais été élue, était un bon compromis étant donné les efforts consentis pour rechercher une certaine parité dans les institutions européennes.

Un certain nombre d’autres candidates, parmi lesquelles la plus en vue semblait être l’ancienne présidente lettonne Vaira Vike-Freiberga, étaient dans la course pour le poste de président du Conseil (EurActiv 17/11/09).

Mme Ashton est arrivée au dîner du Conseil juste à temps pour la photo de famille. Elle a aussi participé à la conférence de presse. Les écrans vidéo du Conseil permettaient d’avoir un aperçu de l’atmosphère régnant au 80ème étage, là où étaient réunis les dirigeants. Alors que M. Van Rompuy et Mme Ashton se faisaient féliciter, les caméras ont aussi montré Javier Solana, l’actuel Haut représentant pour les Affaires extérieures, réconforter le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui était candidat au poste de président du Conseil.

M. Solana va désormais démissionner en faveur de Mme Ashton, qui doit encore recevoir l’approbation du Parlement européen, avec l’ensemble de l’équipe Barroso II. Selon le traité de Lisbonne, le Haut représentant est également vice-président de la Commission européenne.

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Réactions : 

Le premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, qui a conduit les consultations au nom de la présidence suédoise de l’UE, a déclaré que les dirigeants européens avaient trouvé ce qu’ils cherchaient.

A travers les consultations, et je me suis montré très minutieux – je suis suédois, et c’est quelque chose que recherchait également les Etats membres […] C’est ce que nous recherchions, et c’est ce que nous avons accompli, a déclaré M. Reinfledt.

Lisant un discours préparé à l’avance, le premier ministre belge Herman Van Rompuy a remercié les dirigeants européens pour l’avoir honoré de la sorte, ajoutant qu’il n’avait jamais essayé d’obtenir le haut poste qu’on lui a attribué. Il a dit qu’il assumerait ses nouvelles fonctions dès le 1er janvier 2010 et qu’il ne s’exprimerait pas dans la presse dans les semaines à venir.

Interrogé pour savoir s’il était soulagé d’échapper au contexte politique belge, très complexe et au sein duquel il a prouvé ses qualités de médiateur, M. Van Rompuy s’est montré humble, affirmant que c’était le genre de questions auxquelles il répondrait un jour dans ses mémoires.

Mais, désormais, j’ai envie de les écrire, a-t-il ajouté.

M. Van Rompuy a aussi fait preuve d’humour. Lorsqu’un journaliste a évoqué la question de Kissinger et a demandé lequel des quatre dirigeants assis autour de la table (Van Rompuy, Reinfeldt, Ashton et Barroso) le président américain Barack Obama devrait appeler, il y a eu un silence, comme si ces quatre là ne pouvaient pas décider qui devait répondre. Le silence a été brisé par M. Van Rompuy, qui a dit en anglais : nous attendons avec impatience le premier appel.

Mise en difficulté par les journalistes à propos de son CV apparemment modeste, la commissaire au Commerce Catherine Ashton a insisté pour dire qu’elle avait toujours été une négociatrice, et elle a donné des exemples de ses dossiers actuels, comme les progrès accomplis dans le cadre du difficile cycle de Doha.

Jugez moi sur ce que je fais, et je pense que vous serez content et fier de moi, a-t-elle dit.

Le premier ministre britannique Gordon Brown a déclaré après le sommet que le choix de Mme Ashton donnait au Royaume-Uni une voix forte à la fois au Conseil européen mais aussi à la Commission.

Cela va permettre de s’assurer que la voix britannique est très forte et claire. Cela garantira que nous resterons, comme je le souhaite, au cœur de l’Europe […] Dans sa fonction, Cathy Ashton aura un rôle unique ces cinq prochaines années dans la définition de l’Europe mondiale du futur, a déclaré M. Brown, ajoutant qu’elle représentera l’Europe sur la scène internationale dans les négociations avec les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, la Russie et d’autres pays.

Et elle sera vice-présidente de la Commission européenne, ce qui lui donnera une voix majeure sur toutes les propositions de la Commission, expliquant qu’elle détiendrait le second rôle au sein de la Commission Barroso.

La nomination de Mme Ashton montre que le Royaume-Uni est à la pointe en matière de représentation étendue des femmes, a-t-il ajouté.

M. Brown a déclaré que son prédécesseur Tony Blair était le premier choix de son gouvernement jusqu’à ce qu’il devienne clair que les partis européens de centre droit souhaitaient l’un de leurs membres en tant que président. M. Van Rompuy est un vrai diplomate et un homme d’Etat, et c’est un conciliateur et un négociateur avec une réputation d’intégrité et de détermination.

Le président français Nicolas Sarkozy a déclaré : « c’est un homme qui sait très exactement où il va. Et si le reproche qu’on peut lui faire c’est de ne pas être déterminé et d’être trop souple, vous risquez d’avoir de sacrées surprises. »

Le président du Parlement européen Jerzy Buzek a salué ces deux nominations, affirmant que le long débat institutionnel en Europe était maintenant presque terminé et que l’UE allait davantage se concentrer sur les questions cruciales affrontées par les citoyens.

Martin Schulz, dirigeant du groupe Socialistes et Démocrates (S&D) au Parlement européen, a salué la nomination de Mme Ashton comme une victoire pour les socialistes.

Nous nous sommes battus avec vigueur pour parvenir à ce but pour quelqu’un de notre famille politique : nous avons explicitement lié ce poste au renouvellement du mandat de M. Barroso, a déclaré M. Schulz.

Répondant aux critiques de ceux qui ont mis en avant l’expérience limitée de Mme Ashton dans les affaires internationales, M. Schulz a déclaré : dans la chambre des Lords, elle est parvenue à garantir le soutien britannique au traité de Lisbonne, démontrant de très bonnes capacités de négociations, a-t-il dit.

En tant que commissaire au Commerce, elle a acquis une expérience dans des négociations internationales très complexes. Je n’ai aucun doute qu’elle assurera ses nouvelles fonctions avec brio, a-t-il ajouté.

Joseph Daul, président du groupe PPE de centre droit au Parlement européen, a salué la « fumée blanche » qui est apparue au dessus du toit du Conseil.

Le nouveau président est issu de la famille du PPE, ce qui confirme sa position en tant que première famille politique en Europe, a-t-il dit.

Le groupe PPE a toujours travaillé pour une Europe forte avec des institutions fortes, fidèle aux principes de Jean Monnet. Mon groupe s’attend maintenant à ce que Catherine Ashton et Herman Von Rompuy montrent de la volonté, dans leur rôle respectif, au service de l’intérêt général européen.

Félicitant M. Van Rompuy et Mme Ashton pour leur nomination, Michal Kaminski, eurodéputé président du groupe des Européens conservateurs et réformistes (ECR) au Parlement européen, a déclaré que ces fonctions demandaient des personnes capables de négocier entre des intérêts importants et souvent contradictoires afin de parvenir au consensus.

Je crois que l’expérience de M. Van Rompuy dans la politique belge et le travail de Mme Ashton en tant que commissaire au Commerce vont être utile pour leurs nouvelles fonctions, a-t-il dit.

Naturellement, nous n’allons pas toujours être d’accord mais je crois que nous avons un président et une haute représentante avec lesquels nous allons pouvoir travailler, a-t-il ajouté. 

Dans une déclaration, le président américain Barack Obama a déclaré que ces nominations allaient renforcer l’UE et lui permettre de devenir un partenaire encore plus fort des Etats-Unis.

Il a affirmé que les Etats-Unis n’avait pas de partenaire aussi important que l’UE pour faire avancer les questions de sécurité et de prospérité dans le monde.

La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a déclaré que ces nominations étaient une étape importante pour l’Europe et pour son rôle à travers le monde.

Avec la nomination des ces dirigeants distingués, je suis plus confiante que jamais qu’ensemble nous pouvons construire un monde plus paisible et prospère, a-t-elle déclaré.

Peter Ludlow, directeur fondateur du Centre for European Policy Studies et directeur du European Strategy Forum, a déclaré à EurActiv que si certains voulaient critiquer le choix de Catherine Ashton, alors les socialistes devraient en porter la responsabilité.

Les socialistes n’avaient pas de candidats sérieux en dehors des pays gouvernés par le PPE, excepté en Espagne et au Portugal. Mais vous ne pouvez pas avoir le ministre des Affaires étrangères espagnol Miguel Angel Moratinos, a dit M. Ludlow, parce que le président de la Commission européenne et portugais.

Il a ajouté que l’option qui verrait un pays avec un gouvernement non socialiste ne pas nommer un commissaire issu de ses rangs pour mettre en avant un socialiste pour le poste de Haut représentant s’était révélée non viable.

Piotr Maciej Kaczyński du Centre for European Policy Studies  (CEPS) s’est montré critique quant au choix de Catherine Ashton en tant que Haute représentante.

Cela signifie que le ministre n’a pas eu le courage de nommer une personne capable de remplir son rôle pleinement. Elle risque également de faire face à des difficultés devant le Parlement au moment de sa confirmation, a-t-il noté.

Lorraine Mullally, directrice d’Open Europe, un think tank eurosceptique, a déclaré : tout ce processus était un coup monté et une parfaite illustration d’à quel point l’UE est aujourd’hui déconnectée et antidémocratique. Les 27 dirigeants se sont rencontrés derrière des portes fermées pendant un dîner douillet à Bruxelles pour décider qui représentera les 500 millions de citoyens de l’UE sur la scène internationale, sans dire aux électeurs la vérité des débats.

Après des années où l’on insisté pour dire que le traité de Lisbonne rapprocherait l’UE des citoyens, qu’il est triste et ironique de voir que la première décision importante a été prise à la suite d’un accord secret dans les coulisses, ce qui ne devrait pas avoir sa place dans une démocratie au 21ème siècle. Nous voyons ici l’exemple du pire de la politique européenne.

Le choix d’Herman Von Rompuy, qui s’est retrouvé au poste de premier ministre seulement après des mois marchandages, devrait entraîner une nouvelle tourmente politique en Belgique, selon Stephen Fidler du Wall Street Journal. L’éditorialiste rappelle que M. Van Rompuy était l’un des belges, peu nombreux, capables de s’assurer le soutien des groupes linguistiques  français et flamands divisés dans le pays.

Contexte : 

Le premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, au nom de la présidence tournante de l’UE, a conduit les négociations parmi les 27 Etats membres et a convoqué un sommet extraordinaire pour décider des nouvelles positions dans le cadre di traité réformateur de Lisbonne. Le traité de Lisbonne, qui devrait entrer en vigueur au 1er décembre, introduit les nouveaux hauts postes d’un président de haut niveau qui présidera les réunions au sommet de l’UE pour un mandat de deux ans et demi, et un Haut représentant aux affaires étrangères, qui sera également vice-président de la Commission européenne (voir LinksDossier Choisir M./Mme Europe). La nationalité, la géographie (nord-sud, est-ouest), le genre, la taille du pays, et l’affiliation et le statut politique sont également pris en compte dans les marchandages sur les hauts postes de l’UE.

Etant donné que les dirigeants issus de partis affiliés au Parti populaire européen de centre droit sont largement majoritaires parmi les 27, un accord s’est fait jour pour que le poste de président du Conseil revienne au centre droit.

En conséquence, la stratégie de la gauche européenne a été de pousser fortement pour qu’un homme politique de centre gauche se voit confié le poste de Haut représentant (HR) pour les Affaires étrangères, en capitalisant en partie sur le bon bilan de Javier Solana, socialiste espagnol, comme chef de la diplomatie européenne (EurActiv 19/10/09). Toutefois, les socialistes se sont montrés incapables de présenter un candidat commun jusqu’au jour du sommet extraordinaire.

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