EurActiv Logo
 
7 septembre 2008
Breaking News:

Entretien : La Pologne en faveur de modifications dans le traité européen [FR][en

Publié: mercredi 4 avril 2007    | Mis à jour: mercredi 11 avril 2007   

Le Représentant permanent de la Pologne auprès de l'UE, Jan Tombiński, a confié à EurActiv que le système de vote à la double majorité au Conseil des ministres et la division des compétences entre l'UE et ses Etats membres constituaient deux sources de préoccupation majeure pour la Pologne à l'approche du sommet de juin sur la réforme institutionnelle.

Contexte:

Célébrant 50 ans d'intégration européenne le 25 mars 2007 à Berlin, les dirigeants européens ont convenu d'adopter de nouvelles réformes institutionnelles à temps pour les nouvelles élections européennes en 2009 (EurActiv 26/03/07).

La chancelière allemande, Angela Merkel, espère qu'une conférence intergouvernementale (CIG) pourra se tenir durant la seconde moitié de l'année sous la  présidence portugaise afin d'adopter ces réformes.

Un consensus est en train de voir le jour sur une série d'éléments essentiels déjà approuvés dans le projet de constitution européenne que les électeurs français et néerlandais ont rejeté en 2005, à savoir un nouveau système de vote au Conseil et la création d'un ministère des affaires étrangères européen.

L'emploi du temps serré adopté à Berlin a cependant été qualifié d'"irréaliste" par le président polonais, Lech Kaczynski.

Ce dernier a déclaré : "De manière réaliste, nous considérons 2009 comme l'année de l'adoption du texte du traité. Pour l'entrée en vigueur, je dirais que 2011 est une date réaliste". Plus tôt dans l'année, le président polonais avait déclaré qu'il présenterait ses propres propositions, mais elles n'ont pas encore été dévoilées.

A lire aussi:

Autres articles:

  • Réformes institutionnelles

A l'approche du sommet européen qui doit se tenir les 21 et 22 juin 2007 et mettre l'accent sur les réformes institutionnelles, la Pologne tente de se positionner en tant que "poids-lourd" européen. La réouverture des négociations sur le système de vote à la double majorité prévu dans le projet de constitution européenne figure au rang de ses principales préoccupations.

Jan Tombiński, Représentant permanent de la Pologne à l'UE récemment nommé, a accordé un entretien à EurActiv : "La Pologne a obtenu une une position de force dans le cadre du traité de Nice, qui n'est pas perceptible dans le nouveau système de vote".

L'Allemagne, actuellement à la tête de l'UE, souhaite profiter du sommet de juin 2007 pour présenter une "feuille de route" sur la conduite des réformes institutionnelles. Or, ce système de vote accepté après d'intenses négociations est une "boîte de Pandore" que la plupart des dirigeants de l'UE ne souhaitent pas réouvrir. 

Toutefois, Jan Tombiński estime que son pays ne cherchera à obtenir que des modifications limitées : "Cela ne signifie pas que la Pologne va proposer un tout nouveau projet pour la Constitution". Il souligne plutôt que la Pologne "cherche à apporter quelques changements au texte actuel". "Le texte préexistant pourrait servir de base, telle une plateforme pour un travail plus approfondi sur les changements institutionnels".

La deuxième source de préoccupation pour la Pologne a trait à la question des compétences exclusives et partagées entre l'UE et ses Etats membres. "Nous ne  soutenons pas la partie relative au partage des compétences de l'UE. Nous considérons en effet que l'UE ne devrait pas avoir de pouvoir sur les questions qui concernent le système social et l'éducation, domaine lié à nos traditions relatives au fonctionnement de la société".

"La Pologne n'est pas très favorable à l'idée d'un 'Super-Etat' européen".

Jan Tombiński insiste sur le fait que la Pologne n'est pas le pays europhobique que certains dépeignent. "Nous acceptons de partager les compétences sur des questions judiciaires car l'harmonisation des systèmes judiciaires entre les Etats membres est nécessaire au fonctionnement du marché intérieur et d'autres politiques".

Il accepte également que certains pays doivent se détacher du lot et forger une meilleure coopération dans certains domaines, citant comme exemples actuels l'euro et l'accord de Schengen ayant supprimé les contrôles frontaliers.

"En tant que bloc de 27 pays, nous ne devrions pas être trop idéalistes; nous n'irons pas dans toutes les directions au même rythme. Nous devons nous préparer à accepter que chacun adopte un rythme différent. Cependant, nous devrions poser une condition : la possibilité pour d'autre pays d'adhérer à toutes formes de coopération dans le but de ne pas créer des cercles exclusifs au sein de l'Union".

Il met cependant en garde : "Nous ne devrions pas en arriver à une "direction" au sein même de l'Union".

Il précise encore que la Pologne soutient un renforcement du rôle extérieur de l'UE et de ses capacités militaires, indiquant que les citoyens souhaitent une UE "plus cohérente sur la scène internationale" et "plus efficace pour défendre son positionnement dans le monde".

  • Politique énergétique

Sur les questions relatives à l'énergie, Jan Tombiński a précisé que la Pologne s'engageait à respecter les objectifs ambitieux établis au sommet européen de mars 2007 afin d'encourager le recours aux énergies renouvelables et de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre.

Il craint toutefois que cet objectif n'aille à l'encontre du rétablissement économique de la Pologne qui devrait accroître sa consommation d'énergie. "Nous rencontrerons quelques problèmes pour réduire la consommation énergétique et nous nous attendons à une augmentation de l'utilisation d'énergie". 

Le diplomate souligne que le charbon restera une source importante d'énergie pour la Pologne et pendant que le pays cherchera activement à développer d'autres sources, comme les énergies renouvelables et les biocarburants, d'autre solutions devront peut-être être envisagées : "La prochaine étape sera peut-être la création d'une centrale nucléaire en Pologne".

  • Coopération avec la Russie

Abordant la question d'un futur accord de partenariat et de coopération (APC) avec la Russie, Jan Tombiński, a déclaré que la Pologne opposerait son veto à l'ouverture des négociations aussi longtemps que la Russie interdirait les importations de viande polonaise.

Jan Tombiński précise : "La Russie propose des mesures sur une base bilatérale, nous avons donc décidé d'en faire une question européenne", soulignant que de récentes inspections ont prouvé que la Pologne était "en pleine conformité avec les règles européennes" et que cet embargo était "infondé". 

"Pour ce qui est de la Pologne.....la seule condition pré-requise pour entamer des négociations pour un APC devrait se restreindre à notre "acquis communautaire". D'autres pays n'ont pas à poser de conditions à l'UE pour entamer les négociations".

Selon lui, l'UE a fourni la preuve que la viande polonaise ne présentait aucun danger; la pleine responsabilité de la résolution de la criserepose maintenant sur la Russie. "La Commission européenne...éprouve des difficultés à obtenir un avis précis de la part de la Russie. Vous pouvez répondre à leurs questions mais vous n'obtenez aucun résultat de l'autre côté".

  • Gazoduc balte 

En ce qui concerne le gazoduc sous la mer Baltique, de la Russie à l'Allemagne, sévèrement critiqué par la Pologne, Jan Tombiński soutient que cette décision a été plus politique qu'économique.

Il veut pour preuve la montée en flèche des coûts du projet : "Il y a trois ans, au moment de la conception du projet, le coût était estimé à 6-7 milliards d'euros. Aujourd'hui, l'ancien chancelier allemand Schroeder, désigné comme chef de projet, a mentionné un chiffre deux fois plus élevé, ce qui prouve que ce projet n'a pas été fondé sur de véritables estimations des besoins, des coûts et des possibilités".

Par ailleurs, J. Tombiński soutient que ce projet est insensé du point de vue de la sécurité énergétique comme de celui de la diversification : "L’Europe centrale est encore héritière de l'infrastructure énergétique du Pacte de Varsovie, nous n'avons pas accès aux infrastructures occidentales. Ce projet de gazoduc balte ne contribue ni à notre développement ni à l'amélioration de notre position".

"Le gazoduc balte va aggraver notre situation de dépendance vis-à-vis de la Russie, et non le contraire".

Il exprime enfin de sérieuses préoccupations concernant l'impact environnemental de ce projet :"Jusqu'à aujourd'hui, aucune étude n'a été menée sur les conséquences environnementales de ce projet sur la mer Baltique", ce qui selon lui va à l'encontre du raisonnement européen qui impose la conduite d'études d’impact environnemental sur des projets d'infrastructure de grande envergure. 

"L'UE a manifesté ses inquiétudes au sujet de plus petites constructions sur le territoire polonais mais un projet aussi gigantesque que celui-là pourrait être lancé sans une seule étude d'impact environnemental?".

  • La Turquie et la poursuite de l'élargissement de l'UE

Concernant l’élargissement futur de l'UE, J. Tombiński déclare que "la possibilité de l'élargissement dépend des deux côtés" tout en s'opposant à l'établissement de délais trop courts pour l'adhésion.

Admettre la Turquie dans l'UE "prouverait au monde que l'Europe est une communauté de pays non seulement basée sur la chrétienté mais également sur des valeurs de paix, de solidarité et de responsabilité commune à l'égard du monde".

"Le choc des civilisations et des religions n'est pas une certitude". 

Pour lire l'entretien dans son intégralité, veuillez cliquer ici.

Lettres à l'éditeur
Law is not a tool box for politics to indulge in
<a href="http://www.eurac.edu" rel="nofollow">Gabriel N. Toggenburg, EURAC</a>
Not feasible: CEPS Plan B for saving the Lisbon Treaty
Jim Murray, Former Director, BEUC
Advertising
Advertising