Entretien : les responsables politiques irlandais "n'ont pas su" expliquer le traité de l'UE [FR] [en] [de]

Publié: 02 July 2008 | Updated: 29 January 2010
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Sylvie Goulard, la présidente de l'organisation fédérale du Mouvement Européen France, estime qu'il faut apaiser les craintes des électeurs irlandais sur les questions liées à l'avortement, la défense et la fiscalité suite au rejet du traité de Lisbonne lors d'un référendum le mois dernier.

En s’adressant à EurActiv dans un entretien, Mme Goulard s’est opposée aux allégations selon lesquelles les électeurs irlandais ont été ignorés quand les dirigeants européens ont appelé à poursuivre le processus de ratification, puisque le traité de Lisbonne a été élaboré en réponse à la crise institutionnelle provoquée par le rejet du traité constitutionnel de l’UE en 2005.

« Je ne pense pas que les Irlandais ont rejeté le traité dans son ensemble » a-t-elle  déclaré à EurActiv, suggérant qu’une « déclaration » pourrait être ajoutée au texte sur les questions importantes pour les électeurs irlandais comme la souveraineté en matière de défense, d’avortement et de fiscalité.

Elle a également fait allusion à la possibilité de trouver un accord sur « une sorte de dérogation » sur certaines questions, comme ce fut le cas en 1992 quand le Danemark s’est vu proposer une clause de opt-out pour ne pas adopter l’euro suite au rejet du traité de Maastricht lors un référendum.

Les leaders nationaux devraient être tenus responsables

Mme Goulard a également appelé les leaders politiques irlandais à faire face à leurs « responsabilités » en proposant des solutions à la crise. « Les commentateurs retiennent que « Bruxelles » déplaît, que « les gens » ne veulent pas de l'Europe, alors qu'en fait, les responsables de ce dérapage se trouvent plutôt dans les capitales nationales ». 

« Le Premier ministre irlandais a dit qu'il n'avait pas lu le traité, le Commissaire européen Irlandais aussi », a-t-elle fait remarquer.

Et si les électeurs irlandais ont été amenés à penser que le traité influence la souveraineté de l’Irlande sur les politiques relatives à l’avortement, la défense ou la fiscalité, c’est parce que les leaders politiques irlandais n’ont pas su expliquer le texte de façon appropriée, un texte que les électeurs considéraient comme étant trop complexe.

« Ces matières n'étaient pas concernées par le traité », a indiqué Mme Goulard. « On mesure donc combien la classe politique irlandaise a failli dans sa mission d'explication ».

Un second vote est inévitable après la clarification

Selon Mme Goulard, un second vote est donc inévitable, une fois que les points qui posaient problèmes auront été éclaircis. « Tous ceux qui disent qu'il y a des solutions miracles sont des individus qui enferment l'Europe dans une impasse », a-t-elle déclaré.

De plus, dans l’éventualité d’un second « non », elle estime qu’un groupe de pays avant-gardistes devraient prendre les devants et avancer. « Il ne faut pas éliminer cette perspective et cette nécessité. Nous sommes objectivement dans une situation où, si l'Union Européenne reste bloquée sur les institutions funestes du Traité de Nice, elle perd toute chance de se faire entendre dans le monde ». 
« Je souhaite que nous avancions à 27. Simplement, il n'est plus pensable que des minorités entravent la marche en avant d'une Union Européenne qui serait voulue par une majorité ».

Elle a néanmoins insisté sur le fait que le traité est nécessaire, au moins pour des raisons pratiques. « Tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut réformer les institutions », a-t-elle déclaré, en référence aux élections européennes de 2009 pour lesquelles il faut diminuer le nombre d’eurodéputés pour tenir compte des élargissements passés et futurs de l’UE. « On a essayé une première fois, ça n'a pas marché, on a eu un compromis laborieux sur le Traité de Lisbonne », a-t-elle rappelé. « On a déjà derrière nous dix années de discussion ».

« Il paraît tout à fait normal que tous les pays européens puissent être amenés à donner leur avis », a-t-elle poursuivit, affirmant que la logique qui prévaut désormais est « une logique de dialogue et pas de contournement ».

Pour lire l’entretien dans son intégralité, cliquez ici.