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Rencontre des dirigeants de l'UE alors que naissent de nouveaux doutes institutionnels

Publié 10 février 2010
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Une réunion des dirigeants de l'UE jeudi (11 février) va chercher à donner un nouveau souffle aux institutions réformées de l’UE, qui ont récemment souffert d'une série de déboires, notamment l'annulation d'un sommet UE-Etats-Unis et des critiques selon lesquelles la nouvelle haute représentante aux Affaires étrangères, Catherine Ashton, ne s’était pas assez impliquée après le séisme à Haïti.

Le président américain Barack Obama a mis l'UE dans l'embarras la semaine dernière lorsqu'il a décliné une invitation à participer à un sommet programmé UE-Etats-Unis.

Cette annulation a été largement le fruit des petites querelles européennes concernant le lieu de la tenue du sommet : Espagne, à la tête de la présidence tournante de l'UE, ou Bruxelles, où est basé le nouveau président du Conseil de l'UE (EurActiv 02/02/10).

Décidez vous et faites nous savoir, a répondu sans ambages un fonctionnaire du département d'Etat américain, se référant à un vieux problème censé être résolu par le nouveau traité de Lisbonne.

L'affront d'Obama a déclenché des interrogations parmi les Européens, qui se sont demandés si leurs nouvelles institutions fonctionnaient aussi bien que prévu et allaient permettre à l'UE de parler d'une seule voix sur la scène mondiale.

Le différend sur le prochain sommet UE-Etats-Unis a montré que l'UE n'allait pas parvenir à être cet acteur mondial uni tant que l'égoïsme des dirigeants des Etats membres n'est pas mis sous contrôle, a déclaré Stanley Crossick, président fondateur de l'European Policy Centre, un think tank basé à Bruxelles.

Pour M. Crossick, cet épisode pathétique de marchandages égoïstes soulève la question de savoir si le traité de Lisbonne crée en fait plus de problèmes qu'il n'en résout, a-t-il écrit sur son blog.

Déboires de l'UE à Copenhague et Haïti

Mais le refus de Barack Obama de se rendre au sommet n'est pas le seul revers subi par les institutions réformées de l'UE.

Catherine Ashton, la nouvelle responsable des affaires étrangères de l'UE, a été critiquée par le secrétaire d'Etat français aux affaires européennes Pierre Lellouche le mois dernier pour ne pas s'être rendue dans l'île dévastée d'Haïti, à un moment où le traité de Lisbonne était supposé donner aux Européens une voix unique dans les affaires internationales (EurActiv 25/01/10).

Joseph Daul, dirigeant du groupe politique le plus important du Parlement européen, le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, a relayé ces critiques mardi (9 février).

D'Haïti en Iran, d'Afghanistan au Yémen, de Cuba jusqu'aux relations transatlantiques, la voix européennes n'a pas, jusqu'ici, satisfaire à nos attentes, a-t-il dit dans une déclaration

La haute représentante doit incarner une présence, une ambition et une réalité qui est celle de l'Union : une Union qui est en tête au niveau du PIB, qui a le plus grand marché et qui est la plus grande contributrice au niveau de l'aide internationale, a-t-il ajouté.

La conférence climatique de décembre, qui n'a pas réussi à satisfaire les attentes de l'Europe, peut être présentée comme un autre exemple de l'influence déclinante de l'UE dans les affaires internationales, malgré son nouveau traité salué de toutes parts. Le texte final de la conférence a été négocié entre un groupe de cinq pays mené par les Etats-Unis, avec la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud. L'Europe y a été laissée sur le côté (EurActiv 19/12/09).

Le dirigeant du groupe libéral au Parlement européen Guy Verhofstadt a récemment fait part des mêmes inquiétudes que M. Daul à propos du manque d'influence européenne, affirmant que ce ne serait pas mentir que de dire que l'Europe n'était pas très bien considérée.

Nous avons seulement à nous référer au résultat dramatique de la conférence de Copenhague, où un accord a été conclu sans l'Union européenne, au manque de réponse coordonné de l'UE dans l'effort d'aide à Haïti, ou à la spirale dépressive dans laquelle la zone euro a été conduite par les difficultés rencontrées par la Grèce, a-t-il écrit dans une lettre ouverte adressée à M. Van Rompuy en amont du sommet de jeudi.

M. Verhofstadt, qui était considéré par beaucoup comme le meilleur choix pour le poste de nouveau président du Conseil, a déclaré que Copenhague aurait pu produire un autre résultat si l'Europe avait été représentée par une seule personne, plutôt que huit : le premier ministre danois Lars Løkke Rasmussen qui accueillait le sommet ; José Manuel Barroso qui représentait la Commission européenne ; Frederik Reinfeldt représentant la présidence suédoise de l'UE ; José Luis Rodriguez Zapatero représentant la présidence espagnole, Catherine Ashton, nouvelle haute représentante aux affaires étrangères de l'UE ; et les dirigeants nationaux Gordon Brown, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel.

Les diplomates demandent plus de temps

S'adressant à des journalistes bruxellois, l'ambassadeur de l'un des Etats de l'UE les plus importants a déclaré qu'il était assez naturel que le traité crée des attentes. Mais il est aussi naturel que sa mise en œuvre prenne du temps, a-t-il ajouté, citant comme exemple le nouveau corps diplomatique, le Service européen d'action extérieure (SEAE), qui doit être dirigé par Mme Ashton.

Mettre en place un tel service représente un travail considérable, a souligné l'ambassadeur, affirmant que ce sera le gros projet des prochaines années.

Les déboires à Haïti et à Copenhague, a-t-il ajouté, ont montré que nous avions besoin d'un nouveau système mais cela ne signifie pas que ce système ne fonctionne pas. Au lieu de dire que l'UE n'était pas à la hauteur de la tâche à Haïti et à Copenhague, les évènements récents donnent des arguments supplémentaires pour la mise en place du nouveau système.

Réactions : 

Au moment précis où le traité de Lisbonne était censé introduire une nouvelle aube d'unité et d'efficacité dans la politique étrangère de l'UE, l'exact contraire semble se produire, écrit Nick Witney de l'European Council on Foreign Relations (ECFR), basé au Royaume-Uni.

Ce n'est pas juste les revers évidents – la débâcle du sommet de Copenhague, la nomination de deux inconnus aux fonctions de premier plan introduites par Lisbonne. Le sentiment d'une discipline et d'une cohésion en chute libre est encore plus inquiétant, comme le montre par exemple la campagne française absurde pour saper la crédibilité de Mme Ashton ou les efforts flagrants de l'Espagne pour gagner les faveurs des Chinois en remettant en cause l'embargo européen sur les armes.

S'adressant au Parlement européen lors de son investiture mardi, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a déclaré que l'UE ne pouvait plus continuer à se comporter comme avant avec l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne.

Je refuse de croire – et nos citoyens ne le comprendraient pas – qu'après toutes ces années de débat institutionnel nous agissions, la plupart du temps, comme nous le faisions auparavant.

C'est le moment d'être audacieux. C'est le moment de montrer à nos citoyens que nous en avons quelque chose à faire, et que l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne va faire une vraie différence dans notre capacité à servir leurs intérêts. Je crois que notre situation économique et sociale demande un changement radical par rapport au status quo. Et le nouveau traité permet cela.

Donc, éloignons-nous du glamour intellectuel du pessimisme et du dénigrement constant de l'Union européenne qui cause tant de préjudice à l'image de l'Europe.

Amenons la discussion des apports institutionnels aux impacts politiques.

Lisbon Treaty: A flop?
Contexte : 

Lors d'un sommet en novembre dernier, les chefs d'Etat et de gouvernement ont unanimement soutenu Herman Van Rompuy au poste de premier président permanent du Conseil de l'UE et la baronne Catherine Ashton à celui de Haute représentante aux affaires étrangères.

Tous deux sont considérés comme des politiques discrets et se sont engagés à mettre en œuvre une diplomatie calme et basée sur le consensus (EurActiv 20/11/09).

Ces deux postes ont été créés par le traité de Lisbonne, qui est entré en vigueur le 1er décembre après un report de sa ratification en Irlande et en République tchèque.

Le nouveau traité a mis fin à huit ans de réflexions et de manœuvres compliquées pour restructurer l'UE afin d'en faire un acteur mondial plus puissant dans les affaires internationales.

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