Le président américain Barack Obama a mis l'UE dans l'embarras la semaine dernière lorsqu'il a décliné une invitation à participer à un sommet programmé UE-Etats-Unis.
Cette annulation a été largement le fruit des petites querelles européennes concernant le lieu de la tenue du sommet : Espagne, à la tête de la présidence tournante de l'UE, ou Bruxelles, où est basé le nouveau président du Conseil de l'UE (EurActiv 02/02/10).
Décidez vous et faites nous savoir, a répondu sans ambages un fonctionnaire du département d'Etat américain, se référant à un vieux problème censé être résolu par le nouveau traité de Lisbonne.
L'affront d'Obama a déclenché des interrogations parmi les Européens, qui se sont demandés si leurs nouvelles institutions fonctionnaient aussi bien que prévu et allaient permettre à l'UE de parler d'une seule voix sur la scène mondiale.
Le différend sur le prochain sommet UE-Etats-Unis a montré que l'UE n'allait pas parvenir à être cet acteur mondial uni tant que l'égoïsme des dirigeants des Etats membres n'est pas mis sous contrôle, a déclaré Stanley Crossick, président fondateur de l'European Policy Centre, un think tank basé à Bruxelles.
Pour M. Crossick, cet épisode pathétique de marchandages égoïstes soulève la question de savoir si le traité de Lisbonne crée en fait plus de problèmes qu'il n'en résout, a-t-il écrit sur son blog.
Déboires de l'UE à Copenhague et Haïti
Mais le refus de Barack Obama de se rendre au sommet n'est pas le seul revers subi par les institutions réformées de l'UE.
Catherine Ashton, la nouvelle responsable des affaires étrangères de l'UE, a été critiquée par le secrétaire d'Etat français aux affaires européennes Pierre Lellouche le mois dernier pour ne pas s'être rendue dans l'île dévastée d'Haïti, à un moment où le traité de Lisbonne était supposé donner aux Européens une voix unique dans les affaires internationales (EurActiv 25/01/10).
Joseph Daul, dirigeant du groupe politique le plus important du Parlement européen, le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, a relayé ces critiques mardi (9 février).
D'Haïti en Iran, d'Afghanistan au Yémen, de Cuba jusqu'aux relations transatlantiques, la voix européennes n'a pas, jusqu'ici, satisfaire à nos attentes, a-t-il dit dans une déclaration.
La haute représentante doit incarner une présence, une ambition et une réalité qui est celle de l'Union : une Union qui est en tête au niveau du PIB, qui a le plus grand marché et qui est la plus grande contributrice au niveau de l'aide internationale, a-t-il ajouté.
La conférence climatique de décembre, qui n'a pas réussi à satisfaire les attentes de l'Europe, peut être présentée comme un autre exemple de l'influence déclinante de l'UE dans les affaires internationales, malgré son nouveau traité salué de toutes parts. Le texte final de la conférence a été négocié entre un groupe de cinq pays mené par les Etats-Unis, avec la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud. L'Europe y a été laissée sur le côté (EurActiv 19/12/09).
Le dirigeant du groupe libéral au Parlement européen Guy Verhofstadt a récemment fait part des mêmes inquiétudes que M. Daul à propos du manque d'influence européenne, affirmant que ce ne serait pas mentir que de dire que l'Europe n'était pas très bien considérée.
Nous avons seulement à nous référer au résultat dramatique de la conférence de Copenhague, où un accord a été conclu sans l'Union européenne, au manque de réponse coordonné de l'UE dans l'effort d'aide à Haïti, ou à la spirale dépressive dans laquelle la zone euro a été conduite par les difficultés rencontrées par la Grèce, a-t-il écrit dans une lettre ouverte adressée à M. Van Rompuy en amont du sommet de jeudi.
M. Verhofstadt, qui était considéré par beaucoup comme le meilleur choix pour le poste de nouveau président du Conseil, a déclaré que Copenhague aurait pu produire un autre résultat si l'Europe avait été représentée par une seule personne, plutôt que huit : le premier ministre danois Lars Løkke Rasmussen qui accueillait le sommet ; José Manuel Barroso qui représentait la Commission européenne ; Frederik Reinfeldt représentant la présidence suédoise de l'UE ; José Luis Rodriguez Zapatero représentant la présidence espagnole, Catherine Ashton, nouvelle haute représentante aux affaires étrangères de l'UE ; et les dirigeants nationaux Gordon Brown, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel.
Les diplomates demandent plus de temps
S'adressant à des journalistes bruxellois, l'ambassadeur de l'un des Etats de l'UE les plus importants a déclaré qu'il était assez naturel que le traité crée des attentes. Mais il est aussi naturel que sa mise en œuvre prenne du temps, a-t-il ajouté, citant comme exemple le nouveau corps diplomatique, le Service européen d'action extérieure (SEAE), qui doit être dirigé par Mme Ashton.
Mettre en place un tel service représente un travail considérable, a souligné l'ambassadeur, affirmant que ce sera le gros projet des prochaines années.
Les déboires à Haïti et à Copenhague, a-t-il ajouté, ont montré que nous avions besoin d'un nouveau système mais cela ne signifie pas que ce système ne fonctionne pas. Au lieu de dire que l'UE n'était pas à la hauteur de la tâche à Haïti et à Copenhague, les évènements récents donnent des arguments supplémentaires pour la mise en place du nouveau système.




