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Les eurodéputés sont appelés à révéler la rémunération de leurs assistants [FR]

Publié 07 mars 2008
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Les parlementaires sont confrontés à une pression grandissante pour publier le détail de la rémunération de leurs assistants, après la publication d'un résumé d'un rapport confidentiel d'une commission parlementaire par l'eurodéputé néerlandais Paul van Buitenen, détaillant les abus du système de paiement actuel.

Le résumé de M. van Buitenen, publié sur son site Internet le 5 mars, estime que les contrats fournis aux assistants par un prestataire de services sont ceux qui comportent le plus de risques de manipulation, étant donné qu’ils restent vague en ce qui concerne les tâches que les assistants sont supposés remplir.

Par exemple, aucune clause ne limite les paiements annuels pouvant être versés à un seul contractant. Le résumé de l’eurodéputé mentionne un cas où un assistant a reçu à lui seul un salaire de 15 496 euros, versé par un prestataire de service. Cette somme correspond au montant mensuel attribué à chaque eurodéputé pour rémunérer leur personnel.

De plus, le rapport dresse la liste des cas dans lesquels les paiements ont été effectués à un prestataire de service menant des activités dans aucun lien avec celles du Parlement, comme le commerce de bois. Il se peut également que l’organisation agissant en qualité de prestataire de service appartienne en fait au parlementaire lui-même.

Sur les 167 paiements examinés, le comptable interne a également affirmé avoir trouvé 45 paiements de compensation – cette compensation est applicable uniquement quand les assistants doivent démissionner parce que l’eurodéputé pour lequel ils travaillaient n’a pas été réélu. A titre d’exemple, un assistant a reçu des compensations représentant près de 9 000 euros, une accumulation des paiements reçus de 12 parlementaires différents durant sa période de préavis de trois mois. 

Le rapport a également étudié 21 paiements dits « ponctuels ». Pour 18 d’entre eux, aucun document justificatif n’a été fourni et dans cinq cas, les paiements représentaient entre trois et 19 fois le salaire mensuel d’un seul eurodéputé. Dans un des cas, les paiements ont été effectués sans déduction fiscale ni versement à la sécurité sociale.

Réactions : 

L’eurodéputé néerlandais Vert Paul van Buitenen, un membre de la commission de contrôle budgétaire, a déclaré que les résultats du rapport étaient « choquants ». Interrogé sur sa motivation à révéler les résultats, M. van Buiten a affirmé qu’il avait demandé à plusieurs reprises aux fonctionnaires du Parlement de suivre les recommandations du rapport, mais en vain. Concernant l’impact potentiel sur l’image du Parlement à peine 15 mois avant les prochaines élections, il a répondu que continuer à taire les résultats aurait nuit davantage à l’image de l’institution.

En décembre dernier, l’Eurobaromètre révélait que les citoyens avaient perdu toute confiance envers les institutions européennes. Mais, selon les chiffres, il y a davantage de citoyens qui se fient aux institutions que de citoyens sceptiques (EurActiv 19/12/07).  

Martin Schulz, leader allemand du groupe socialiste du Parlement, a critiqué la publication du rapport du comptable, affirmant que le document ignore totalement les règles internes. Il a néanmoins souligné qu'il soutenait fortement les recommandations du rapport, notamment en ce qui concerne l'adoption d'un statut pour les assistants.

Chris Davies, eurodéputé britannique liberal démocrate, un suppléant à la commission de contrôle budgétaire, a confié au Financial Times qu’avec ces allégations, un certain nombre d’eurodéputés se retrouveraient en prison. Selon lui, il s’agit de fraude et de détournement à grande échelle.

Le bureau de Nils Lundgren, vice-président suédois de la commission et membre du groupe Indépendance/démocratie, a applaudi la cause de M. van Buitenen d’améliorer la transparence, mais a choisi de respecter les règles du Parlement en premier lieu, qui interdisent la publication de documents internes sans l’approbation du secrétariat. M. Lundgren a déclaré qu’il avait fait pression sur ses collègues de la commission pour publier le rapport, mais que la coalition des conservateurs et des socialistes avait été trop forte.

Le bureau européen de lutte antifraude (OLAF) étudie actuellement le rapport et a déclaré qu’il était trop tôt pour prévoir s’il y aurait des poursuites juridiques. En septembre 2007, OLAF avait déjà demandé que les eurodéputés détaillent les salaires ainsi que les factures et les demandes de remboursement de leur personnel.

Contexte : 

En décembre dernier, le médiateur européen, Nikiforos Diamandouros, a demandé aux eurodéputés de révéler les détails des salaires ainsi que des factures et des demandes de remboursement de leur personnel. La semaine dernière, il a reçu une lettre du bureau de certains eurodéputés refusant de se plier à la demande.

Chaque mois, les parlementaires européens reçoivent 15 500 euros afin de payer leur personnel. Cette somme représente un total de 140 millions d’euros pour les 785 eurodéputés, soit 10% du budget annuel du Parlement.

Le rapport, sans préciser de noms, révèle des vides juridiques quand il s’agit de rémunérer les assistants parlementaires. En principe, les eurodéputés peuvent choisir sous quelles conditions ils souhaitent employer leurs assistants : en les embauchant directement, par un prestataire de services ou par un agent.

Lors d’un vote du 22 février, la commission de contrôle budgétaire, a rejeté la demande de publication du rapport par une majorité de 21 votes contre 14.

Le rapport, rédigé par un comptable du Parlement, a demandé la création d’un statut pour les assistants qui leur permettrait d’être employés et payés directement par le Parlement. Ce statut avait déjà été proposé par la Commission en 1998 mais n’avait pas été approuvé par le Conseil.

Hier, le 6 mars, la Conférence des présidents du Parlement a décidé de mandater le secrétaire général de l’institution pour qu’il coopère avec la Commission et le Conseil afin d’élaborer une nouvelle série de règles pour les assistants parlementaires en modifiant le régime d’embauche du personnel, tout en préservant la liberté des eurodéputés de recruter leurs assistants et de déterminer indépendamment les niveaux de leurs salaires. 

Cependant, grâce à ce nouveau statut, les parlementaires européens pourront continuer à recruter librement leurs assistants et à déterminer le niveau de leur salaire de manière indépendante.

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