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François Hollande et l'opposition allemande mettent la pression sur Angela Merkel

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Publié 10 mai 2012, mis à jour 11 mai 2012

Hier (9 mai) à Paris, le président élu en France, François Hollande, a rencontré le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, pour discuter de la crise dans la zone euro. L'opposition allemande a quant à elle posé ses conditions : elle veut que le traité budgétaire assorti de mesures en faveur de la croissance soit ratifié le même jour en France, en Allemagne et en Italie.

« [Ils] se connaissent et s’apprécient », a déclaré Pierre Moscovici lors de la conférence de presse qui a suivi une réunion de 50 minutes. « Ce fut un échange de vues extrêmement positif, approfondi, constructif sur la situation de l’Union européenne [...] la zone euro, avec au cœur sans aucun doute la crise grecque [...] et la stratégie de croissance ». 

Les fonctionnaires européens souhaitent s'assurer que M. Hollande respectera l'engagement de la France de réduire son déficit budgétaire et de contrôler ses dépenses publiques, au vu de son programme de campagne axé sur les impôts et les dépenses.

D'autres idées connaissent un nouveau souffle. C'est notamment le cas des initiatives à court terme visant à promouvoir la croissance économique, des propositions à plus long terme comme l'émission d'euro-obligations et d'un système de résolution de la défaillance bancaire et de garantie au sein de la zone euro, ont affirmé deux fonctionnaires de l'UE.

L'ancien président conservateur, Nicolas Sarkozy, qui a également rencontré M. Van Rompuy mercredi, se rangeait du côté d'Angela Merkel, opposée à l'émission commune de titres de dette. M. Sarkozy tentait ainsi de respecter les contraintes politiques de la chancelière à l'échelle nationale, selon certains diplomates français.

« L'élection de M. Hollande est un évènement positif qui modifie déjà le discours d'une Europe jusqu'ici bloquée par son obsession pour l'austérité budgétaire », a déclaré un haut fonctionnaire de l'EU.

Le président français élu devrait s'attacher à inclure une clause de croissance dans le pacte budgétaire lors de sa visite à Berlin la semaine prochaine.

« L'arrivée au pouvoir de M. Hollande pourrait relancer les discussions sur certaines questions en suspens depuis plusieurs mois et leur donner l'impulsion attendue », a commenté un autre fonctionnaire européen. « Les euro-obligations ne sont plus un sujet complètement tabou. »

Lors d'un entretien publié lundi (7 mai) mais qui s'est déroulé avant sa victoire de dimanche face à Nicolas Sarkozy, M. Hollande a déclaré au magazine en ligne Slate.fr qu'il aborderait la question des euro-obligations avec les Allemands.

« Ils ne peuvent pas poser deux verrous à la fois, un sur les « eurobonds » et un autre sur le refinancement direct des dettes par la BCE », a-t-il expliqué.

Visite du président de l'Eurogroupe

Jean-Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe, devrait être le second à rendre visite à M. Hollande, le lendemain.

Dirigeant de l’Eurogroupe des ministres des finances de la zone euro et premier ministre du Luxembourg, M. Juncker a téléphoné lundi à François Hollande pour lui assurer qu'il n'était pas question de renégocier le traité budgétaire.

« On ne peut pas revenir en arrière sur ce traité budgétaire », a-t-il déclaré à la chaîne de télévision allemande ZDF. « Il serait impossible de modifier le contenu du pacte budgétaire, aucune négociation officielle dans ce sens n’est prévue. »

« En revanche, il est possible d'ajouter des éléments de croissance, mais pas nécessairement sous la forme d'un traité », a-t-il poursuivi. « Et c'est une question qui est sur la table. »

Les membres de l'équipe de François Hollande ont toutefois affirmé que le nouveau président tiendrait devant M. Juncker les mêmes propos que devant les électeurs français lors de sa campagne couronnée de succès.

« [Il lui dira qu'il] faut qu'on sorte de cette logique d'austérité dans laquelle l'Europe s'enfonce et qui conduit à l'impasse », a déclaré Jean-Marc Ayrault, le chef de file des socialistes au parlement pressenti pour être le premier ministre de M. Hollande.

L'opposition allemande pose ses conditions

En Allemagne, l'opposition de centre-gauche a déclaré hier à la chancelière Angela Merkel que le Bundestag devrait ratifier le pacte budgétaire européen le même jour que les parlements français et italien. Mme Merkel et le premier ministre italien, Mario Monti, avaient déjà évoqué la possibilité d'organiser le vote le même jour dans leurs pays respectifs, en signe d'« accord » à l'échelle européenne.

« L'amitié franco-allemande a toujours été le moteur de l'intégration européenne. Il semble donc inévitable que les deux pays agissent en collaboration étroite dans ce domaine », ont écrit Renate Künast et Jürgen Trittin, les deux dirigeants du groupe de défense de l'environnement au Bundestag. Ils ont envoyé à Mme Merkel une lettre que l'AFP s'est procurée.

Le parti social-démocrate SDP s'est rallié à cette idée. Un vote « simultané en France et en Allemagne serait le bienvenu », a déclaré à l'AFP Michael Roth, le porte-parole du groupe SPD au Bundestag en charge des affaires européennes.

Comme François Hollande, le SPD et les Verts exhortent Mme Merkel à adopter des mesures pour la croissance et l'imposition d'une taxe sur les transactions financières en Europe, en échange de leur soutien.

Pour ratifier ce texte, la coalition des libéraux et des conservateurs de la chancelière doit obtenir la majorité des deux tiers au Bundestag et au Bundesrat. Elle ne pourra pas y parvenir sans le soutien de l'opposition.

EurActiv avec diverses agences de presse
Contexte : 

François Hollande, qui a remporté le second tour des élections présidentielles avec 51,6 % des suffrages lorsque les électeurs ont voulu punir M. Sarkozy pour la situation économique morose, veut remettre en cause les politiques d'austérité menées en Europe sous la direction de l'Allemagne. Il souhaite faire cela dès son entrée en fonction le 15 mai prochain. Il devrait se rendre à Berlin peu après cette date.

M. Hollande souhaite lancer des négociations pour ajouter des éléments de croissance au traité budgétaire adopté par les dirigeants de l'Union européenne en février dernier. Il pourrait par exemple s'agir d'euro-obligations.

Sa remise en cause de l'austérité résonne à travers l’Europe alors que les électeurs grecs ont évincé les grands partis au pouvoir pour avoir accepté des mesures d'austérité difficiles en échange d'un renflouement qui a permis au pays d'éviter la faillite. 

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