José Manuel Barroso avait déclaré qu’il existait de « bons socialistes » et de « mauvais socialistes », lorsque, lors de son interrogatoire serré au Parlement européen pour s’assurer un second mandat à la tête de la Commission, le groupe de centre gauche du Parlement européen avait insisté pour obtenir le poste de Haut représentant pour les affaires étrangères prévu par le traité de Lisbonne (EurActiv 10/09/09).
Cette phrase de M. Barroso faisait allusion au fait que les socialistes avaient échoué à présenter un candidat pour le poste, et il insistait sur le fait que les candidats éventuellement proposés par la gauche ne se verraient pas automatiquement confié cette position simplement au motif qu’ils étaient socialistes.
En conséquence, la stratégie de la gauche européenne a été de pousser fortement pour qu’un homme politique de centre gauche se voit confié le poste de Haut représentant (HR) pour les affaires étrangères, en capitalisant en partie sur le bon bilan de Javier Solana, socialiste espagnol, comme chef de la diplomatie européenne.
Un tel scénario, selon les experts, correspond également aux ambitions du centre droit européen qui, étant donné sa prédominance actuelle dans le paysage politique européen, insisterait en faveur d’un paquet dans lequel l’un des ses hommes politiques de premier plan accèderait au poste de président du Conseil.
En effet, cette question a été encore une fois évoquée lors de la rencontre la semaine dernière du Réseau européen des Idées (REI), un think tank paneuropéen de centre droit. Des rumeurs entendues dans les couloirs de la réunion du REI en Autriche, surprises par EurActiv, confirment la volonté du centre droit de s’emparer de la présidence, principalement pour des considérations de prestige.
En termes de logique institutionnelle, il y a deux raisons pour lesquelles il serait bien plus logique que la présidence revienne au centre droit et que le poste de Haut représentant (HR) soit occupé par une personnalité de centre gauche, a expliqué à EurActiv Antonio Missiroli, directeur du think tank bruxellois European Policy Centre (EPC).
Si vous considérez l’équilibre politique au Conseil européen, le centre droit est très clairement majoritaire, quelle serait dès lors la logique d’avoir un socialiste à sa tête ?, a-t-il expliqué.
Puisque le HR sera aussi vice-président de la Commission européenne, avoir un socialiste à ce poste améliorerait également l’équilibre politique du nouveau collège de commissaires – une issue positive étant donné que l’exécutif européen fonctionne mieux lorsqu’il est le plus représentatif possible des familles et des réalités politiques à travers l’Union européenne, a conclu M. Missiroli.
Une source de haut niveau socialiste a confié à EurActiv que beaucoup de personnes de centre gauche souhaitaient parvenir à un tel résultat, qui serait au final dans l’intérêt d’une Europe équilibrée.
Un tel résultat, bien entendu, mettrait un terme définitif aux chances de Tony Blair de devenir président du Conseil. D’autant plus que, comme l’a rapporté EurActiv, les forces anti-Blair se sont coalisées ces dernières semaines à travers l’Europe (EurActiv 13/10/09).
Pour ne pas arranger les affaires de M. Blair, le président français Nicolas Sarkozy, qui oscille entre un soutien fort ou plus nuancé en faveur de l’ancien premier ministre britannique et dont le soutien sera essentiel pour sa nomination, a déclaré la semaine dernière au Figaro que beaucoup s’opposaient à M. Blair en raison de l’euroscepticisme britannique.
Au final, le consensus au REI semblait s’être formé autour de l’idée selon laquelle la candidature de M. Blair était de plus en plus « hors jeu ».
Un président du Conseil faible, M. Barroso en position de force ?
Le débat principal autour du poste de président se concentre sur la question suivante : le poste devrait-il être confié à une personnalité de premier plan comme M. Blair, qui donnera à cette position une stature et une influence internationale, ou doit-il être confié à un président avec moins d’influence ?
Dernièrement, un nombre de plus en plus importants de pointures du centre droit européen ont mis en avant cette dernière option, y compris le gouvernement polonais, qui selon EurActiv Pologne envisage le nouveau président comme une sorte de secrétaire général qui présidera les sommets européens et coordonnera le travail quotidien du Conseil, sans avoir à prendre de décisions stratégiques. Le détenteur actuel de la présidence, la Suède, a également dit sa préférence pour un tel scénario.
Se confiant à EurActiv, l’eurodéputé allemand de centre droit Elmar Brok a fait écho à cette vision, expliquant que de son point de vue, la tâche d’un président du Conseil devrait être de présider et de préparer le Conseil européen. Il a mis en avant Jean-Claude Juncker comme l’un des nombreux candidats de valeur du centre droit pour le poste.
Ce dénouement apporterait certainement une aide précieuse au président reconduit de la Commission José Manuel Barroso.
Un président du Conseil plus faible en comparaison ne deviendrait pas un concurrent mondial pour M. Barroso, alors que de nombreux experts s’attendent à ce qu’il cherche à affirmer sa présence sur la scène internationale à la suite de sa campagne de réélection victorieuse. Comme l’observe M. Missiroli, la prédominance de M. Barroso va s’affirmer puisque le HR, malgré l’influence mondiale que ce poste offrira à son détenteur, restera le numéro deux de M. Barroso.
Politique des personnalités
Cependant, toutes ces éventualités restent des spéculations jusqu’à ce que de vrais noms soient mis sur la table. Alors que le jeu du chat et de la souris entre la gauche et la droite s’intensifie, l’accord final sera basé sur la stature de la personnalité proposée.
L’eurodéputé libéral britannique Andrew Duff, un expert reconnu du traité de Lisbonne, a déclaré à EurActiv qu’il fallait considérer ces questions comme un paquet, et que le premier poste qui doit trouver preneur n’est pas celui de président, mais celui de HR, plus important. Et il n’est pas facile de trouver une personne avec le calibre et l’expérience pour accomplir cette tache aujourd’hui, a-t-il dit. Il a ajouté qu’il pensait que l’affiliation partisane de cette personne avait une importance secondaire par rapport à sa stature et son calibre.
Cette source de centre gauche de haut niveau a confié à EurActiv que la famille socialiste avait un certain nombre de personnes bien qualifiées pour le poste de HR, sans pour autant en dévoiler les noms. Il y a de nombreuses spéculations qui disent que si sa stratégie Blair échoue, le parti travailliste pourrait mettre en avant l’actuel ministre des Affaires étrangères britannique David Miliband comme possible HR. En France, de nombreuses rumeurs voient M. Sarkozy faire pression en faveur d’Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères de centre gauche.
Faisant écho à la sortie fameuse de M. Barroso, M., Duff a dit que si la gauche voulait le poste de HR, alors cela allait les obliger à présenter des candidats crédibles.
Je n’arrive pas à penser à un socialiste qui soit à la fois compétent et populaire, a-t-il ajouté, concluant que M. Barroso avait raison de dire qu’il ne ferait rien jusqu’à ce qu’il reçoive des propositions pour un ministre des affaires étrangères.



