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José Manuel Barroso : la réforme de Schengen n’est pas une réaction « impulsive »

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Publié 11 mai 2011, mis à jour 12 mai 2011

Tentant de trouver un équilibre entre les appels de l’Italie et de la France qui demandent une réintroduction des contrôles aux frontières dans l’espace Schengen de libre circulation et les positions fédéralistes, selon lesquelles une telle décision ébranlerait l’UE, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso a admis que de tels contrôles pourraient être réinstaurés « en dernier recours ».

Face à un Parlement européen en colère à Strasbourg hier (10 mai), M. Barroso a insisté sur le fait que les récentes propositions présentées par la Commission, vouées à améliorer la gouvernance de la zone Schengen (voir « Background »), n'avaient pas été élaborées suite à des pressions exercées par la France et l'Italie. Selon lui, elles ont été prévues l'année dernière, bien avant la récente arrivée de nombreux réfugiés en provenance d'Afrique du Nord.

Il a toutefois immédiatement ajouté qu'étant donné les circonstances actuelles, l'UE avait besoin de renforcer « d'urgence » la gouvernance de Schengen ainsi que les frontières extérieures de l'Union.

« La réintroduction des contrôles aux frontières n'est pas une décision séduisante pour l'Europe, que ce soit dans les circonstances actuelles ou pour les futurs défis que nous devrons affronter tôt ou tard. Elle ne devra être prise qu'en tout dernier ressort », a déclaré M. Barroso.

« Ce n'est pas une réaction automatique. Ce n'est pas une improvisation », a-t-il insisté.

Sans citer la France, M. Barroso s'est montré critique quant à la réintroduction unilatérale des contrôles aux frontières de facto.

« Il est temps d'étouffer cette tendance dans l'œuf », a-t-il affirmé.

Tout en admettant que toute tentative de saper Schengen était une menace aux fondations de l'Europe, M. Barroso a expliqué que des changements seraient nécessaires pour éviter que les Etats membres n'agissent unilatéralement.

« Nous ne pouvons pas être aveugles et ne pas affronter le fait que les derniers évènements aient révélé un problème dans la gouvernance de Schengen que nous devons régler. Si nous ne renforçons pas les mécanismes existants, les Etats membres continueront d'agir seuls. Ils seront en fait encouragés à agir seuls », a expliqué M. Barroso.

Contre les populistes

Pour éviter d'apporter de l'eau au moulin des arguments des populistes et des extrémistes, la meilleure manière d'éviter de mettre Schengen en péril a été de renforcer sa gouvernance et de clarifier certains aspects de son opération.

« Nous savons qu'il est à la mode dans certains endroits d'être extrémiste ou populiste ou même de brandir parfois le drapeau de la xénophobie. Ce n'est pas ce que nous ferons. Nous résisterons à toutes ces pressions », a dit M. Barroso.

Son discours pourrait également être interprété dans le contexte des élections présidentielles en France et de la montée en popularité du parti d'extrême droite, le Front National, dirigé par Marine Le Pen, qui critique M. Sarkozy pour son soi-disant laxisme quant à l'immigration.

Toutefois, les appels de M. Barroso n'ont pas empêché le leader des Socialistes & Démocrates, Martin Schulz, de l'accuser lui, ainsi que la commissaire aux affaires intérieures, Cecilia Malmström, de « céder » devant le président français, Nicolas Sarkozy, et le premier ministre italien, Silvio Berlusconi.

Le dirigeant du groupe libéral ALDE, Guy Verhofstadt, a vivement critiqué ce qu'il a qualifié de « jeu de ping-pong entre deux gouvernements sur le dos des réfugiés ». La réintroduction des frontières intérieures va « à l'encontre de l'essence de l'UE » et est une décision « disproportionnée » en comparaison à l'ampleur du problème, a-t-il dit, ajoutant que son groupe lutterait contre la réintroduction des contrôles aux frontières.

While admitting that any attempt to undermine Schengen was a threat to Europe's foundations, Barroso admitted that changes were needed to prevent member states from acting unilaterally.

"We cannot be blind and not face the fact that the latest events have revealed a problem in Schengen governance that we have to solve. If we do not reinforce the existing mechanisms, member states will continue to act alone. They will in fact be encouraged to act alone," Barroso said.

Against the populists

To avoid giving rise to the arguments of populists and extremists, the best way to avoid putting Schengen at risk was to reinforce its governance and clarify some aspects of its operation.

"We know that it is now fashionable in some quarters to be extremist or populist or even to wave sometimes the flags of xenophobia. This in not what we are going to do. We will resist all these kinds of pressure," Barroso said.

His words could also be interpreted in the context of presidential elections in France and a surge in the popularity of the nationalist far-right Front National, led by Marine Le Pen, who is criticising Sarkozy for his alleged laxity on immigration.

But Barroso's calls did not prevent Socialists & Democrats leader Martin Schulz from accusing him, as well as Home Affairs Commissioner Cecilia Malmström, of "caving in" to French President Nicolas Sarkozy and Italian Prime Minister Silvio Berlusconi.

Similarly, the leader of the liberal ALDE group, Guy Verhofstadt, lashed out at what he described as "a ping-pong game by two governments on the back of refugees". The reintroduction of internal borders is "against the essence of the EU" and "out of proportion" compared to the extent of the problem, he said, adding that his group would fight against the reintroduction of border checks.

Réactions : 

L'eurodéputé allemand Manfred Weber (Socialistes & Démocrates) a déclaré que Schengen était un des succès du projet européen et a promis de le défendre. Il a noté que la Suède accueillait 25 000 réfugiés par an mais qu'elle n'avait pas remis Schengen en question.

L'eurodéputé français Daniel Cohn-Bendit, coprésident des Verts/Alliance libre européenne, a fait remarquer que l'UE avait accueilli de nombreux réfugiés durant la guerre en Bosnie. « L'Allemagne en a accueilli plusieurs centaines de milliers et n'a pas coulé ».

Il a mis en garde contre le fait que les contrôles aux frontières victimiseraient ceux qui sont « de couleur et différents ».

L'eurodéputé portugais de gauche, Rui Tavares (GUE/NGL), a déclaré mettre Schengen de côté serait néfaste pour l'Europe et était inacceptable.

« Il est temps non plus de se concentrer seulement sur la liberté de mouvement, mais sur les contrôles aux frontières », a déclaré l'eurodéputé britannique Timothy Kirkhope (Conservateurs et réformateurs européens). Toutefois, pour son groupe, le système actuel est défectueux et n'est pas prévu pour les nouveaux enjeux que sont le chômage à large échelle, l'immigration et le terrorisme.

L'eurodéputé UKIP Nigel Farage a déclaré : « Le conflit qui a éclaté entre l'Italie et la France montre que lorsqu'il y a une crise, c'est l'Etat nation qui gagne ».

Barroso: 'This is not improvisation'
Contexte : 

Le 4 mai, la Commission européenne a publié une proposition visant à mieux gérer les migrations, suite aux tensions diplomatiques entre Paris et Rome au sujet de l'arrivée de quelque 25 000 immigrés clandestins de Tunisie. La Commission a été saluée par le Parti populaire européen et les Verts, mais fortement critiquée par les Socialistes et Libéraux.

La proposition, qui est sujette à des négociations parmi les Etats membres et à un processus de décision unanime, qui résulte des pressions exercées par le président français, Nicolas Sarkozy, et le premier ministre italien, Silvio Berlusconi, qui ont récemment demandé à Bruxelles d’apporter des changements au Traité établissant l’espace Schengen de libre circulation.

En février dernier, l'Italie a déclaré l’état d'urgence humanitaire sur l'île méditerranéenne de Lampedusa suite à l'arrivée de 4 000 personnes par bateau en provenance de Tunisie suite à la révolte populaire qui a mis fin au règne du président.

Depuis lors, la guerre civile en Libye a intensifié la pression migratoire sur Lampedusa où environ 25 000 immigrants sont arrivés depuis le début des « révolutions du jasmin ».

En avril 2011, la France a réintroduit des contrôles à ses frontières avec l'Italie pour restreindre la circulation des immigrés d'Afrique du Nord qui disposent de permis de séjour temporaires délivrés par l'Italie et qui sont entrés dans l'UE à partir de la Tunisie après les révolutions et à la guerre dans la région sud-méditerranéenne.

La décision de la France a causé un bras de fer diplomatique entre les deux pays, ainsi que des réactions de la part des autres Etats membres et de l'UE.

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