Sections
Mini Sections
Tout en insistant sur le besoin de poursuivre le processus de ratification dans l'ensemble des Etats membres, les dirigeants des trois grandes institutions européennes (Commission, Conseil et Parlement) n'ont pas caché leur désarroi face à l'ampleur de la victoire du "nee" aux Pays-Bas.
Avec les Pays-Bas, c'est - après la France - un deuxième Etat fondateur de l'UE qui exprime son rejet de l'évolution actuelle de l'Union. 61,8% des électeurs néerlandais se sont ainsi prononcés contre la ratification de la Constitution européenne, ce "nee" franc et massif venant confirmer le "non" exprimé par les électeurs français dimanche dernier. Le président du Conseil européen, Jean-Claude Juncker, a tenté de faire bonne figure en expliquant que l'Europe devait être considérée par les citoyens comme une "solution" et non comme un problème, tandis que les présidents de la Commission et du Parlement, MM. Barroso et Borrell, affirmaient devant la presse qu'ils entendaient se battre jusqu'au bout pour sauver la Constitution.
Les élites politiques de l'Union semblent avoir le plus grand mal à appréhender les raisons expliquant le niveau d'hostilité à la Constitution européenne enregistré dans plusieurs Etats membres - cette hostilité remettant aujourd'hui en cause la poursuite même du processus de ratification.
Selon les termes de la Déclaration 30 de la Constitution
, ce processus doit être mené à son terme, mais plusieurs Etats membres (notamment le Royaume-Uni et la République tchèque) laissent déjà entendre que la Constitution se trouve en situation de mort cérébrale et s'interrogent sur l'opportunité de soumettre le texte à référendum.
Certains Etats membres redoutent que la spirale négative enclenchée par les scrutins français et néerlandais n'ait de sérieuses répercussions sur l'issue de leurs propres référendums, comme semble déjà l'indiquer l'ampleur du "non" aux Pays-Bas, probablement renforcé par l'issue du scrutin français.
Lors d'une conférence de presse organisée au soir du mercredi 1er juin, Jean-Claude Juncker a souligné que les Néerlandais avaient rejeté la Constitution européenne sur la base de considérations différentes de celles ayant prévalu lors du débat français. "La somme des raisons contradictoires [motivant le rejet de la Constitution] ... est devenue impressionante", a-t-il ainsi déclaré. "L"Europe ne fait plus rêver", a encore estimé le président en exercice du Conseil européen, qui a lâché cette réflexion désabusée : "On n'aime pas l'Europe telle qu'elle est...".
Le président du Parlement, Josep Borrell, a rejoint l'analyse de M. Juncker en affirmant : "La peur a été plus forte que les rêves".
Jean-Claude Juncker a par ailleurs affirmé que la crise actuelle avait pour conséquence directe un affaiblissement de la place de l'Union européenne dans le monde, les Etats-Unis et l'Asie se trouvant dans la plus grande confusion face à la direction actuellement empruntée par l'UE.
M. Juncker s'est voulu optimiste quant à la capacité des dirigeants européens de démontrer, lors du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des 16 et 17 juin prochains, que "l'Europe fonctionne" ; il a par ailleurs appelé ses homologues à s'abstenir de toute "initiative unilatérale", un message clairement adressé au premier ministre britannique Tony Blair (lequel semble actuellement envisager une annulation du référendum prévu dans son pays).
Interrogé sur les chances qu'un accord puisse être trouvé dans les discussions en cours sur les perspectives financières de l'Union, MM. Juncker et Barroso ont souligné que, dans le contexte actuel, les dirigeants européens devaient plus que jamais faire preuve de sens des responsabilités et d'esprit de compromis. Selon le premier ministre luxembourgeois, une "guerre de deux semaines" pourrait, pour certains Etats, se révéler plus coûteuse que plusieurs années de contribution au budget de l'UE.