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La France et l’Italie demandent une réécriture du Traité de Schengen

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Publié 27 avril 2011, mis à jour 03 mai 2011

Hier (26 avril), le président français, Nicolas Sarkozy, et le premier ministre italien, Silvio Berlusconi, ont demandé à Bruxelles de procéder à des changements sur le Traité de Schengen établissant l’espace de libre circulation. Les modifications proposées renforcent le pouvoir des Etats membres et réduisent le rôle de la Commission européenne.

Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi se sont rencontrés à Rome pour désamorcer la crise de l’immigration tunisienne qui avait créé des tensions pendant plusieurs mois entre ces deux membres fondateurs de l’UE.

Les deux dirigeants ont signé une lettre adressée au Président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et au Président de la Commission, José Manuel Barroso, qui critique la gouvernance actuelle de l’espace Schengen.

La lettre propose également une nouvelle formulation qui faciliterait aux pays membres de l’espace Schengen l’instauration de contrôles à leurs frontières intérieures. Actuellement, les Etats membres sont seulement autorisés à procéder à de tels contrôles de manière temporaire, dans le cas d’une menace sérieuse à l’ordre public. Le texte proposé évoque désormais des « difficultés exceptionnelles ».

Apparemment, un tel texte permettrait à la France d’instaurer des contrôles aux frontières dans des cas tels que celui de l’afflux massif de réfugiés en provenance de Tunisie ou de Roms venus d’Europe de l’est.

Coup dur pour la Commission

La lettre critique également le mécanisme d’évaluation de Schengen, une récente nouveauté mise en place par la Commission européenne, selon laquelle l’organe exécutif de l’UE effectue le contrôle de l’application des règles édictées par Schengen.

Un paquet législatif plus ambitieux doit être mis en œuvre cette année, ont affirmé Messieurs Berlusconi et Sarkozy. Ils ont également insisté sur le fait que la procédure d’évaluation devrait impliquer davantage les Etats membres.

Hier, M. Sarkozy a déclaré aux journalistes que Schengen devait être réformé pour assurer sa survie.

« Qui gère Schengen ? », a-t-il demandé, laissant entendre que les ministres de l’intérieur de chaque Etat devraient avoir leur mot à dire sur la révision proposée de l’espace de libre circulation européen.

M. Sarkozy a également semblé rappeler l’opposition de la France quant à l’élargissement de Schengen à de nouveaux venus dans l’UE, la Bulgarie et la Roumanie (voir « Background »).

« Si un pays [est] défaillant à garder les frontières des autres, qu'est-ce que l'on fait ? », a-t-il demandé.

Lors d’une conférence de presse distincte qui s’est tenue pratiquement au même moment, la Commission a clairement indiqué qu’elle était ouverte à l’idée d’introduire des modifications au texte de Schengen.

« Nous sommes dans une situation d’incompréhension entre les deux Etats membres », a déclaré le porte-parole de la Commission, Olivier Bailly, qui a ajouté qu’une interprétation plus claire des règles était nécessaire.

Il a également déclaré qu’il était essentiel d’éviter des lacunes dans le système et admis que les textes juridiques devaient évoluer, répétant presque mot pour mot ce qu’avait dit le ministre des affaires étrangères italien, Franco Frattini, quelques jours plus tôt : tous les traités finissent par vieillir.

La Commission semble avoir changé radicalement sa position qui était de se conformer à la lettre à l’acquis de Schengen.

Début avril, la commissaire aux affaires intérieures de l’UE, Cecilia Malmström, a déclaré que pour faire usage de la disposition extraordinaire du traité, la France devrait invoquer une menace sérieuse à l’ordre public. « Mais ce n’est pas le cas ici », a-t-elle clairement affirmé.

Prochaines étapes : 
  • 4 mai : la Commission doit présenter des propositions visant à renforcer Schengen.
  • 9-10 juin : le Conseil justice et affaires intérieures doit discuter des changements proposés.
  • 24-25 juin: les dirigeants européens doivent prendre leurs décisions lors d’un sommet à Bruxelles.
MM. Berlusconi et Sarkozy demandent une réforme
Contexte : 

Schengen est un village à la frontière entre le Luxembourg, la France et la Belgique, où a été signé le 14 juin 1985 un accord entre ces pays, les Pays-Bas et l'Allemagne pour abolir petit à petit les contrôles aux frontières communes.

Le processus a graduellement évolué et en 1995 les contrôles aux frontières ont été abolis entre la Belgique, l'Allemagne, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas, l'Espagne et le Portugal.

Aujourd'hui, la zone de libre échange de l'espace Schengen est composée de 25 Etats membres : les membres de l'UE l'Autriche, la Belgique, le Danemark, la France, la Finlande, l'Allemagne, la Grèce, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal, l'Espagne, la Suède, la République tchèque, l'Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la Slovaquie et la Slovénie, ainsi que trois pays hors UE associés, qui sont la Norvège, l'Islande et la Suisse.

Le Royaume-Uni et l'Irlande ont décidé de ne pas entrer dans l'espace Schengen.

La Bulgarie, la Roumanie et Chypre appliquent seulement en partie l'acquis Schengen pour le moment. Les contrôles ont donc toujours lieu aux frontières de ces trois Etats membres de l'UE.

En septembre 2010, les ministres aux affaires européennes de l’UE ont décidé d’étendre ces contrôles pendant encore une année.

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