Les félicitations de la chancelière allemande, Angela Merkel, au nouveau président français auraient pu être plus chaleureuses. Elle développera une collaboration fructueuse avec M. Hollande, a-t-elle assuré lors d'une conférence de presse dans les bureaux berlinois des démocrates-chrétiens. La coopération franco-allemande est, après tout, « essentielle pour l'Europe », a-t-on l'habitude de dire.
Guido Westerwelle, le ministre des affaires étrangères de Mme Merkel, s'est quant à lui montré plus enthousiaste. Peu connu pour ses compétences linguistiques, il a toutefois préparé quelques phrases dans un français approximatif pour féliciter M. Hollande : « Félicitations pour le nouveau Président. L'Europe, c'est notre destin commun », a-t-il déclaré.
Les médias allemands ont fait preuve du même niveau d'optimisme. Certains observateurs parlent déjà d'un nouveau couple « Merkollande » pour remplacer l'ancien Merkozy.
Le fait que M. Hollande soit de nature plus calme que son prédécesseur volatile, M. Sarkozy, pourrait s'avérer un point positif, estime le quotidien Frankfurter Rundschau. Ruprecht Polenz, expert en politique extérieure au sein du parti CDU de Mme Merkel, partage cet avis. Il explique dans le Tagesspiegel que M. Hollande pourrait être un meilleur partenaire que M. Sarkozy ne l'était au début de son mandat en raison de « son tempérament particulier ».
Le Süddeutsche Zeitung est quant à lui convaincu que le nouveau couple « Merkland » sera à même de couvrir un spectre politique plus large comprenant les conservateurs libéraux et les sociaux-démocrates européens.
Bien que M. Hollande ait catégoriquement rejeté le pacte budgétaire pendant sa campagne, les négociations franco-allemandes auraient déjà débuté en vue de trouver un compromis, rapporte le Süddeutsche Zeitung. M. Hollande serait éventuellement prêt, le cas échéant, à trouver une « solution pragmatique », affirme le journal en citant des diplomates. Des « éléments de croissance » devraient être ajoutés au traité de discipline budgétaire signé par 25 chefs d'État et de gouvernement en mars dernier.
Cela pourrait toutefois s'avérer plus difficile que Mme Merkel et M. Hollande ne tentent de le faire croire aux Européens.
Hier (7 mai), Mme Merkel a été catégorique : « Le pacte budgétaire ne doit pas être renégocié. » Elmar Brok, membre du CDU au Parlement européen, a été encore plus loin : « M. Mitterrand avait un an et demi pour rectifier sa trajectoire socialiste, alors que M. Hollande n'a que quelques jours avant son investiture ».
En juin, il devrait être « en bonne voie », a-t-il ajouté. Son collègue du CSU de Bavière, Markus Ferber, a quant à lui déclaré à EurActiv Allemagne : « Les contribuables allemands n'assumeront pas les coûts des promesses de campagne onéreuses du nouveau président français, M. Hollande. »
Les socialistes français ne cèdent pourtant pas quant au pacte de croissance. Jean-Marc Ayrault, largement pressenti pour devenir le prochain premier ministre français, l'a clairement indiqué sur la chaîne nationale France 2 : « Le message que les Français ont bien compris est qu'il faut sortir de l'austérité en Europe », a-t-il déclaré.
Il pourrait toutefois être possible de parvenir à un compromis. Comme l'a déjà suggéré le ministre allemand des affaires étrangères, M. Westerwelle, les Allemands pourraient faire preuve d'un peu de flexibilité avec le pacte de croissance. À Berlin, Mme Merkel a souligné que les négociations avaient déjà débuté en vue de lancer une initiative pour la croissance à l'échelle européenne.
Mais qu'entend réellement M. Hollande par pacte de croissance ?
Dans sa campagne, le socialiste s'est dit favorable à un rôle plus actif de la Banque européenne d'investissement (BEI), un élément sur lequel Mme Merkel sera sans doute d'accord. Il y a quelques jours, elle a affirmé qu'elle pourrait concevoir « d'étendre les options de la Banque européenne d'investissement ». Il en est de même pour la taxe sur les transactions financières, pour laquelle Berlin et Paris font pression au niveau européen.
Le soutien de M. Hollande aux euro-obligations pour financer de grands projets d'infrastructure dans les domaines de l'énergie, du haut débit ou des transports risque cependant de poser problème. Jusqu'à présent, le gouvernement allemand rejette farouchement cette idée.
Il semblerait toutefois que l'Italie se soit laissée convaincre par M. Hollande. La chancelière n'a pas été la seule à téléphoner au président français élu dimanche. Non content de féliciter M. Hollande, le premier ministre italien, Mario Monti, lui a garanti que son pays était prêt à coopérer avec la France « pour une Union européenne plus efficace et orientée vers la croissance économique ».
L'idée des emprunts obligataires pour le financement de projets était initialement celle de M. Monti. Il pourrait aujourd'hui avoir trouvé un allié de choix et jouer un rôle significatif en dissipant les tensions qui pourraient exister entre Mme Merkel et M. Hollande.


