Les eurodéputés élus en juin 2009 ont été les premiers à bénéficier d'un pouvoir accru sur le budget et la législation en vertu du traité de Lisbonne.
Ils n'ont pas hésité à user de cette nouvelle compétence à de nombreuses occasions, en bloquant notamment une directive controversée sur le clonage animal dans la production alimentaire, un accord de pêche avec le Maroc pour violations présumées des droits de l'Homme commises sur le territoire du Sahara occidental, et l'accord SWIFT qui autorisait le partage des données bancaires européennes avec les États-Unis.
Le Parlement a également fait bon usage de sa qualité de colégislateur au même titre que le Conseil pour influencer les négociations sur les projets de loi et de budget. Il a notamment soutenu l'extension du budget européen, l'allocation de plus de fonds à la recherche, et l'imposition d'objectifs contraignants en faveur de l'efficacité énergétique.
Pour Jan Zahradil, eurodéputé tchèque et ancien dirigeant du groupe eurosceptique des Conservateurs et Réformistes européens, il s'agit d'un signe montrant que les eurodéputés souhaitent s'affirmer et que le Parlement se politise.
« Il arrive de plus en plus souvent que le Parlement se retrouve divisé entre deux blocs, le centre-droit et le centre-gauche, où les partis ont tendance à voter selon leurs propres philosophies et idéologies politiques plutôt que selon des schémas de partage du pouvoir », a-t-il déclaré.
Contrairement à la période 2004-2009, le Parlement n'a pas automatiquement accepté les projets de loi présentés et est devenu « une organisation moins technique et plus politique, comme elle devait l'être », a affirmé M. Zahradil.
Marginalisé dans la crise économique
Même si l'influence du Parlement dans les affaires courantes législatives et budgétaires devient de plus en plus évidente, le seul organisme élu de l'UE s'est pourtant souvent retrouvé marginalisé lorsqu'il s'agit de trouver des solution à la crise économique et financière.
Les décisions en la matière ont surtout été prises lors des réunions du Conseil européen des dirigeants nationaux, auxquelles les eurodéputés participent en qualité d'observateurs. Le couple franco-allemand du président Nicolas Sarkozy et de la chancelière Angela Merkel joue un rôle primordial.
« Paradoxalement [au vu de sa fermeté dans d'autres domaines], le Parlement européen n'a pas réellement participé aux discussions liées à la crise financière. Certains accords avaient été décidés en avance, surtout au sein du Conseil », a affirmé M. Zahradil.
Pour Rebecca Harms, eurodéputée allemande et co-dirigeante des Verts, le rôle limité du Parlement pourrait en partie être imputé à la timidité des membres du Parti populaire européen de centre-droit, le premier groupe au Parlement.
Selon Mme Harms, le leader du PPE, Joseph Daul, « a très souvent les bons arguments, notamment dans ce débat sur la crise financière, mais il fait preuve d'une certaine faiblesse quand il s'agit d'entrer en conflit avec les dirigeants nationaux, qu'il s'agisse de M. Sarkozy, de Mme Merkel, ou des autres ».
Les dirigeants de nombreux grands pays européens, comme l'Allemagne, l'Espagne et la France, font partie du PPE.
Désillusions croissantes sur le Conseil
En revanche, les eurodéputés sont de plus en plus agacés par la manière dont la crise de la zone euro est gérée. M. Daul, eurodéputé français, en témoigne :
« Ma plus grande déception [depuis 2009] [...] c'est que [le Conseil européen] n'ait pas su faire preuve de leadership pour résoudre une crise financière et une crise de la dette qui assombrissent l'avenir de nos concitoyens. »
Critiquant à demi-mot Mme Merkel et M. Sarkozy, il a ajouté : « L'erreur à ne pas commettre serait de retourner à une Europe intergouvernementale, où les « grands » [pays] imposent leurs décisions aux autres. »
Les eurodéputés se montrent de plus en plus réticents face à cette éventualité. L'eurodéputé belge et dirigeant libéral Guy Verhofstadt, sans doute le plus ardent défenseur d'une solution « fédéraliste » à la crise avec l'introduction d'euro-obligations et d'une taxe sur les transactions financières, a défendu les progrès accomplis par les eurodéputés dans la lutte contre la crise.
« Le Parlement a joué un rôle essentiel s'agissant de s'assurer que le « paquet de six » sur la gouvernance économique comprenne la proposition originale de la Commission pour des sanctions automatiques à l'encontre des Etats membres enfreignant les limites autorisées de dette et de déficit […] La France en est devenue une adepte convaincue et souhaite que des sanctions automatiques soient entérinées dans les traités », a-t-il affirmé.
Les eurodéputés continuent cependant à se battre pour jouer un rôle dans le « pacte budgétaire », alors qu’ils n’assistent aux négociations qu'en qualité d'observateurs. M. Verhofstadt fait partie des eurodéputés qui se sont récemment opposés à l'une des dernières versions du traité, ce qui a mené à l'ajout d'une clause permettant aux eurodéputés dirigeants de participer aux sommets de la zone euro.
La dirigeante des Verts, Mme Harms, a affirmé que ce genre de démonstration de fermeté face au Conseil devrait se multiplier. « Nous avons assisté à une vingtaine de conseils de crise, et toujours aucune solution à l'horizon. Cela ne fait que renforcer les ambitions du Parlement », a-t-elle déclaré.
Crise d'opinion publique
Outre la crise économique, les eurodéputés contactés par EurActiv ont déclaré que l'autre grand défi, en seconde place après la crise économique, serait de persuader le public du bien-fondé de l'intégration européenne.
Le leader du PPE, M. Daul, s'est exprimé sur le sujet : « Le deuxième défi [après la crise économique] concerne la méfiance croissante de bon nombre de nos concitoyens à l'égard du processus de la construction européenne. Ce sentiment est bien réel et le Parlement européen doit y répondre. »
Cet argument a été repris par le dirigeant libéral, M. Verhofstadt, qui a affirmé qu'en plus de la crise européenne, les eurodéputés devraient s'atteler à « regagner le soutien des populations envers la vision des pères fondateurs d'une Union intégrée des peuples d'Europe [...] Cela revient donc à se lever et à contrer les sentiments populistes et nationalistes qui commencent à émerger dans bon nombre d'Etats membres. »
Selon un sondage récent de l'Eurobaromètre, la confiance dans les institutions de l'Union européenne n'a fait que chuter depuis le début de la crise de la zone euro fin 2009. Le pourcentage d'Européens déclarant qu'ils « ont tendance à faire confiance » au Parlement est passé de 50 à 41 %, un chiffre qui reste toutefois plus élevé que pour le Conseil et la Commission.
Les désillusions du public vis-à-vis du Parlement sont évidentes. Lors des élections de 2009, le taux de participation a été de 43 %, le plus bas jamais enregistré au niveau européen. L'année dernière, l'image du Parlement a été ternie par le scandale des pots-de-vin qui a entraîné le départ de trois eurodéputés pour corruption et mené à l'élaboration d'un nouveau code de conduite.
Pour l'eurosceptique Jan Zahradil, la montée d'un sentiment anti-UE dans certains pays n'a toutefois pas vraiment eu d'impact sur le Parlement. Selon lui, « il s'agit bien entendu d'une erreur, dans la mesure où le rôle premier du Parlement est de refléter l'opinion des citoyens ».
« Il existe toujours une tendance forte à ne pas prendre au sérieux les changements d'opinion au sein de l'Union européenne. À mon avis, le Parlement continue de se bercer d'illusions [...] s'agissant de l'existence d'une certaine Europe fédérale », a-t-il affirmé.




