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Les eurodéputés enterreront l'ACAC le 4 juillet prochain

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Publié 22 juin 2012, mis à jour 03 septembre 2012

La commission du commerce international au Parlement européen a rejeté l'accord commercial anti-contrefaçon (ACAC) hier (21 juin), malgré les pressions exercées par le commissaire au commerce, Karel De Gucht, qui souhaitait que le Parlement ne se prononce pas avant que la Cour européenne de justice n'ait rendu son avis. Un vote en plénière est prévu pour le 4 juillet.

La commission du commerce international a voté à raison de 19 voix contre 12 pour rejeter l'ACAC. Il s'agit de la quatrième commission parlementaire à se prononcer en ce sens en moins d'un mois.

Ce vote a suivi un discours enflammé de M. De Gucht au Parlement la veille, lors duquel il a affirmé qu'il pensait que la Cour déciderait que l'ACAC était conforme aux traités de l'UE. Si la Cour donne bel et bien son assentiment, le commissaire a annoncé qu'il déposerait une seconde requête au Parlement.

Personne ne sait quand la Cour rendra sa décision, mais une telle procédure pourrait bien prendre deux ans.

« Vous devrez décider si le Parlement l'envisagera sous la législature actuelle ou la suivante », a-t-il déclaré.

Le vote de la commission a marqué une claire division entre les groupes politiques. Les socialistes, les libéraux, les verts et le groupe GUE/GVN de gauche ont rejeté l'ACAC. Le Parti populaire européen de centre-droit, le plus grand groupe du Parlement européen, et les Conservateurs et Réformistes européens (CRE) souhaitaient quant à eux attendre la décision de la Cour avant d'organiser un vote en plénière.

L'eurodéputé David Martin (S&D, R-U), qui remplace Kader Arif au poste de rapporteur du Parlement sur l'ACAC depuis que ce dernier a rejoint le nouveau gouvernement français, a salué l'issue du vote.

« Je me félicite du résultat du vote d'aujourd'hui. Je suis ravi que la commission parlementaire ait reconnu les problèmes que j'ai identifiés dans mon rapport et qu'elle ait suivi ma recommandation de rejeter l'[ACAC] », a-t-il déclaré.

Selon les eurodéputés qui se sont exprimés contre l'accord, le lobbying pro-ACAC devrait toutefois se poursuivre.

Le groupe libéral ADLE a souligné qu'il avait joué un rôle significatif en rejetant l'ACAC, dans la mesure où sans son vote, l'issue n'aurait pas été certaine. Des membres du parti ont en outre souligné que les votes qui avaient eu lieu jusqu'à présent revêtaient une signification politique, car le Parlement avait rejeté un accord déjà signé par la Commission.

Le parti UKIP eurosceptique de Nigel Farage a également voté contre l'ACAC.

Cinq associations du secteur de la transformation et de la création, UNI MEI, INTA, BASCAP, ISFE et IFPI, ont exhorté les eurodéputés à rétablir l'équilibre et l'honnêteté des débats en amont du vote du 4 juillet.

« Si le Parlement devait rejeter l'ACAC, un signal négatif serait envoyé aux partenaires commerciaux de l'Europe et aux investisseurs à travers le monde, surtout que le débat a été principalement alimenté par des rumeurs infondées et des informations erronées jusqu'à présent », ont-elles expliqué dans un communiqué.

Réactions : 

Le porte-parole du groupe S&D pour le commerce international, Bernd Lange, a déclaré : « Nous sommes prêts à commencer à travailler avec tous les groupes politiques pour trouver de meilleures manières de protéger les droits d'auteur et la créativité des entreprises et des fabricants européens sans mettre en danger les droits fondamentaux. Nous devrons toutefois d'abord clore le chapitre malheureux de l'ACAC. »

Cristiana Muscardini (PPE, Italie), la vice-présidente de la commission du commerce international au Parlement européen, a déclaré : « Il est regrettable que certains groupes politiques (S&D, ADLE, Verts) aient insisté pour que la commission du commerce international vote sur l'ACAC sans attendre l'avis de la Cour comme l'avait proposé le groupe CRE avec le concours du groupe PPE. L'ACAC a ses forces et ses faiblesses, mais pour que le Parlement européen puisse rendre un avis objectif dans le calme, il ne devrait pas uniquement prendre en compte les pressions exercées par les lobbies de l'informatique et de l'Internet. Nous savons en effet qu'à plusieurs reprises, ces secteurs ont favorisé et facilité la contrefaçon ou permis l'utilisation de produits interdits dans certains pays. »

Le coordinateur du groupe PPE, Daniel Caspary, a commenté après le vote : « Nous déplorons qu'une majorité d'eurodéputés au sein de la commission aient refusé d'attendre l'avis de la Cour européenne de justice demandé par la Commission. »

Le rapporteur fictif du groupe PPE, Christofer Fjellner, a ajouté : « Se contenter de voter contre l'ACAC en plénière comme le recommande aujourd'hui une majorité d'eurodéputés réglera peut-être certains problèmes posés par cet accord, mais pas les problèmes que l'ACAC a vocation d'aborder, comme la lutte contre les infractions à grande échelle des droits de propriété intellectuelle. La réponse n'est pas de voter contre l'ACAC, mais bien de demander à la Commission et aux Etats membres qui ont négocié l'accord de s'attaquer aux éléments problématiques et d'aboutir à un accord qui atteindrait ses objectifs sans entraîner de nouvelles préoccupations. J'aurais souhaité entendre l'avis de la CEJ avant que l'on se prononce sur l'accord. »

Niccolo Rinaldi (ADLE, Italie), a déclaré : « De cette première institutionnelle, je tire plusieurs leçons. D'abord, ce vote signifie que la voix des citoyens compte. [...] Ce vote montre que le Parlement est réceptif aux attentes des citoyens. »

« La seconde leçon à tirer est que l'ensemble des Institutions européennes, Commission et Conseil compris, doivent s'expliquer devant l'opinion et faire preuve de transparence dans la négociation. Les préoccupations de nos concitoyens doivent être relayées auprès de nos partenaires commerciaux et non pas occultées ou négligées. »

« Enfin, ce vote est un appel à la Commission européenne pour qu'elle prenne à bras le corps la question de la lutte contre la contrefaçon. Les démocrates et libéraux sont naturellement favorables aux droits à la propriété intellectuelle qui nécessitent d'être défendus par des instruments juridiques pertinents. »

Amelia Andersdotter (Verts/ALE, Suède), a déclaré : « Il revient à présent à la séance plénière d'enterrer l'ACAC. Nous espérons que le vote en plénière aura lieu avant l'été pour que nous puissions enfin tirer un trait sur cette saga et sur le processus de ratification. »

Helmut Scholz (GUE/GVN) a déclaré : « Cette journée marque une victoire pour la démocratie. » Selon lui, c'est « une ironie de l'histoire que l'ACAC mène aujourd'hui à une victoire pour la démocratie et récompense le travail volontaire de nombreux militants des mouvements civils et de défense des droits numériques, qui estimaient que ce traité menaçait les droits démocratiques ». Il a dénoncé l'ACAC comme « une tentative par certains de contrôler le plus grand nombre » et a rappelé que les eurodéputés étaient des représentants élus des citoyens de l'Union européenne.

Cinq associations du secteur de la transformation et de la création, UNI MEI, INTA, BASCAP, ISFE et IFPI, ont déploré ce vote.

« La recommandation de la commission du commerce international du Parlement européen selon laquelle le Parlement devrait rejeter l'ACAC est une déception pour les secteurs de la création, de l'innovation et de la transformation en Europe, qui emploient plus de 120 millions de personnes sur le vieux continent et dépendent des droits de propriété intellectuelle pour la croissance et la survie de leurs entreprises. »

« Plus de 130 organisations représentant ces secteurs en Europe ont exhorté le Parlement européen à attendre l'avis de la Cour de Justice de l'Union européenne avant de prendre une décision finale sur le traité. »

« Un vote qui suivrait la recommandation de la commission du commerce international et rejetterait l'ACAC reviendrait à faire fi de l'avis des secteurs concernés, des syndicats, des employés, de la Commission, du Conseil et des Etats membres. L'ACAC devrait être examiné avec attention et de manière responsable avant qu'une décision qui aura un impact significatif sur les relations commerciales et l'économie de l'UE ne soit prise », ont ajouté ces organisations dans un communiqué. 

Prochaines étapes : 
  • 3 juillet 2012 : débat sur l'ACAC en plénière à Strasbourg.
  • 4 juillet 2012 : vote en plénière.
Georgi Gotev - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Photo d’archive du parlement polonais
Contexte : 

L'ACAC a d'abord été annoncé fin 2007, lorsque les Etats-Unis, l'UE, la Suisse et le Japon ont fait savoir qu'ils négocieraient un nouvel accord sur la propriété intellectuelle pour lutter contre la contrefaçon des articles à l'échelle transfrontalière.

Selon les anciens négociateurs, les pays de l'UE souhaitaient conclure un accord sous l'égide de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), mais comme les membres ne parvenaient pas à se mettre d'accord, les nations qui le souhaitaient ont rédigé l'ACAC.

Les Etats-Unis ont signé ce traité de 52 pages en octobre dernier, en même temps que l'Australie, le Canada, le Japon, le Maroc, la Nouvelle-Zélande et la Corée du Sud. Le 26 janvier, 22 pays européens et la Commission européenne l'ont également signé (les pays non-signataires étant l'Allemagne, Chypre, l'Estonie, les Pays-Bas et la Slovaquie).

La Commission soutient l'ACAC et y voit des avantages pour les exportateurs et les créateurs européens. Elle affirme qu'ils bénéficieront de conditions de concurrence plus justes à l'échelle mondiale.

L'accord n'entrera en vigueur qu'après que six Etats signataires l'auront ratifié.

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