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Les services diplomatiques de l'UE « otages des contraintes budgétaires »

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Publié 11 février 2011, mis à jour 24 février 2011

Le Service européen pour l'action extérieure récemment créé risque de ne pas pouvoir tenir toutes ses promesses si les négociations sur le budget de l'UE après 2013 n'aboutissent pas à une augmentation des moyens financiers de l'Union européenne, ont déclaré des eurodéputés hier (10 février).

Lors de leur participation à un débat organisé par le Bureau des Conseillers de Politique européenne (BEPA), le groupe de réflexion interne de la Commission européenne, trois membres du Parlement européen ont exprimé leurs inquiétudes : à moins que les pays de l'UE ne comprennent que les nouvelles compétences de l'Union requièrent une nouvelle injection de liquidités pour être mises en œuvre, l'introduction de certaines des nouveautés du Traité de Lisbonne, comme le service européen pour l'action extérieure (SEAE), sera « mission impossible ».

« Il n'est pas judicieux de parler de neutralité budgétaire alors que nous avons besoin de remplir les caisses », a déclaré l'eurodéputé libéral allemand, Alexander Graf Lambsdorff.

L'eurodéputé socialiste italien, Roberto Gualtieri, a été encore plus loin, affirmant que si le budget de l'Union européenne était plafonné, le SEAE serait sûrement pris en otage dans une lutte sur le financement entre les Etats membres et le Parlement européen.

« Très difficile » d'investir dans le SEAE

« Si nous avons une part de 0,9 %-1 % du budget pour les coûts administratifs, il sera très difficile d'investir dans le SEAE », a déclaré M. Gualtieri.

Le nouveau service diplomatique de l'UE a été lancé le 1er décembre 2010, un an après l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne.

En termes de budget, le SEAE sera traité comme une institution européenne, dans la mesure où il bénéficiera de sa propre partie du budget de l'UE comme les autres institutions. Le budget devra être approuvé par le Parlement européen.

L'assemblée de l'UE exercera dès lors un contrôle budgétaire complet sur le SEAE, mais la Commission restera en charge des dépenses opérationnelles du service.

Selon M. Gualtieri, la Commission devrait s'appliquer davantage dans la mise en œuvre pratique de la politique étrangère de l'UE plutôt que de s'enliser dans la défense de son rôle bureaucratique.

Le nouveau secrétaire général du SEAE et ancien ambassadeur français à Washington, Pierre Vimont, s'est montré optimiste quant au fait que les Etats membres reconnaissent l'utilité du service.

Fini le nombrilisme

« Nous allons dans la bonne direction », a déclaré M. Vimont, soulignant que des partenaires internationaux s'étaient montrés encourageants s'agissant de la création du SEAE. Mais « nous devons agir rapidement et n’avons pas le temps de nous montrer nombrilistes », a-t-il dit. Il a également insisté sur la nécessité de se concentrer sur les questions importantes comme le besoin impératif d'une politique étrangère cohérente et forte pour l'UE.

« Nous devrions arrêter de nous observer et plutôt analyser la manière dont les autres nous regardent », a insisté l'ancien ambassadeur français.

Selon M. Vimont, les Etats membres sont impatients de discuter des mesures à prendre sur les nombreuses crises qui éclatent à travers le monde, dont celle qui ébranle l'Egypte.

Concernant la « révolution » égyptienne justement, M. Vimont a admis que l'UE n'avait pas et ne pouvait avoir une compétence exclusive en la matière, « et ni même en partager une » avec les Etats membres. « C'est une question qui doit être gérée entre les deux », a-t-il dit.

Pour reprendre les mots du secrétaire général du SEAE, l'Europe doit délivrer « un message unique, prononcé par les 27 » sur les sujets de politique extérieure.

Les affaires mondiales doivent à présent être gérées selon une approche intégrée. L'Europe est dans une position avantageuse par rapport à ses partenaires internationaux et elle peut formuer une réponse stratégique en utilisant les instruments économiques, diplomatiques, défensifs et de sécurité qui sont à sa disposition, comme ce fut le cas pour les problèmes de piraterie au large des côtes somaliennes, a expliqué M. Vimont.

Toutefois, les Etats membres doivent se détacher de l'éternel conflit entre l'approche communautaire et l'approche intergouvernementale, met-il en garde.

« Il est temps de réaliser que nous avons une opportunité unique de créer quelque chose d'acceptable pour les deux parties et d'intéressant pour la communauté internationale », tout en affirmant la puissance de l'Europe sur la scène mondiale, a déclaré M. Vimont, ajoutant qu'il serait regrettable de voir les petits pays de l'UE mis sur la touche par les six plus grands.

Contexte : 

Instauré par le Traité de Lisbonne, le service européen pour l’action extérieure (SEAE) est voué à donner un rôle plus important à l’Union en matière de politique étrangère. Mais son objectif et ses compétences ont fait l’objet d’un débat animé au sein des pays européens.

L’établissement du SEAE a également suscité une certaine nervosité de la part des institutions européennes. En particulier, la Parlement européen a démontré sa force et est parvenu à s'exprimer d’une seule voix en appelant à une approche plus communautaire.

En juillet dernier, les ministres des affaires étrangères européens ont donné leur approbation finale au SEAE, ouvrant ainsi la voie à la « naissance » du corps diplomatique d’ici décembre 2010. Depuis lors, l’attention s’est concentrée sur les questions budgétaires et sur le combat concernant l’attribution des postes à responsabilité.

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