Il existe des cas concrets de corruption en Afghanistan et au Kosovo, et si le Parlement n'en parle pas, un système similaire qui alimente la corruption pourrait être reproduit avec le SEAE, a déclaré l'eurodéputée allemande Franziska Brantner (groupe Verts/ALE) aux journalistes.
Il y a des représentants spéciaux de l'UE qui ont des budgets voyage d'environ 100 000 euros par mois. Et quand vous leur demandez "où allez vous?", vous n'obtenez aucune réponse, a-t-elle dit.
Mme Brantner, qui est "shadow rapporteur" pour son groupe sur le SEAE, a déclaré que des journalistes enquêtaient sur les opérations en Afghanistan et au Kosovo.
Dans le cadre du système actuel, vous avez seulement besoin de la signature du chef de mission, a dit l'eurodéputée allemande. C'est incroyable. Il n'y a pas de ligne budgétaire pour notre mission en Somalie. Nous ignorons combien a été dépensé en Somalie pour le personnel, pour la construction, etc… C'est très opaque, a-t-elle accusé.
Mme Brantner a déclaré que le traité de Lisbonne prévoyait une condition majeure pour le SEAE : qu'il soit cohérent.
La cohérence doit être le repère selon lequel nous jugerons les propositions faites. Jusqu'ici, ceci ne s'est pas produit, a-t-elle dit, faisant référence à l'organigramme qu'ont fait circuler les services de Mme Ashton et qui détaillait une chaîne de commandement très décousue pour les activités européennes de maintien de la paix.
Jusqu'à maintenant, le Conseil a utilisé le "centre Solana" pour la gestion des crises et la construction de la paix, qui d'après le nouveau modèle n'existera plus.
En particulier, Mme Brantner a pointé du doigt la CMPD, la nouvelle direction "Gestion des crises et planification", ainsi que le CPCC, la capacité civile de planification et de conduite responsable pour la mise en œuvre des missions, qui selon l'organigramme n'ont pas de hiérarchie commune, à part pour le secrétariat général d'EADS [European Aeronautic Defence and Space Company].
A ses yeux, le secrétaire général d'EADS apparaît comme étant un fonctionnaire qui détient plus de pouvoir que Mme Ashton elle-même.
Le CMPD et le CPCC continueront à recevoir de l'argent de la Commission dans le cadre de ce que Mme Brantner a décrit comme un système où personne n'est responsable.
L'idée de ceux qui sont à la tête de ces organes est de prendre l'argent et de l'utiliser pour eux-mêmes, a-t-elle dit.
Au contraire, elle a appelé à l'établissement d'un département de construction de la paix, qui intégrerait à la fois les opérations de la Commission et du Conseil – l'instrument de stabilité et le budget du CFSP – ainsi que les missions de l'UE.
Si vous ne le faites pas, nos parlementaires diront que vous n'obtiendrez pas d'argent, a-t-elle prévenu.
L'eurodéputée allemande a également pointé du doigt la France pour avoir proposé une structure de maintien de la paix décousue.
Les Français ont mis leur veto à toute intégration de ces institutions. Ils la bloquent réellement. Ils sont contre un secrétaire général qui en serait responsable. Pour eux, c'est Ashton qui devrait s'en occuper. Et c'est plus la position du ministère de la défense que celle du ministère des affaires étrangères, a-t-elle ajouté.




