Dans un communiqué, la Commission a cité László Andor, le commissaire européen en charge de l'emploi, des affaires sociales et de l'intégration, qui a expliqué que cette décision avait été prise « en raison de la situation très particulière que connaît l’Espagne en matière d’emploi ».
En effet, l'Espagne est le pays de l'UE qui enregistre le taux de chômage le plus élevé. En outre, la quatrième économie européenne a mis en œuvre des mesures strictes d'austérité afin d'éviter un renflouement similaire à celui qu'a reçu la Grèce.
L'Espagne, qui a toujours très bien accueilli les travailleurs d'autres pays, y compris ceux originaires des nouveaux Etats membres (voir « Contexte »), a été confrontée à une arrivée massive de travailleurs roumains (de 388 000 au 1er janvier 2006 à 823 000 au 1er janvier 2010).
Les Roumains qui vivent en Espagne sont très touchés par le chômage : 30 % d'entre eux sont sans emploi. En Espagne, 191 400 citoyens roumains étaient sans emploi au premier trimestre 2011, ce qui représente le nombre de chômeurs le plus élevé après celui des citoyens espagnols, souligne la Commission.
L'Espagne avait déjà ouvert son marché du travail aux travailleurs issus des deux nouveaux venus dans l'UE, la Roumanie et la Bulgarie. Cette décision est irréversible et les restrictions proposées ne sont donc introduites que sous la forme d'une clause de sauvegarde limitée dans le temps, à savoir jusqu'au 31 décembre 2012.
Si l'Espagne estime que les restrictions devraient être reconduites après cette date, elle devra formuler une autre requête motivée et l'introduire auprès de l'exécutif européen.
Mesure sans précédent
Interrogée par les journalistes, une porte-parole de la Commission a admis que les mesures prises par Madrid étaient sans précédent dans l'histoire de l'UE. Elle a toutefois précisé que ces restrictions ne concernaient que les nouveaux arrivants roumains souhaitant travailler dans le pays. Ceux-ci ne seront pas automatiquement refoulés, mais devront demander aux autorités espagnoles un permis de travail sur une base individuelle. Cette mesure ne concerne donc pas les Roumains déjà installés sur le territoire espagnol, a insisté la Commission.
Les chômeurs roumains qui bénéficient d'indemnités en Espagne ne perdront apparemment pas non plus ces dernières après la mise en application de ces mesures. Les règles qui s'appliquent aux Espagnols s'appliquent à eux aussi, a déclaré la porte-parole de la Commission.
La Roumanie a deux semaines pour réagir à la décision de la Commission qui a été adoptée par le collège des commissaires via une procédure écrite.
Colère
Cristian Diaconescu, vice-président du Sénat, la chambre haute du parlement roumain, a vivement critiqué l'Espagne et l'exécutif européen pour avoir pris cette décision, a rapporté la presse roumaine.
M. Diaconescu, leader de l'Union nationale pour le progrès de la Roumanie (UNPR), un petit parti qui supporte le président Traian Basescu, a affirmé que ces restrictions violaient les principes mêmes de l'Union européenne.
Il accuse le gouvernement espagnol de chercher un bouc émissaire pour ses performances « insatisfaisantes ». Concernant la Commission, M. Diaconescu a affirmé que l'exécutif européen avait pris parti contre certains citoyens de l'Union.
Il a également argué que la raison réelle des « perturbations » sur le marché du travail espagnol n'avait pas grand-chose à voir avec le nombre important de Roumains. Selon lui, la vraie raison réside dans le fait qu'il est extrêmement facile d'obtenir des indemnités de chômage en Espagne et que ces indemnités sont payées sur une « très longue période ».




