L'année 2013 sera suspendue pour l'Europe en raison des élections allemandes, une occasion que « les Français devraient utiliser pour parler d'Europe », a déclaré Michel Barnier à des journalistes français mercredi (9 janvier) à Bruxelles.
Alors qu'il présentait ses voeux à la presse, il a reconnu qu'un tel débat « sera conflictuel, mais ne pas en parler, c'est pire ». Il a ajouté que les prochaines élections européennes en 2014 pourraient voir la montée de partis extrêmes.
Les gouvernements des pays les plus touchés par la crise financière et économique ont été renversés à chaque élection, a fait remarquer M. Barnier. Il a mis en garde contre une crise politique imminente en 2014, sauf si les partis français traditionnels ouvraient le débat sur leurs attentes de l'UE.
« Mais personne n'en parle, comme si on avait l'Europe honteuse », a-t-il déclaré. « On rase les murs parce que c'est un débat difficile. »
Les Français sont de plus en plus sceptiques quant à l'intégration européenne. Ils ont rejeté une proposition de constitution européenne lors d'un référendum en 2005, sur fond de crainte d'immigration de masse de l'Europe de l'Est, caractérisée par l'archétype du « plombier Polonais ».
Depuis cette débâcle, les partis politiques traditionnels ont freiné les grands débats sur l'Union européenne. François Hollande, le président socialiste français, a jusqu'à présenté concentré sa politique européenne sur des mesures immédiates destinées à relancer la croissance économique.
Lors du dernier sommet de l'UE en décembre 2012, le président français a déclaré que la zone euro avait désormais regagné confiance grâce aux mesures adoptées ces six derniers mois. Il a reporté une nouvelle étape dans l'intégration européenne au-delà des élections européennes de mai 2014.
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Crainte du débat européen
M. Barnier a déclaré que cela pourrait manquer de vision au vu des élections européennes de 2014 pour les deux partis politiques traditionnels, à savoir l'UMP (centre droit) et le Parti socialiste (PS).
« Je pense qu'au PS comme à l'UMP il y a cette crainte de rouvrir le débat européen. Et pourtant, s'ils ne le rouvrent pas, ils perdront. Ils perdront parce que l'addition de Le Pen, Mélenchon et quelques autres sera plus forte, voilà ce que je pense. »
Le président français « devrait ouvrir le débat d'une manière ou d'une autre peut-être en demandant à M. Jospin et M. Juppé de faire un rapport préparatoire et ouvrir le débat », a-t-il poursuivi.
« Je suis sûr d'une chose. C'est que l'Allemagne va nous poser la question d'une nouvelle étape d'intégration » après les élections de septembre 2013, a-t-il ajouté. « Et il faudra être prêt à répondre. »
La contribution française au débat européen pourrait inclure des idées consensuelles en France, comme les euro-obligations qui mutualiseraient la dette, la politique industrielle ou la réciprocité dans les échanges, a laissé entendre le commissaire européen. Les questions sociales soulevées par l'intégration économique européenne sont également partagées par la plupart des partis politiques en France. Ils dénoncent la position ultralibérale de la Commission européenne sur l'économie.
Partisan de l'intégration politique, Michel Barnier a soutenu des idées fédéralistes comme la nomination d'un président unique à la tête de la Commission européenne et du Conseil qui représente les États membres de l'UE.
Il a toutefois mis en garde contre le lancement de grandes réformes institutionnelles pour le moment. « J'ai évoqué ces idées de réformes institutionnelles, je n'ai pas peur de ce débat », a-t-il déclaré. « L'inquiétude que j'ai c'est qu'on se remette sur des questions institutionnelles alors qu'il y a tant d'inquiétude sociale et économique. Donc je n'en ferai pas une priorité. »
Le commissaire français a expliqué qu'il présenterait ses propres propositions dans les mois qui viennent dans un nouveau « contrat social européen ».




