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Nicolas Sarkozy mise sur le nationalisme pour sa campagne électorale

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Publié 12 mars 2012, mis à jour 20 avril 2012

Le président français, Nicolas Sarkozy, le champion de l'intégration européenne lors de la présidence de la France du Conseil de l'UE en 2008, semble changer son fusil d'épaule. Il a en effet prononcé un discours nationaliste dans le but de gagner des voix pour les futures élections du 6 mai prochain.

Devant 30 000 personnes rassemblées hors de Paris hier (11 mars), M. Sarkozy a promis de faire sortir le pays de l'espace Schengen de libre circulation si les règles régissant le traité n'étaient pas modifiées pour que les décisions soient prises par les pays et non pas par « des technocrates et des tribunaux ».

A propos de la Grèce, il a affirmé qu'un pays qui avait des difficultés à contrôler ses frontières devrait être exclu de l'espace Schengen.

« Les accords de Schengen ne permettent plus de répondre à la gravité de la situation. Ils doivent être révisés. Il faut mettre en oeuvre pour Schengen une réforme aussi structurelle que celle que nous venons de mettre en oeuvre pour l'euro », a-t-il déclaré dans le centre de conférence de Villepinte.

« Il faut pouvoir sanctionner, suspendre ou exclure de Schengen un Etat défaillant comme on peut sanctionner un Etat de la zone euro qui ne remplirait pas ses obligations. »

M. Sarkozy a même laissé entendre que la France devrait quitter l'espace Schengen si les changements souhaités n'étaient pas mis en oeuvre d'ici un an.

« Mais si je devais constater que dans les douze mois qui viennent, il n'y avait aucun progrès sérieux dans cette direction, alors la France suspendrait sa participation aux accords de Schengen jusqu'à ce que les négociations aient abouti », a-t-il affirmé.

Le président est au coeur d'une campagne difficile et il est pour l'instant derrière son rival François Hollande dans les sondages, en amont du premier tour le 22 avril prochain qui devrait propulser les deux hommes dans un second tour le 6 mai.

Rassemblement à l'américaine

A Villepinte, l'équipe de campagne de M. Sarkozy a organisé un rassemblement très proche de ceux que l'on peut voir lors des élections américaines. M. Sarkozy a fait référence aux Etats-Unis de la Grande Dépression pour plaider en faveur de l'adoption d'un « Buy European Act » sur le modèle du « Buy American Act » de 1933 promulgué par le président Herbert Hoover lors de son dernier jour au pouvoir. Cet Acte obligeait le gouvernement américain à favoriser les produits américains.

S'il n'était pas possible d'appliquer de telles mesures à l'échelle de l'UE, M. Sarkozy a affirmé qu'il agirait de manière unilatérale s'il était élu.

« Alors, je pose solennellement la question, pourquoi ce que les Etats-Unis, pays le plus libéral du monde, s'autorisent, l'Europe se l'interdirait. La France demandera que l'Europe se dote d'un « Buy European Act » sur le modèle du « Buy American Act ». Ainsi bénéficieront de l'argent public européen, les entreprises qui produiront en Europe », a-t-il expliqué.

« Si dans les douze mois qui viennent aucun progrès sérieux sur l'exigence de la réciprocité avec nos principaux partenaires n'était enregistré, alors la France appliquera unilatéralement cette règle jusqu'à ce que les négociations aboutissent. »

M. Hollande, en tête dans les sondages, a accusé M. Sarkozy de ne pas présenter de nouvelles idées aux Français et de faire de l'Europe un bouc émissaire.

« Ce devait être un grand moment où il allait présenter son bilan et son projet [mais] il n'en a rien fait », a déclaré M. Hollande.

Selon les sondages, M. Sarkozy a réduit l'écart et se rapproche de M. Hollande.

Le dernier sondage de Harris Interactiv attribue 25 % d'intentions de vote à M. Sarkozy, contre 27 % pour M. Hollande. La candidate d'extrême droit, Marine Le Pen, présidente du Front National, arrive troisième avec 18 %, suivie du centriste François Bayrou à 13 %.

M. Sarkozy tente de récupérer des électeurs nationalistes de Mme Le Pen, ce qui l'a poussée à fustiger M. Sarkozy pour avoir contribué à la mise en place de la « dictature de l'Europe » qu'il prétend combattre aujourd'hui selon elle. « La France est forte, mais affaiblie par l'Europe, elle est affaiblie par la dictature de l'Europe, et cette dictature, Nicolas Sarkozy, il a contribué à la mettre en place et il a contribué à l'inscrire dans le marbre », a-t-elle affirmé.

Les médias français ont quant à eux commenté l'intervention de M. Sarkozy à Villepinte, laissant entendre que M. Hollande pourrait à présent passer pour un « réformiste modéré » auprès des leaders européens en comparaison au président sortant.

Ces derniers jours, M. Hollande a été vivement critiqué après avoir annoncé qu'il renégocierait le pacte budgétaire sur la gouvernance économique une fois élu. Selon la presse, les dirigeants britannique, allemand et espagnol auraient refusé de rencontrer le candidat socialiste en raison de sa position sur les affaires européennes [plus d'infos]. 

EurActiv.com - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Contexte : 

Les Français se rendront aux urnes pour élire leur président le 22 avril pour un premier tour et le 6 mai pour un second tour, le cas échéant. Après avoir remporté les primaires de son parti en octobre 2011, le candidat socialiste, François Hollande, s'en sort plutôt bien dans les sondages et est presque toujours devant le président sortant, Nicolas Sarkozy.

Ce n'est pas la première fois que M. Hollande se retrouve face à M. Sarkozy dans un bras de fer électoral. En 1999, ils étaient tous deux têtes de liste de leurs partis respectifs lors des élections européennes. Les socialistes avaient alors remporté le vote avec 22 % des voix.

M. Hollande a siégé au Parlement européen pendant six mois. Il a ensuite décidé de se concentrer sur la politique nationale et est devenu maire de Tule en 2001 et député en 2002, tout en continuant d'assumer ses fonctions de premier secrétaire du Parti socialiste.

Les hommes politiques et les militants socialistes se sont divisés sur l'infortuné Traité constitutionnel, rejeté par les Français lors d'un référendum tenu le 29 mai 2005. M. Hollande, qui était favorable au traité, est sorti affaibli de cette épreuve et avait vu s'éloigner ses chances d'être désigné candidat pour les présidentielles de 2007.

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