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Un « oui » irlandais retentissant au traité européen de Lisbonne [FR]

Publié 03 octobre 2009
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Un électeur irlandais sur deux a approuvé le traité réformateur de l’UE, sortant l’Europe de sa crise institutionnelle après des années de revers démocratiques et de blocages. Tous les regards sont désormais braqués sur le président eurosceptique tchèque, Vaclav Klaus, qui doit encore signer le traité.

Les résultats finaux montrent que 67,1 % de l’électorat a voté en faveur du traité, tandis que 32,9 % a voté contre. Par rapport au référendum de 2008, cela représente une poussée de 20 % en faveur du « oui ». La participation était de 58 %, en augmentation d’environ 6 %.

Prague et Varsovie : la pression monte 

A Bruxelles, les partis politiques de tous bords se tournent maintenant vers le président tchèque Václav Klaus pour qu’il signe le traité de Lisbonne et le fasse entrer en vigueur. Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a déclaré que tous les Européens soutenaient désormais le traité de Lisbonne, de manière directe ou indirecte. 

M. Klaus a déclaré vouloir reporter son approbation jusqu’à la décision relative au recours introduit par 17 sénateurs et portant sur la constitutionnalité du traité (EurActiv 30/09/09). 

Samedi (3 octobre), le président tchèque a refusé d’expliquer la manière dont il procéderait à la ratification après le résultat irlandais. La question ne se pose pas aujourd’hui, a-t-il dit. Aujourd’hui, je m’en tiens à une interdiction jusqu’à ce que la Cour constitutionnelle se prononce, a-t-il dit aux journalistes.

La ratification finale aura lieu en Pologne, où le président Lech Kaczyński a déclaré qu’il était prêt à ratifier le traité si l’Irlande votait « oui ».

Le premier ministre tchèque Jan Fischer a déclaré qu’il croyait que le pays compléterait la ratification avant la fin de l’année, selon une déclaration du gouvernement. Le premier ministre est convaincu que la ratification sera achevée de manière à ce que le traité de Lisbonne puisse entrer en vigueur avant la fin de 2009, selon la déclaration.

De nombreux analystes politiques s’attendent à ce que M. Klaus cède à la pression européenne pour signer le traité avant la fin de l’année, aidant les Vingt-sept à s’affirmer encore plus sur la scène internationale alors que l’équilibre mondial des pouvoirs se modifient à la suite de la crise financière.

Sommet de l’UE le 29 octobre

Un sommet des dirigeants de l’UE est prévu à Bruxelles le 29 octobre, lors duquel M. Klaus devrait être soumis à de fortes pressions pour ratifier.

Nous avons un sommet à la fin octobre, et cela pourrait être le moment rêvé pour ce genre de discussion, a affirmé Fredrick Reinfeldt, premier ministre suédois et actuel titulaire de la présidence de l’Union européenne.

Avec le vote « oui », les chances de voir l’Europe devenir une union mieux organisée et plus écoutée dans les affaires mondiales augmentent sensiblement.

Le traité donnerait à l’UE un président à long terme et un haut représentant pour la politique étrangère.

La crise économique a soutenu le vote « oui »

On s’attendait à ce que davantage d’électeurs soutiennent le traité cette fois-ci, en raison notamment de la crise économique, dont l’UE a aidé à réduire l’impact. La Commission européenne a proposé 14,8 millions d’euros pour aider les travailleurs de l’usine irlandais de Dell le 19 septembre, quelques semaines avant le vote (EurActiv 21/09/09).

L’humeur au sein du principal centre de décompte des votes était radicalement différente de celle de l’année dernière, lorsque les responsables assistaient incrédules au rejet par les électeurs du traité réformateur, bridant les ambitions de politique étrangère d’une union de 495 millions de personnes.

L’ambiance était calme après une campagne tendue qui a opposé les principaux partis politiques irlandais contre les groupes anti-avortement, les pacifistes et les eurosceptiques britanniques.

L’approbation de l’Irlande représente une aubaine pour l’économie du « Tigre celtique », qui a évité un naufrage à l’islandaise grâce à son adhésion à l’eurozone. Elle compte toujours sur la bonne volonté de Bruxelles et de Francfort pour sa relance future.

De nombreuses personnes en Irlande luttent pour intégrer la problématique du chômage, des hausses de taxes et de la possibilité d’une baisse des allocations de sécurité sociale dans le prochain budget de rigueur.

Les coûts d’emprunt irlandais devraient chuter et ses stocks bancaires augmenter  lundi grâce au « oui », si l’on se fie à des prédictions d’avant-vote.

Gary Finnegan (EurActiv) a suivi de près les derniers évènements en direct sur son blog, où les lecteurs d’EurActiv peuvent soumettre leurs commentaires et observations.  (EurActiv avec Reuters. Traduit de l’anglais par EurActiv)

Réactions : 

Le premier ministre irlandais (TaoiseachBrian Cowen a salué l’obtention des garanties au sommet du Conseil européen de juin, ce qui a permis d’assurer un solide vote positif. Aujourd’hui, nous avons fait le bon choix pour notre futur et celui de nos enfants, a-t-il dit. Il a ajouté que ceux qui avaient voté « oui » avaient voté pour une Irlande et une Europe plus fortes, plus justes et meilleures. Il a remercié ses homologues politiques, au gouvernement et dans l’opposition, qui ont fait campagne pour le « oui ».

Je suis ravi pour le pays. Cela ressemble à une victoire convaincante du camp du « oui », a déclaré le ministre irlandais des Affaires étrangères Micheal Martin à la radio nationale. M. Martin a dit que les deux tiers des électeurs avaient cette fois-ci soutenu le traité grâce à une campagne d’information plus constructive. Il a affirmé que les militants pro-Lisbonne s’étaient tenus à l’écart de toute propagande et avaient remporté la victoire sur la base de débats constructifs.

Il a aussi reconnu l’importance des garanties accordées à l’Irlande par les dirigeants européens en juin. L’Union européenne a bien travaillé pour l’Irlande en juin, et les gens ont accepté ce nouveau paquet. L’Union fonctionne mieux quand elle écoute et s’adapte aux inquiétudes de chaque Etat membre. Je suis reconnaissant à nos collègues européens pour leur réponse positive et constructive à nos sujets d’inquiétude, a déclaré M. Martin.  

Le basculement en faveur du traité est une conséquence de la récession et montre que le lien a été bien compris entre l’avenir économique de l’Irlande et celui des autres pays européens, a déclaré le ministre irlandais des Finances, Brian Lenihan. Nous affrontons de sérieux défis économiques, a affirmé M. Lenihan au diffuseur national RTE, samedi. Le gouvernement n’est pas occupé à s’autoféliciter. Nous sommes dans une mauvaise passe économique, c’est précisément pourquoi les gens ont voté « oui », a-t-il expliqué.

Le président de la Commission européenneJosé Manuel Barroso, a aussi présenté les résultats comme étant une approbation de la réponse coordonnée de l’UE à la crise financière. Ce soutien au traité montre la valeur de la solidarité européenne et je me réjouis du résultat obtenu en Irlande, a déclaré M. Barroso, qui préside l’exécutif de l’UE, selon les journalistes. Voilà qui montre la réponse très positive que l’Europe apporte à la crise économique et financière.

Le premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, dont le pays occupe actuellement la présidence tournante de l’UE, a déclaré être ravi par l’issue très positive du référendum irlandais. Je crois fermement que le traité de Lisbonne rendra l’Union élargie plus démocratique, plus efficace et plus transparente, a-t-il déclaré. Il est maintenant important de mettre le traité en place. Le Conseil européen est unanime dans sa volonté de de voir le traité entrer en vigueur avant la fin de l’année, a-t-il affirmé.

Mais le traité ne peut entrer en vigueur avant que tous les Etats membres ne l’aient ratifié. Nous sommes en contact avec la Pologne et la République tchèque. Je comprends que le président polonais signera l’acte légal incessamment et j’ai invité le premier ministre tchèque Fischer et le président de la Commission Barroso à une réunion, pour mercredi à Bruxelles. Nous y discuterons de la situation et verrons quelles actions peuvent être prises pour faire progresser la situation.

Richard Greene, porte-parole du Coir, un groupe catholique extrémiste qui s’est opposé au traité, a déclaré que « on dirait un vote « oui ». Je veux fraterniser et compatir avec toutes les personnes qui ont consenti de grands efforts par amour pour leur pays. Pour M. Greene, il s’agissait d’un duel « David contre Goliath » étant donné les ressources financières disponibles aux partisans du « oui ». La lutte pour tuer ce traité n’est pas terminée. Le président Klaus devrait attendre le référendum anglais avant de signer le traité.

Nous sommes extrêmement déçus que la voix du peuple n’ait pas été entendue la première fois, a ajouté M. Greene, dont le groupe est l’un des opposants les plus visibles au traité.

Piotr Maciej Kaczyński, chargé de recherche au Centre for European Policy Studies (CEPS), a affirmé à EurActiv que le vote « oui », s’il est confirmé, va raviver le processus de ratification. Le président tchèque, M. Klaus, est maintenant la dernière personne à reporter le processus, mais personne ne peut arrêter le cours des choses désormais.

Cependant, il a averti les europhiles de ne pas se laisser emporter par l’enthousiasme : en même temps, nous ne devrions pas  surestimer le vote « oui », car il arrive à une époque de profonde récession économique en Irlande. Ce n’est pas la liesse pour l’Europe, c’est la peur des conséquences économiques d’un « non », a-t-il expliqué.

Le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a salué le résultat en Irlande en répondant que l’Europe est revenue sur le droit chemin. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire, a-t-il ajouté. 

Nous devons maintenant commencer à surmonter les difficultés, a-t-il poursuivi. Nos citoyens s’inquiètent des problèmes de l’énergie, du chômage montant, de la migration et des problèmes démographiques. Nous pouvons le faire ensemble à l’avenir, comme dans le passé. Tous basés sur le principe de solidarité, a dit M. Buzek. 

Nous ne devrions pas négliger tous ceux qui ont choisi de voter « non ». C’est notre habitude et notre usage de penser à tous les Européens. Je peux vous assurer que je travaillerai dur à vous faire sentir que ceci est notre Europe commune, a-t-il ajouté.

Joseph Daul, président du groupe PPE  de centre-droit au Parlement européen, a félicité le leader du Fine Gael, M. Enda Kenny, pour avoir mené la campagne du « oui » et pour avoir fait preuve d’une véritable autorité politique en plaçant les intérêts de l’Irlande au-dessus des pures considérations politiques. Cette décision appuie le traité de Lisbonne et donne des garanties à notre avenir commun avec une Union européenne plus démocratique et plus efficace et assure que l’Irlande reste au centre du processus européen de prise de décision, a déclaré M. Daul. J’attends impatiemment l’achèvement du processus de ratification dans les semaines à venir. J’appelle la Pologne et la République tchèque à ratifier sans plus attendre.

Martin Schulz, leader du groupe des socialistes et démocrates au Parlement européen, a salué le vote irlandais et a appelé les eurosceptiques, dont le président tchèque Václav Klaus, à respecter ce résultat.

L’eurodéputé espagnol Ramón Jáuregui, le porte-parole des S&D sur les affaires constitutionnelles, a affirmé que le « oui » irlandais ouvre la voie à l’Europe dont nous avons besoin au 21e siècle et met fin à cinq ans d’incertitude et de transition dans la cadre juridique et politique de l’Union, selon ses mots.

Il nous faut une Europe plus forte et plus unie pour jouer notre part dans la gouvernance du monde, et dans la résolution des problèmes majeurs que l’humanité connaît, a-t-il ajouté.

Guy Verhofstadt, le meneur du groupe libéral ADLE au Parlement européen, a déclaré : Aujourd’hui est un jour magnifique pour l’Europe. Aujourd’hui est le premier jour d’un nouvel avenir pour l’Europe, unie, démocratique, efficace et forte. Avec ce nouveau traité, l’Union européenne sera capable d’affronter d’importants problèmes tels que la crise financière et économique d’une façon européenne, cohérente et efficace. Nous pourrons parler d’une seule voix dans le monde et donner les réponses qu’attendent les citoyens, a-t-il déclaré.

Il est temps maintenent de mener ce processus à bien et de mettre la main à la pâte comme les citoyens l'attendent. Je m’attends maintenant à ce que chacun prenne sa responsabilité pour que le traité puisse entrer en vigueur dès que possible, a ajouté M. Verhofstadt.

Le groupe antifédéraliste au Parlement européen, le Groupe des conservateurs et des réformateurs européens (ECR) a averti que la ratification du traité de Lisbonne n’est pas encore finie et que les leaders européens ne devraient pas préjuger des processus constitutionnels de la République tchèque ou de la Pologne. 

Les institutions européennes ont consacré temps et ressources en quantité à s’assurer d’un vote positif, et les interventions de la Commission européenne dans ce débat interne ont été très regrettables et non démocratiques, a déclaré le président de l’ECR, l’eurodéputé Michal Kaminski. Les Irlandais ne se sont pas ralliés en masse au traité ; ils ont été contraints de l’accepter, a-t-il dit.

L’eurodéputé Timothy Kirkhope, président adjoint du groupe ECR, a déclaré qu’au Royaume-Uni, le Parti conservateur continuera à demander à Gordon Brown d’honorer son engagement à soumettre le traité à un référendum. Nous sommes toujours persuadés que le traité de Lisbonne pousse trop en avant l’intégration européenne. Les Anglais veulent que l’UE se focalise sur les secteurs où elle donne une valeur ajoutée à leur vie, mais ne veulent pas de cette reptation sournoise vers une Europe fédérale.

Open Europe, un groupe ayant fait campagne contre le traité, a affirmé que le résultat marquait un jour de tristesse pour la démocratie en Europe. Les élites de l’UE vont sabrer le champagne et se congratuler mutuellement pour avoir réussi à intimider l’Irlande et la faire changer d’avis sur ce traité non démocratique. Mais M. et Mme Tout-le-monde en Europe n’accueillera pas bien cette nouvelle, puisqu’on ne leur a jamais donné une chance d’avoir leur mot à dire sur le traité. Nous devrions tous nous inquiéter de la manière dont les leaders de l’UE ont fait pour nous faire adopter ce traité de force.

L’ancien président du Parlement européen, Pat Cox, qui a mené une campagne « Ireland for Europe », a affirmé que la prochaine Commission européenne donnerait une réponse aux inquiétudes sur les droits des travailleurs qui ont surgi lors de la campagne. M. Cox, que certains voient comme un potentiel commissaire européen, a déclaré que 'organisation' et 'explication' avaient fait peser la balance du bon côté. Le résultat reflète un vote adulte du public irlandais, a-t-il dit. 

L’eurodéputé de gauche Joe Higgins a affirmé que le résultat est une importante réalisation pour la campagne du « non », étant donné que l’ordre établi en politique, dans les affaires et dans les médias poussaient vers le vote « oui ». Il a déclaré que les militants anti-Lisbonne avaient été surpassés par un effort abondamment alimenté par le gouvernement et le monde des affaires. Il a aussi critiqué l’implication de la Commission européenne dans un référendum irlandais.

Lothar Bisky, leader du bloc de gauche GUE/NGL au Parlement européen, a affirmé que le traité de Lisbonne représente une « perversion néo-libérale de la pensée politique » en Europe et le nombre de « Non » démontre le sérieux des préoccupations d'une grande partie de la population concernant l'orientation politique dans l'UE.

'Europe for Ireland' affirme que l’Irlande restera maîtresse de son propre destin en Europe. 

La grosse majorité reflète le souhait clair du peuple irlandais de continuer à jouer un rôle actif dans le développement de l’Union européenne et à collaborer avec nos partenaires en Europe pour affronter ces défis, selon 'Europe for Ireland'. Nous respectons nos concitoyens qui ont voté « non » et nous croyons que l’avenir montrera que leurs pires craintes sur le traité ne sont pas fondées. L’Irlande restera maîtresse de sa destinée en Europe, selon eux.

Le premier ministre anglais Gordon Brown a affirmé que le vote irlandais sera bon pour le Royaume-Uni et bon pour l’Europe. Nous pouvons maintenant collaborer pour nous concentrer sur les questions qui comptent pour les Européens : une reprise économique soutenue, la sécurité, la pauvreté dans le monde et l’action contre le changement climatique, a-t-il dit.

Le leader conservateur anglais David Cameron a déclaré qu’il voulait toujours organiser un référendum sur le traité de Lisbonne dans son pays. Le traité n’a toujours pas été ratifié par les Tchèques et les Polonais. Le premier ministre tchèque a dit que la résolution de la contestation de la constitutionnalité devant la Cour constitutionnelle tchèque pourrait prendre de 3 à 6 mois. J’ai déjà répété que je voulais nous organiser un référendum, a-t-il conclu.

Prochaines étapes : 
  • 29 oct. : sommet de l'UE à Bruxelles
Contexte : 

L’actuelle incertitude institutionnelle sur le traité de Lisbonne a commencé pour de bon avec le rejet du texte par les électeurs irlandais, lors d’un référendum en juin 2008 (EurActiv 13/06/08). Cependant, le gouvernement irlandais s’est engagé à organiser un second référendum, fixé au 2 octobre 2009, après avoir obtenu plusieurs concessions clé des leaders européens (EurActiv 12/12/08).

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