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La controverse et l’aigreur liées au traité de Lisbonne font toujours rage en Irlande à la suite de la visite officielle du président tchèque Václav Klaus cette semaine (10-12 novembre).
L’Irlande a rejeté le traité de Lisbonne lors d’un référendum en juin 2008 (EurActiv 13/06/08), précipitant l’UE dans une autre crise constitutionnelle.
Même si un second référendum devrait se tenir en 2008 sous une forme ou une autre (EurActiv 21/10/08), l’Irlande n’a pas encore spécifié comment elle comptait procéder.
De son côté, la République tchèque, qui assume la présidence de l’UE en janvier 2009, n’a pas encore ratifié le traité et, selon toute vraisemblance, ne le fera pas avant la fin de l’année (EurActiv 11/11/08).
Le président tchèque Václav Klaus est un eurosceptique notoire (EurActiv 18/02/08). Ses rencontres à Dublin avec Libertas, un groupe irlandais opposé au traité de Lisbonne (EurActiv 26/09/08) ont suscité un scandale diplomatique en Europe en début de semaine.
L’ouragan diplomatique provoqué par la visite de M. Klaus s’est intensifié lorsqu’un certain nombre de personnalités politiques irlandaises de haut niveau ont exprimé leur indignation par rapport à l’intervention inappropriée du président tchèque dans le cadre du débat national lié au traité de Lisbonne. M. Klaus leur a rendu la pareille, qualifiant le ministre irlandais des Affaires étrangères d’hypocrite.
Une visite gênante qui attise le feu du traité de Lisbonne
La visite de trois jours de M. Klaus a tourné à la controverse quand le dirigeant tchèque a rencontré à Dublin l’Irlandais Declan Ganley, militant notoire en faveur du « non » au traité de Lisbonne (EurActiv 11/11/08).
Les représentants irlandais, tout d’abord en privé puis devant les médias, ont dénoncé les agissements de M. Klaus en des termes on ne peut plus clairs. Le leader irlandais de l’opposition Enda Keny a qualifié la visite de gênante et a indiqué qu’elle aurait dû être complètement annulée. Micheál Martin a indiqué que les commentaires très politiques du président tchèque constituaient une intervention « déplacée » dans les discussions de l’Irlande avec ses partenaires de l’Union européenne.
M. Klaus a répliqué qu’il ne pouvait pas accepter une telle « hypocrisie », ajoutant que le problème de la démocratie, qui est « en train de disparaître en Europe », semble être plus grave que prévu au vu des réactions de Micheál Martin.
Le président tchèque n’a pas hésité à comparer M. Ganley aux dissidents de son propre pays à l’époque soviétique.
Préoccupations au sujet de la présidence tchèque de l’UE
Parallèlement, à Bruxelles, les eurodéputés ont exprimé leur préoccupation quant aux répercussions qu’aura la visite de M. Klaus sur la future présidence tchèque de l’UE.
L’eurodéputé socialiste autrichien Hannes Swoboda a déclaré que les rencontres du président tchèque étaient scandaleuses, soulignant qu’il s’agissait du pire départ possible pour la République tchèque, qui occupera la présidence de l’UE pendant six mois.
Toutefois, reste à voir quelles répercussions réelles aura la visite de M. Klaus sur la présidence tchèque. Le président tchèque a un pouvoir politique limité, ce qui pousse les cercles européens à croire que cette visite controversée en Irlande n’aura sans doute pas d’influence sur les plans déjà mis en route à Prague et à Bruxelles.
La semaine dernière, la Cour constitutionnelle tchèque a toutefois reporté sa propre décision quant à la constitutionnalité du traité de Lisbonne suite à une intervention personnelle du président Klaus. En conséquence, il est peu probable que le gouvernement tchèque parvienne à ratifier le traité avant le début de sa présidence, comme l’UE l’espérait.
L’eurodéputé irlandais Brian Crowley (UENG) a indiqué que le président tchèque avait brisé un protocole bien établi en participant au véritable lancement du parti paneuropéen Libertas à Dublin. Il a ajouté que M. Klaus abusait du résultat du référendum sur le traité de Lisbonne en Irlande pour promouvoir un agenda eurosceptique.
L’eurodéputé irlandais de centre droit Jim Higghins (PPE) a déclaré à EurActiv qu’il était « stupéfait que le président tchèque ait accepté l’invitation à dîner du fondateur de Libertas étant donné que la campagne anti-Lisbonne de M. Ganley a fortement entaché la réputation de l’Irlande en tant que membre fier et responsable de l’Union européenne ». Selon lui, « la décision du peuple irlandais d’accepter la logique de la campagne anti-Lisbonne de M. Ganley aura des implications majeures sur le statut et le rôle de l’Irlande ainsi que sur le respect des 26 autres Etats membres à son égard ».
Dans un communiqué de presse, le groupe irlandais anti-Lisbonne Libertas a attaqué ce qui constitue à son avis une bafouille incohérente et hargneuse de la part de « l’establishment » politique en Irlande, signalant que le président Klaus lui-même s’était affiché en faveur des citoyens irlandais qui ont rejeté le traité de Lisbonne. Selon Libertas, le fait que M. Klaus sera le prochain président du Conseil de l’UE s’avère d’autant plus significatif.
Dick Roche, ministre d’Etat irlandais pour les Affaires européennes, a estimé que les louanges de M. Klaus à l’égard du « dissident » M. Ganley était malavisées, mal renseignées et insultantes envers la nation irlandaise, qui dispose d’une longue tradition de vie politique démocratique et de liberté d’expression.
L’eurodéputé allemand Jo Leinen a estimé que le comportement de M. Klaus est sans précédent dans les 50 ans d’histoire de l’UE.