L’Europe en crise
Un Sarkozy audacieux, qui n’a pas lu son discours, n’y est pas allé par quatre chemins en déclarant clairement que l’Europe actuelle était en situation de « crise » suite au rejet du traité de Lisbonne lors du référendum irlandais.
« Nous portons tous une grande responsabilité : comment sortir l'Europe de la crise où elle se trouve ? », a-t-il demandé, indiquant la nécessité d’une Union européenne unie dans un contexte si crucial. Il a affirmé que le Parlement européen comportait des responsables politiques des 27 pays de l’Union, quelle que soit leur orientation politique. Il faut voir nos différences comme une force au service d’une Union européen souffrante, a-t-il exhorté.
Destination Irlande : une mission sans pression ?
M. Sarkozy a indiqué que sa première visite à l’étranger dans sa nouvelle fonction européenne serait en Irlande, le 21 juillet, mais il a souligné qu’il ne comptait pas faire pression sur le gouvernement irlandais. D’après lui, il serait présomptueux qu’un Français se permette de juger le « non » irlandais étant donné les « non » néerlandais et français. Il a déclaré qu’il se rendra en Irlande afin d’écouter, d’engager le dialogue et d’essayer de trouver des solutions avant de conclure que la présidence française aura pour tâche de proposer une méthode.
Mais tout en rappelant qu’aucune pression ne sera exercée sur l’Irlande, il a souligné qu’il est urgent de trouver une solution. Selon lui, il est indispensable de dire aux citoyens européens sur quelle base juridique seront organisées les élections européennes de 2009 : sur la base du traité de Lisbonne ou du traité de Nice. De plus il a clairement fait savoir qu’il n’y aurait pas de nouvelles conférences intergouvernementales ni de nouveau traité, ajoutant qu’il espère trouver une solution, en accord avec le gouvernement irlandais, en octobre ou en décembre.
L’élargissement en échange du traité : un accord équitable
En rattachant l’avenir du nouveau traité à l’élargissement de l’UE, M. Sarkozy a déclaré qu’alors que l’expansion de 2004 avait été une réussite même s’il regrette personnellement l’absence de réforme des institutions européennes qui aurait été nécessaire pour anticiper les conséquences de l’élargissement. « Nous ne devons pas reproduire la même erreur, si nous restons à Nice, c'est l'Europe des 27 », a-t-il averti.
Faisant indirectement allusion à la République tchèque et à la Pologne, qui hésitent encore à approuver le traité, le président français a déclaré que les pays les plus favorables à l’élargissement ne peuvent pas refuser le traité de Lisbonne tout en continuant d’appeler à l’expansion de l’UE. Il a répété que le traité et l’élargissement constituaient la seule option. Ce n’est pas une question de chantage, nous ne faisons pas de chantage en Europe, a-t-il indiqué avant de conclure : c’est une question de cohérence.
Les dirigeants accusés
M. Sarkozy a déploré le fait que certains dirigeants politiques sont réticents à défendre en public les décisions qu’ils prennent à Bruxelles. Il est allé jusqu’à accuser des dirigeants de faire preuve de « lâcheté » en ajoutant qu’il a déclaré au président polonais que ce dernier a un devoir politique mais surtout moral de signer le traité de Lisbonne dans la mesure où il était chargé de le négocier.
Pas d’Europe à plusieurs vitesses
M. Sarkozy s’est fermement opposé à l’approche selon laquelle l’Europe pourrait continuer de fonctionner en autorisant les pays à s’engager dans de nouvelles formes de coopération plus avancées s’ils le souhaitent. D’après lui, l’Europe a payé cher le fait de se retrouver divisée par un mur de la honte. C’est pourquoi il a appelé à réfléchir à deux fois avant d’aller de l’avant en laissant des pays à la traîne.
La protection avant tout
M. Sarkozy a déclaré que le dénominateur commun à l’ensemble des priorités de la présidence française est la protection des citoyens européens. Selon lui, les Européens ont le droit d’attendre une « protection » de l’Europe, mais cela ne signifie pas nécessairement « protectionnisme ».
Par rapport à l’agriculture notamment, M. Sarkozy a affirmé que le bon sens doit prédominer dans la perspective d’une population mondiale de 9 milliards d’ici 2050. D’après lui, il n’est pas encore temps de réduire la production alimentaire européenne.
Au sujet du paquet Energie-Climat, M. Sarkozy a indiqué que la génération actuelle est la dernière à pouvoir empêcher le désastre. Il a exhorté l’Europe à donner l’exemple au monde et à trouver des solutions pour les nouveaux Etats membres, qui considèrent que la proposition de la Commission de réduire les émissions de CO2 est injuste (EurActiv 02/06/08).
Dans le contexte de la protection des citoyens, le président français s’est attardé sur l’immigration, le développement et la défense. Selon lui, le Kosovo est une problématique européenne qui ne peut être traitée par l’Europe que si l’UE établit les instruments nécessaires à l’application des décisions adoptées. Il a rejeté l’idée selon laquelle la défense européenne pourrait ébranler l’OTAN.
La BCE librement critiquée
A propos de la politique monétaire, il a soutenu qu’il est justifié de se poser des questions concernant la stratégie monétaire et le taux de change à adopter. Sans contester l’indépendance de la Banque centrale européenne (BCE), il a toutefois appelé à un débat plus ouvert sur certaines questions comme les taux d’intérêt. En effet la BCE a récemment fixé son taux à 4,25 %, en comparaison des 2 % de la banque centrale des Etats-Unis.
Critiques repoussées
En répondant à plusieurs eurodéputés au sujet de sa décision de participer à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques à Pékin, M. Sarkozy a indiqué qu’il avait reçu l’assentiment de l’ensemble des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE. D’après lui, il serait malvenu et contreproductif d’humilier la Chine et ses dirigeants à un moment où l’Europe nécessite sa coopération sur des enjeux internationaux essentiels comme le Darfour ou l’Iran.
Le président français a reçu des applaudissements durant ses réponses aux critiques de certains eurodéputés, qui ont d’ailleurs été hués par l’assemblée. Il s’est ensuite adressé au dirigeant du Front national Jean-Marie Le Pen, qui l’a attaqué sur plusieurs questions dont le rôle joué par M. Sarkozy dans la récente libération de l’otage franco-colombienne Ingrid Betancourt. Non sans sarcasme, il lui a rétorqué que cela faisait des années qu’il pensait que la France avait le grand malheur d’avoir l’extrême droite la plus puissante d’Europe. Il s’est dit extrêmement satisfait que ce ne soit désormais plus le cas.



