L’ancien premier ministre britannique Tony Blair et le premier ministre luxembourgeois de longue date Jean-Claude Juncker sont maintenant considérés comme des candidats officiels au poste de premier président permanent du Conseil européen, avant le sommet de l’UE qui débute demain (29 octobre) et qui doit durer deux jours.
Après la victoire éclatante du oui irlandais au referendum sur le traité de Lisbonne qui a eu lieu ce mois-ci (EurActiv 03/10/09), la République tchèque est le seul Etat membre à ne pas avoir entièrement complété le processus de ratification. Le président polonais Lech Kaczyński a signé la ratification pour son pays le 10 octobre.
Le Cour constitutionnelle tchèque doit toujours se prononcer sur un recours déposé par un groupe de sénateurs qui a remis en question la conformité du traité de Lisbonne à la Constitution du pays. La date pour l’audience constitutionnelle a été fixée au 27 octobre, juste avant le sommet européen de Bruxelles des 29 et 30 octobre. Le président tchèque Václav Klaus, eurosceptique, a jusqu’ici refusé de promulguer le traité tant que la Cour constitutionnelle délibérerait, mais des questions demeurent sur sa capacité à repousser l’échéance une fois la décision de la Cour connue.
M. Klaus a ajouté un obstacle supplémentaire récemment, demandant à ce que l’UE garantisse aux Tchèques que le traité de Lisbonne n’ouvrira pas la voie à des requêtes en propriété de la part des Allemands expulsés de Tchécoslovaquie après la Deuxième Guerre mondiale (EurActiv 12/10/09).
Le premier ministre tchèque Jan Fischer a déclaré qu’un groupe ad hoc travaillait très dur sur un texte qui formaliserait ces conditions supplémentaires.
Selon certaines sources diplomatiques, le premier ministre britannique Gordon Brown essaie de faire pencher la balance en faveur de son prédécesseur Tony Blair qui souhaite obtenir le poste le plus prestigieux de l’Union. Dans le cadre de cette stratégie, le discours majeur du secrétaire britannique aux Affaires étrangères David Miliband prononcé lundi (EurActiv 27/10/09) semble contenir le message suivant : l’Europe a besoin d’une personnalité avec un visage et un nom connus pour représenter l’Union dans les affaires internationales. Selon les sondages d’opinion, la pole position de M. Blair en termes de popularité internationale est hors de portée des autres candidats (EurActiv 07/04/09).
Cependant, la candidature non déclarée de M. Blair fait d’ores et déjà face à des complications, alors que le très respecté premier ministre de l’un des plus petits pays de l’UE, le luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a déclaré qu’il était intéressé par ce poste.
Si un Etat membre me le demandait, je n’aurais aucune raison de refuser […] à la condition qu’il y ait des idées ambitieuses pour le poste, a dit M. Juncker lors d’un entretien avec Le Monde.
M. Juncker, qui dirige également l’Eurogroupe des 16 ministres des Finances de l’UE, a déclaré qu’il ne s’opposait pas à M. Blair, mais qu’il considérait que le président de l’UE devrait venir d’un pays au cœur de l’Europe.
Le Benelux, qui comprend le Luxembourg, la Belgique et les Pays-Bas, estime qu’un candidat britannique est inacceptable, puisque ce pays n’est membre ni de la zone euro ni de l’espace Schengen (EurActiv 13/10/09). L’ancien premier ministre belge Jean-Luc Dehaene, aujourd’hui membre du Parlement européen, a déclaré récemment qu’il considère la candidature de M. Blair comme inacceptable, parce qu’il était un défenseur des politiques de l’Administration Bush en Irak, qui se sont soldées par un échec.
Cependant, M. Juncker est considéré par beaucoup comme étant trop fédéraliste et pourrait avoir également des difficultés à faire consensus. Le ministre des Affaires étrangères italien, Franco Frattini, a alimenté ces interrogations en disant que le choix du futur président devrait être unanime, et être le fruit d’un consensus entre les 27 Etats membres – une tâche difficile, impliquant des marchandages et probablement un contre-balancement politique avec le poste de Haut représentant pour la politique extérieure.
M. Frattini a reconnu que le premier ministre italien Silvio Berlusconi s’était exprimé en faveur de la candidature de M. Blair il y a quelque temps, mais il a ajouté que la situation était désormais différente avec l’entrée dans la course de M. Juncker et celle probable du premier ministre néerlandais Jan-Peter Balkenende.
EurActiv a été le premier à évoquer la campagne subtile de lobbying de M. Balkenende (EurActiv 29/09/09), ce qui a été confirmé par plusieurs sources. Toutefois, le premier ministre des Pays-Bas ne s’est toujours pas déclaré publiquement.
La discussion sans faux semblants sur les hauts postes lors du sommet serait toutefois entravée par le fait que la Cour constitutionnelle tchèque, qui s’est réunie hier pour examiner le dernier recours au traité de Lisbonne formé par un groupe de sénateurs tchèques eurosceptiques, a repoussé sa décision au 3 novembre. Nous ne pourrons nous décider sur les nouveaux hauts postes de l’UE uniquement lorsque la situation juridique du traité de Lisbonne sera clarifiée, a déclaré la ministre suédoise des Affaires européennes, Cecilia Malmstrom, dont le pays occupe actuellement la présidence tournante de l’UE.