Mark Lewis, directeur de la recherche mondiale sur le carbone à la Deutsche Bank, a proposé vendredi (6 février) d’établir un prix de réserve pour les quotas européens d’émissions, en vue d’éviter l’effondrement des prix lors de la troisième phase du système européen d’émission, qui débute en 2013.
Prenant la parole à Bruxelles, M. Lewis explique qu’en raison du fait que les quotas restent des valeurs sûres d’une phase à l’autre, l’instauration d’un tel prix de réserve au prochain stade du système européen d'échange de quotas d'émission (EU ETS) augmenterait la valeur actuelle des quotas, puisque les acheteurs sauront qu’ils vaudront encore plus à l’avenir.
Les prix des quotas d’émission se sont effondrés à 9,99€ le 4 février, soit la plus basse valeur journalière au cours de la seconde phase jusqu’à présent.
Il s’agit d’un marché artificiel, créé pour atteindre un objectif politique, a déclaré M. Lewis. Il a expliqué que si les prix donnent des signes de faiblesse, c’est que le marché ne remplit pas ses objectifs. Il a ajouté que les prix actuels du carbone ne permettront pas d’atteindre les objectifs climatiques de l’UE pour 2020 (voir LinksDossier EurActiv), ni ne feront de la capture et du stockage du carbone des technologies viables avant cette même date (voir LinksDossier EurActiv).
La crise économique contracte le marché du CO2
Une prévision de Barclays Capital a montré vendredi que les quotas d’émission européens coûteraient cette année en moyenne 9€. Point Carbon, une entreprise de conseil, a également révisé à la baisse ses prévisions le mois dernier, évoquant le déclin de la production industrielle et de la demande en électricité alors que la crise sévissait. Ils prévoient désormais que le prix sera de 12€/t, soit 10€/t de moins qu’en novembre dernier.
Selon Point Carbon, les émetteurs industriels vendaient péniblement leurs quotas en surplus au début de l’année pour lever des capitaux.
En conséquence, le marché a reculé d’un tiers depuis novembre dernier d’après les données de Point Carbon, qui estime que la valeur des quotas européens vendus a diminué de 38 %, soit de 322 millions d’euros par jour en novembre à environ 208 millions d’euros par jour en janvier.
La Commission toujours confiante
Au contraire, Andris Piebalgs, commissaire en charge de l’énergie, ne s’inquiète pas du bas niveau des prix carbone. Il a déclaré que l’UE avait créé un cadre avec le paquet sur le changement climatique […] en tant qu’instrument le plus important pour l’investissement ; et que nous ne devrions pas nous inquiéter du fait que le prix du carbone soit si bas aujourd’hui, autour de 11-12€ par tonne de CO2. Il estime qu’en temps de crise économique, personne n’achèterait de quotas dans l’intention de produire plus. Mais les prix du carbone réagissent à ce qui arrive à l’économie. Il considère donc que c’est l’un des piliers de l’investissement dans l’UE.
Toutefois, selon M. Lewis, l’allocation gratuite des quotas est un problème fondamental, également ancré dans la troisième phase qui doit débuter en 2013. Cela signifie que les prix du marché pour le carbone ne reflètent pas l’offre et la demande.
M. Lewis a expliqué que l’allocation des quotas constitue un actif sans risque pour les industries émettrices lorsqu’elles les reçoivent gratuitement. Les industries ne s’engagent généralement pas à vendre des actifs à court terme. Cependant, elles voient actuellement leurs quotas inutilisés comme des actifs à vendre en vue d’obtenir l’argent nécessaire au priment de leurs coûts fixes, au moment où les prêts à court terme ne sont pas facilement disponibles, a-t-il conclu.
Une banque centrale du carbone?
Selon M. Lewis, l’EU ETS aurait dû inclure dès le départ de meilleurs arrangements institutionnels. En particulier, une banque centrale du carbone aurait augmenté la confiance dans le marché.
L’existence même d’une telle institution anticiperait le besoin d’intervention de la part des banques, en renforçant psychologiquement la confiance dans le fonctionnement du marché, a-t-il ajouté.
Pour M. Lewis, nous avons « manqué le train » en décembre, lorsque les arrangements relatifs à l’EU ETS ont été approuvés. Mais il a néanmoins pressé l’Australie et les Etats-Unis de trouver les arrangements institutionnels appropriés, puisqu’ils sont en train d’établir leurs propres systèmes d’échanges. Dans un monde idéal, une banque centrale du carbone permettrait de supprimer le besoin de plafonner les prix, ceux-ci risquant d’être toujours trop bas pour avoir l’effet escompté, a-t-il conclu.



