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Attention aux troubles civils, alors que Copenhague se rapproche de la fin [FR]

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Publié 15 décembre 2009, mis à jour 14 décembre 2012

Les troubles publics et les contentieux en matière de droits de l’homme devraient sans aucun doute augmenter ces prochains jours, à moins que les chefs d’Etat et de gouvernement fassent preuve de leadership politique pour stopper le changement climatique, a déclaré Mary Robinson, ancienne haute commissaire pour les droits de l’homme et ancienne présidente irlandaise, dans un entretien avec EurActiv.

Des milliers de manifestants ont envahi les rues de Copenhague durant le week-end pour faire monter la pression sur les négociateurs climatiques travaillant sur un texte visant à réduire le réchauffement planétaire.

Cette conférence, pour la planète, c’est un peu  « ça passe ou ça casse » : ce n’est pas comme une négociation commerciale, a déclaré Mme Robinson. Elle a également souligné que ces manifestations immenses et pacifiques étaient une piqûre de rappel : les peuples regardent ce qui se passe.

Le changement climatique a affecté de manière négative les droits de l’homme dans beaucoup d’endroits du monde, a-t-elle expliqué. Ainsi, le Global Humanitarian Forum a estimé que l’impact du changement climatique avait tué plus de 300 000 personnes l’an dernier.

S’il y a davantage de stress hydrique, s’il y a plus d’inondations, si la désertification pousse des millions de personnes à devenir des réfugiés environnementaux […] oui, il est très probable que nous allons devoir faire face à des conflits, a affirmé Mme Robinson.

L’ancienne haute commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme a appelé à la création d’un système de gestion des migrations pour anticiper les mouvements significatifs de personnes des parties de l’Afrique qui vont devenir trop sèches ou des régions à basse altitude qui devraient être inondées dans l’avenir.

Les fonds pour l’adaptation sont essentiels pour traiter ces questions, a dit Mme Robinson, qui a soutenu l’organisation non gouvernementale Oxfam dans son appel visant à obtenir 200 milliards de dollars par an après 2012 et le financement immédiat de 10 milliards de dollars jusqu’en 2012 pour aider les pays pauvres à faire face aux catastrophes naturelles.

Ces chiffres sont très raisonnables lorsque vous observez l’argent qui est immédiatement engagé pour renflouer les banques ou bien les budgets militaires dépensés par les principaux pays pour les armements et les armes de morts, a-t-elle dit. L’argent existe : la question, c’est celle des priorités.

Les droits de l’homme en jeu : davantage de procès à venir

Dans leur réponse au changement climatique, les gouvernements ont traditionnellement abordé le phénomène en tant que problème écologique ou plus récemment comme une question économique. Jusqu’à maintenant, les implications sociales et humanitaires du changement climatique ont reçu peu d’attention.

Récemment, le secrétaire d’Etat britannique pour l’Environnement et le changement climatique Ed Miliband a déclaré que le changement climatique soulevait des profondes questions de justice et d’équité : entre les générations, entre les pays développés et en développement et entre les riches et les pauvres à l’intérieur des pays. Le défi, c’est de trouver une distribution équitable des droits et responsabilités, a-t-il affirmé.

 Les militants affirment de plus en plus que le régime juridique des droits de l’homme est pertinent en matière de changement climatique parce que les désastres qu’il provoque entraînent des violations des droits de l’homme. Nous avons échoué collectivement à saisir l’importance et l’urgence du problème, a dit Mme Robinson, soulignant que le changement climatique révélait les faiblesses des pays dans l’architecture internationale actuelle.

Alors que les impacts du changement climatique augmentent, les cas de contentieux sur les droits de l’homme vont devenir la norme, prédit Mme Robinson.

Le changement climatique et les droits de l’homme ont pour la première fois été mis en relation en décembre 2005, lorsqu’une alliance des Inuits du Canada et des Etats-Unis a signé une pétition avec la Commission interaméricaine des droits de l’homme.

La pétition expliquait que les droits de l’homme des plaignants avaient été enfreints et que la violation continuait en raison notamment de l’échec des Etats-Unis à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES).

Selon Mme Robinson, de telles affaires vont grandir en nombre. D’autre part, le fait que l’Agence de protection environnementale des Etats-Unis ait proposé en avril de classifier six gaz à effet de serre essentiels, notamment le méthane et le CO2, en tant que menace pour la santé publique, est un pas important.

Cela signifie que ceux qui produisent beaucoup d’émissions et qui ne prennent pas d’actions correctives pourraient être traînés devant la justice, a déclaré l’ancienne présidente irlandaise.

Besoin d’un leadership politique

Pour prévenir une escalade des affaires de contentieux et davantage de troubles publics, un vrai leadership politique est nécessaire à Copenhague.

Nous devons obtenir, premièrement, la décision qui nous mettra dans la trajectoire pour faire en sorte que le monde reste sûr avec une augmentation des températures inférieure à 2°C d’ici 2050 et une concentration des GES de 450 particules par million. Il nous faut aussi arriver à obtenir l’argent pour l’adaptation, ou nous aurons un monde tellement divisé et désespéré que nous ne pourrons pas vivre en paix tous ensemble, a dit Mme Robinson.

Critiquant l’UE pour ne pas avoir pris la tête des efforts, Mme Robinson a affirmé que le leadership n’attendait personne, et qu’il allait de l’avant. Elle a pointé du doigt non seulement l’UE mais aussi le Japon pour avoir dit qu’il s’engagerait à hauteur de 25 % de réduction uniquement si les autres s’engageaient de manière similaire.

J’observe tout cela d’un point de vue personnel, comme il se doit. Je dois changer mes habitudes comme tout le monde, a-t-elle conclu.

Mme Robinson s’est confiée à Daniela Vincenti-Mitchener.

Pour lire l'intégralité de cet entretien, cliquez ici.

Contexte : 

La communauté internationale est actuellement engagée dans des négociations visant à adopter un successeur au Protocole de Kyoto, qui expire en 2012. Un accord sur un nouveau traité devrait être conclu lors de la Conférence climatique de Copenhague en décembre, mais les négociations sont bloquées par la réticence des pays développés à s’engager sur des aides financières concrètes pour les pays en développement et par le manque d’engagement à des objectifs suffisants de réduction de CO2. Des milliers de manifestants ont protesté à Copenhague, mettant la pression sur les décideurs politiques pour qu’ils progressent vers un accord.

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