Nous méritons notre rôle de leadership sur le changement climatique, a indiqué la chancelière allemande Angela Merkel aux journalistes présents à Bruxelles suite à la conclusion du sommet des 11 et 12 décembre.
Mme Merkel s’est réjouie des efforts réalisés par son pays au cours du sommet européen. Selon elle, le résultat des négociations envoie un signal important à Poznań (Pologne), où les délégués internationaux assistent actuellement à la dernière journée de la conférence de l’ONU sur le changement climatique.
Le Premier ministre britannique Gordon Brown a adressé des remarques similaires aux journalistes aujourd’hui, estimant que les principes à l’origine du leadership européen sur le climat seront confirmés par l’accord. Le Premier ministre italien Silvio Berlusconi s’est dit très satisfait, décrivant les initiatives diplomatiques de son pays de chef-d’œuvre.
Le président français Nicolas Sarkozy, dont le pays occupe la présidence tournante de l’UE jusqu’à la fin de l’année, a salué le caractère « historique » de l’accord.
Mais alors que les pays de l’UE n’ont pas mis en question l’objectif de réduction du CO2 de 20 %, l’accord sur le paquet comprend pourtant de nombreuses dérogations destinées à réduire les coûts de conformité et les risques encourus par les industries lourdes de l’UE et par les secteurs énergétiques dépendant des combustibles fossiles. De leur côté, les Etats membres devraient avoir l’autorisation de faire compter les compensations d’émissions dans les pays tiers à hauteur de 70 % de leurs obligations nationales de réduction des émissions (voir EurActiv 12/12/08 pour davantage de détails sur les dérogations).
Au revoir l’UE, bonjour les USA ?
Outre les défenseurs d’un régime européen plus strict de réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui se sont offusqués des résultats du sommet, certains craignent également que l’assouplissement du paquet n’entraîne des ramifications supplémentaires au niveau international.
Commentant les résultats du sommet, le président de la Commission José Manuel Barroso a invité les USA à se rallier à l’Europe pour mener le monde dans le cadre de cette initiative planétaire. Près de deux ans après la publication de leurs fameuses conclusions en mars 2007, les dirigeants européens et la Commission vantent toujours les ambitions et les compétences écologiques de l’UE par rapport aux ternes efforts consentis par l’administration Bush.
Par ailleurs, le président américain élu Barack Obama a annoncé la composition de son équipe énergétique, qui comptera notamment Steven Chu, un ancien prix Nobel de physique actif dans la recherche sur les carburants alternatifs, ainsi que Carol Browner, ancienne conseillère juridique auprès de l’ex-vice président américain Al Gore, un « gourou » du climat.
Cet élan est interprété comme un signe selon lequel la nouvelle administration américaine prendra des mesures ambitieuses pour réduire son empreinte écologique, en usurpant éventuellement le leadership européen dans le domaine.
Mme Merkel, qui avait fait part de sa perplexité par rapport à la mauvaise presse reçue par son pays avant le sommet, a cherché à minimiser les inquiétudes en rappelant que l’objectif européen de 20 % de CO2 en moins d’ici 2020 est bien plus ambitieux que celui des Etats-Unis, qui visent à ramener leurs émissions au niveau de 1990 d’ici 2020.
Le co-législateur
Les eurodéputés écologistes au Parlement européen, lequel devrait voter sur le paquet en plénière le 17 décembre, font pression en faveur d’une modification des mesures sur lesquelles se sont mis d’accord les chefs d’Etat européens. Nous devons exclure les exemptions allemandes. Concernant le partage des efforts, il se pourrait que nous soumettions cette question en deuxième lecture, a indiqué l’eurodéputé écologiste luxembourgeois Claude Turmes au sortir du sommet.
Mais des doutes subsistent quant au fait qu’une majorité d’eurodéputés rejetteront le compromis, ce qui retarderait considérablement l’adoption du paquet.
M. Sarkozy, à qui a été attribué le mérite d’avoir fourni une grande partie de l’élan nécessaire à la conclusion d’un accord sur un paquet aussi vaste en un temps record, a toutefois émis l’idée de la tenue d’un sommet extraordinaire le 27 décembre au cas où le Parlement rejette l’accord.


