Le président américain Barack Obama et les dirigeants réunis au sommet Asie Pacifique à Singapour dimanche ont apporté leur soutien aux projets présentés par le Danemark, prévoyant d’adopter seulement un accord politique et non pas un traité juridiquement contraignant à Copenhague.
Le premier ministre danois Lars Lokke Rasmussen a proposé un projet d’accord politique de 5 à 8 pages à Copenhague afin de s’occuper des questions clefs, telles que la baisse des émissions de gaz à effet de serre, et de proposer une date limite pour s’accorder sur un texte juridiquement contraignant à une date indéterminée.
Nous ne devrions pas faire du parfait l’ennemi du bien, a déclaré M. Obama aux délégués rassemblés pour le sommet de l’APEC à Singapour.
Toutefois, les nations africaines, les pays les moins développés, les petits Etats insulaires et certaines nations européennes ont toutes insisté pour qu’un vrai traité soit signé à Copenhague.
Tous les indices montrent que ces nations souhaitent toujours une issue juridiquement contraignante à Copenhague, a déclaré Kim Carstensen du groupe environnemental WWF, qui souhaite également qu’un traité soit conclut. Il est juste beaucoup trop tôt pour revoir nos ambitions à la baisse, a-t-il dit.
M. Rasmussen a expliqué que Copenhague pouvait toujours convenir d’objectifs comme ceux concernant les réductions d’émissions des gaz à effet de serre des pays développés, des actions par les nations en développement pour ralentir leurs émissions galopantes et des fonds pour aider les plus démunis, même s’ils ne sont pas consacrés dans un texte juridique.
Nous ne souhaitons pas laisser quiconque dans le besoin, a-t-il dit.
Je doute que la majorité des pays accepteront ce projet qui vise uniquement à sauver la face, a déclaré Kaisa Kosonen de Greenpeace, affirmant qu’il ignorait les besoins des pays qui sont les plus vulnérables face aux inondations, aux sécheresses, aux tempêtes de sable, aux maladies et à l’augmentation des niveaux de la mer.
Yi Xianliang, conseiller au département traité et loi du ministère chinois des Affaires étrangères, en charge des négociations climatiques, a déclaré que l’objectif de réduction globale de 50 % inscrit dans le projet initial de déclaration finale du sommet de l’APEC était très controversé.
Cela a pu perturber les négociations, a affirmé M. Yi lors d’une conférence de presse, ajoutant que la décision de faire disparaître cet objectif avait été prise de manière collective.
La Corée du Sud, membre de l’APEC, a un peu dynamisé les négociations climatiques de l’ONU en optant pour l’objectif de réduction volontaire d’émissions le plus sévère parmi les trois proposés, 4 % de réduction par rapport aux niveaux de 2005 dès 2020, selon une source gouvernementale qui s’est confiée à Reuters à Singapour.
Les Etats-Unis et le Japon ont accepté vendredi de réduire leurs propres émissions de gaz à effet de serre de 80 % d’ici 2050 et de soutenir un objectif global de réduction de moitié des émissions dès le milieu de ce siècle.
Les regards se tournent vers la Conférence de Mexico en 2010
Admettant que Copenhague ne déboucherait pas sur un traité juridiquement contraignant à ratifier par toutes les parties, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon a suggéré que le monde ne devrait peut être pas avoir à attendre jusqu’au COP16 de Mexico en décembre 2010 pour parvenir à un accord.
Citant le conseiller climatique du secrétaire général Janos Pasztor, Reuters rapporte que Ban Ki-Moon a mené des consultations avec un certain nombre de chefs d’Etat et, jusqu’à maintenant, le sentiment général semble être le suivant : nous devrions essayer de terminer le travail le plus tôt possible. Donc plus en six mois qu’en douze.
Cela laisserait aux Etats-Unis suffisamment de temps pour adopter leur projet de loi climatique, qui est actuellement bloqué au Sénat, a affirmé M. Ki-Moon. Si le Sénat américain n’est pas capable de faire des avancées avant le début du printemps, alors nous nous retrouvons au point de départ, et nous devons prendre cela en compte, a déclaré M. Pasztor.
L’UE salue l’engagement du Brésil
L’Union européenne a salué l’initiative du Brésil prise vendredi de ramener ses émissions aux niveaux de 1990 dès 2020 – une réduction potentielle de 20 % des 2,1 millions de tonnes de gaz à effet de serre produits par ce pays en 2005.
Il s’agit d’une étape potentiellement décisive pour parvenir à un accord global à Copenhague en décembre et pour remporter la combat contre le changement climatique, a déclaré José Manuel Barroso, président du bras exécutif de l’Union européenne, la Commission européenne.
Le Brésil, qui figure parmi les émetteurs de CO2 les plus importants du monde notamment en raison de la déforestation, est devenu un acteur majeur des négociations climatiques après des années de rejet de ces discussions lorsqu’il affirmait que l’obligation de réduire les émissions ne pesait que sur les pays riches.
Toutefois, la position de l’APEC est plus significative parce que ses 21 membres représentent environ 60 % de la pollution causée par les gaz à effet de serre d’origine humain.
Une rencontre ministérielle de la dernière chance à Copenhague ?
Quelques 40 ministres de l’environnement vont se rencontrer à Copenhague aujourd’hui (16 novembre) afin d’essayer de sauver l’accord climatique onusien du mois prochain, après le sommet asiatique du week-end.
Les ministres, y compris ceux des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre (Chine, Etats-Unis), doivent se réunir pendant deux jours dans un hôtel de Copenhague pour ce qui va être l’une des dernières chances de sortir de l’impasse entre les riches et les pauvres.
Les négociations ministérielles de cette semaine à Copenhague devraient être fermées aux médias, excepté pour la conférence de presse finale.
Les nations en développement insistent pour dire que les pays riches doivent s’engager à de profondes réductions d’émissions en 2020. Ils souhaitent également les voir s’engager à apporter des milliards de dollars pour les aider à faire face au problème.
Toutefois, les pays riches, touchés par la récession et avec un taux de chômage dépassant les 10 % aux Etats-Unis pour la première fois depuis les années 1980, se sont montrés réticents à s’engager plus sérieusement dans les négociations lancées à Bali en Indonésie en 2007 et qui stagnent.
L’un des gros problèmes est que les Etats-Unis, la seule nation industrialisée en dehors de l’actuel Protocole de Kyoto visant à réduire les émissions jusqu’en 2012, n’a pas encore adopté de législation visant à plafonner ses émissions. De nombreux pays sont réticents à prendre des mesures tant que l’incertitude demeure sur les engagements de Washington.
(EurActiv avec Reuters. Article traduit de l’anglais par EurActiv).



