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Hier 7 octobre, la commission Environnement du Parlement s’est prononcée largement en faveur de trois rapports séparés sur l’échange de quotas d’émission, sur le partage des efforts de réduction des gaz à effet de serre et sur le captage et le stockage du CO2. Cette initiative soutient les ambitions de la politique européenne en matière de changement climatique.
Le 23 janvier 2008, la Commission a présenté une série de propositions visant à transformer en lois les engagements politiques pris par les Etats membres en mars 2007 : réduire les émissions de CO2 et de gaz à effet de serre de 20 % d’ici 2020 et faire passer la part des énergies renouvelables à 20 % de la consommation de l’Union dans le même laps de temps.
Le paquet « énergie et climat » se concentre essentiellement sur deux propositions. L’une destinée à réviser et à renforcer le système européen d’échange de quotas d’émission (ETS) – le pilier de la politique européenne de lutte contre le changement climatique ; l’autre soulignant comment les Etats membres devraient diviser l’effort en matière de partage des réductions d’émissions de CO2 dans des secteurs non touchés par le système ETS.
Le paquet renferme également une proposition sur un cadre juridique pour réguler le stockage souterrain du CO2 capté au cours de la génération d’électricité.
Le triomphe de Mme Doyle
Au sujet du système européen d’échange de quotas d’émission (ETS), la commission Environnement (ENVI) a soutenu tous les points – à l’exception d’un des amendements de compromis
– de la proposition présentés par la rapporteuse du Parlement, l’eurodéputée irlandaise chrétienne démocrate Avril Doyle. Les éléments principaux du rapport de Mme Doyle (adopté par 44 oui, 20 non et une abstention) sont les suivants :
Mésententes au sujet de la fuite de carbone
L’adoption a été attribuée à Mme Doyle, qui a réussi à faire passer le dossier malgré des conflits internes et une tentative de révolte au sein de son propre groupe politique, le Parti populaire européen (PPE). Une tentative de la toute dernière minute avait en effet été lancée par une fraction d’eurodéputés du PPE menée par les eurodéputés chrétiens démocrates Karl-Heinz Florenz (Allemagne) et Eija-Rita Korhola (Finlande). Elle visait à changer l’ordre du vote des amendements du rapport. Cette tentative a été rejetée par le président de la commission ENVI pour des questions de procédure.
La commission a ensuite rejeté une série d’amendements consolidés
rédigés conjointement et exposés plus tôt par les eurodéputés Florenz et Korhola. Ce vote a été considéré par beaucoup comme un coup porté à un certain nombre de lobbies de l’industrie.
C'est pourquoi trois quarts des eurodéputés du groupe du PPE-DE ont fini par voter contre le rapport Doyle.
En votant en faveur du compromis de Mme Doyle, la commission appuie la position de la rapporteuse, selon laquelle il faudrait définir les secteurs ayant droit à 100 % de quotas d’émission gratuits seulement après la conclusion des négociations énergétiques internationales qui auront lieu en décembre 2009 à Copenhague. Mme Doyle a également présenté des critères stricts en matière d’utilisation des points de référence pour déterminer quels secteurs pourraient recevoir des permis d’émission gratuits.
En route pour les 30 %
La commission a également offert un soutien quasi unanime au rapport de l’eurodéputée écologiste finlandaise Satu Hassi au sujet de la proposition de la Commission de partager les efforts concernant la répartition des mesures de réduction du CO2 entre les Etats membres dans des secteurs non couverts par le système ETS tels que le transport, l’agriculture, le chauffage domestique et la gestion des déchets.
Le rapport de Mme Hassi appelle à une augmentation automatique des objectifs de l’UE en matière de réduction de 20 à 30 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 si un accord international sur le changement climatique est trouvé à Copenhague. Le rapport ouvre également la voie à la possibilité d’infliger des pénalités financières aux Etats membres qui ne réaliseraient pas leurs engagements. Il limite à un tiers (en comparaison avec la proposition initiale de la Commission) le montant de crédits externes que les Etats membres peuvent obtenir par le biais des fonds destinés aux projets de réduction des émissions dans les pays en développement.
L’amendement « Schwarzenegger »
Lors de leur dernier vote majeur de la journée, les eurodéputés de la commission Environnement ont adopté le rapport sur un cadre juridique pour le CSC rédigé par l’eurodéputé libéral britannique Chris Davies. Les eurodéputés ont soutenu un amendement
au rapport qui imposerait aux Etats membres des limites sur les performances des centrales électriques en matière de CO2 : après 2015, les émissions de ces centrales ne pourront pas dépasser 500 kg de CO2 par kilowattheure (Kwh).
L’amendement, qui se fonde sur une mesure similaire mise en place par le gouverneur californien Arnold Schwarzenegger, est destiné à obliger les entreprises électriques à installer un équipement de CSC tout particulièrement dans leurs centrales à charbon. C’est ce type de centrale qui produit les plus grandes quantités de CO2 en comparaison des autres centrales de génération d’électricité.
M. Davies et Mme Doyle avaient collaboré étroitement au cours des mois précédant le vote. Les amendements de Mme Doyle sur l’utilisation de fonds en provenance des réserves des nouveaux participants au système ETS, combinés aux amendements de M. Davies pour limiter les émissions de CO2 des centrales électriques, sont censés stimuler le développement commercial de la technologie de CSC.
La Commission a poussé un soupir de soulagement après le vote. Il est important que le vote de la commission, qui a approuvé toute une série d’amendements, ait permis de conserver les grandes lignes de l’architecture de nos propositions en l’état, a déclaré le commissaire à l'Environnement Stavros Dimas.
Au sortir du vote, un représentant de la Commission a lui aussi indiqué aux journalistes qu’il considérait ce résultat comme fantastique, affirmant qu’il offrait une base solide pour les négociations futures avec le Conseil.
L’eurodéputé démocrate allemand Karl-Heinz Florenz s’est montré moins enthousiaste, estimant que l’UE avait manqué l’occasion d’aboutir à une solution pragmatique. « L'Europe va s'imposer une lourde charge alors que l'industrie aux Etats-Unis et en Chine va bénéficier d'un régime allégé et cela va nous coûter des emplois », a-t-il affirmé.
L’eurodéputée socialiste britannique Linda McAvan, vice-présidente du groupe, a félicité ses collègues, qui ont su vaincre ce qu’elle estime être une tentative de la droite d’assouplir le paquet climatique de l’UE. L’eurodéputée écologiste britannique Caroline Lucas s’est dite enchantée par la décision de la commission Environnement de couper court aux tentatives de l’industrie, qui cherchait à son avis à faire complètement dérailler le système ETS. Elle a toutefois critiqué le soutien de la commission à l’utilisation de fonds ETS pour encourager le CSC.
L’association européenne de l’industrie des métaux (EuroMetaux) a fait part de sa consternation quant au résultat, avertissant que le système ETS pourrait détruire l’industrie européenne des métaux. Le vote d’aujourd’hui est la porte ouverte à une délocalisation considérable des industries énergivores, comme la nôtre, vers des régions sans restrictions sur les émissions de gaz à effet de serre, a déclaré Guy Thiran, secrétaires générale de l’organisation.
Le Cefic, l'association européenne de l'industrie chimique, s'est dit satisfait à l'idée que la commission Environnement a accepté d'utiliser l'analyse comparative comme un concept de distribution des permis d'émission de CO2. Nous avons besoin d’un système juste et rémunérateur pour les acteurs industriels de classe mondiale qui développent de nouveaux procédés à faible émission de CO2 et qui reçoivent sur cette base des quotas gratuits, a indiqué le Cefic dans une déclaration. Sans ce processus d’analyse comparative, l’Union européenne encourt un risque de délocalisation en raison de la perte de compétitivité, a-t-il ajouté, indiquant qu’il faut trouver un juste équilibre afin de préserver la compétitivité et les emplois des industries européennes.
Sanjeev Kumar, coordinateur ETS auprès du WWF, a félicité Mme Doyle pour avoir su écarter la rébellion la plus horrible qu’elle aurait pu avoir au sein de son propre parti. Il a considéré comme positif le fait que le système de mise aux enchères pour le secteur de l’énergie et pour les industries énergivores a été maintenu dans l’architecture fondamentale du paquet climatique.
Greenpeace a regretté que la Commission ait soutenu la promotion de la technologie de CSC. Les contribuables européens ne devraient pas avoir à financer un charbon prétendument propre, détournant les ressources et l’attention des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, a indiqué Joris den Blanken, le directeur de l’organisation en matière de politique énergétique et climatique.
Oxfam a salué l’idée d’investir 50 % des revenus des enchères ETS dans des efforts liés au changement climatique dans les pays en développement.
Mais l’eurodéputée chrétienne démocrate et rapporteuse Avril Doyle s’attend à une adoption difficile de cet amendement devant le Conseil. Le combat sera titanesque sur la question de savoir comment dépenser les revenus des enchères des Etats membres, a-t-elle indiqué.